‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 3)Chapitre 70 sur 100 · LE PAPE GRÉGOIRE XI · texte numérisé non relu

LE PAPE GRÉGOIRE XI

Elle les exhorte k poursuivre avec constance et humilité de cœur leur sainte résolution de faire la paix avec le Pape.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très- chers Pères et Frères dans le Christ Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Dieu , je vous écris dans son précieux sang , avec le désir de vous voir véritablement les enfants humbles et soumis de votre Père , pour que vous ne vous démentiez jamais, mais que vous ayez un regret sincère de l'ofifense commise contre lui; car celui qui ne se repent pas de ses fautes n'est pas digne de recevoir miséricorde. Je vous invite donc à être humbles de cœur, à ne pas tourner la tête en arrière , mais à poursuivre ce que vous avez commencé , faisant tous les jours des efforts

(1) Sainte Catherine arriva à Avignon le 18 juin 1376 , et cette lettre est du 28. Elle est adressée aux Huit de la guerre qui gouvernaient Florence depuis la rupture avec le Saint-Siég'e. Ces magistrats firent échouer par leur mauvaise loi les négociations de sainte Catherine. Le but providentiel de son voyage fut le retour des Papes en Italie.

plus parfaits pour être reçus dans les bras de votre Père. Vous êtes des enfants morts; demandez-lui la vie, et j'espère de la bonté de Dieu que vous l'obtiendrez, pourvu que vous vouliez vous humilier et reconnaître vos fautes.

2. Mais je me plains beaucoup de vous, s'il est vrai , comme onîe dit, que vous ayez mis des impôts sur les clercs (1). Si cela est vrai, c'est un grand malheur, pour deux raisons : d'abord , parce que vous offensez Dieu , car vous ne pouvez le faire en conscience. Mais il semble que vous ayez perdu le sentiment de ce qui est bien , pour vous attacher uniquement aux choses sensibles et frivoles, qui passent comme le vent. Nous ne pensons pas que nous sommes mortels, et que nous devons mourir, nous ne savons pas quand ; et c'est une grande folie de s'ôter ainsi la vie de la grâce et de se donner la mort. Je ne veux plus que vous agissiez ainsi ; ce serait retourner en arrière, et vous savez que ce n'est pas celui qui commence qui mérite la couronne, mais celui qui persévère jusqu'à la fin. Je vous, dis de même que vous n'arriverez pas à conclure la paix si vous ne persévérez pas dans votre humilité, et si vous ne cessez d'offenser les ministres et les prêtres de la sainte Église. Ensuite, non- seulement vous aurez le malheur d'offenser Dieu, mais encore vous vous nuirez en arrêtant les négocia^ tious; car lorsque le Saint-Père saura votre conduite, il sera plus irrité contre vous. C'est ce qu'ont dit quelques cardinaux qui cherchent et désirent sincèrement la paix. En apprenant votre conduite, ils croient que vous ne voulez pas la paix; car, si vous la vouliez, vous éviteriez

(1) Non-seuleïnent les Florentins imposèrent le clergé, mais ils firent vendre pour cent mille florins de biens ecclésiastiques.

de faire la moindre chose contre la volonté du Saint- Père et les usages de la sainte Église. Je crois qu'ils pourront parler dans ce sens au doux Christ de la terre ; et s'ils le font, ils auront raison. Je vous en conjure, mes très-chers Pères , ne mettez pas obstacle à la grâce de l'Esprit-Saint ; vous ne la méritez pas, mais sa clémence est prête à vous la donner. Vous me couvrirez de honte et de confusion , si vous me faites dire une chose , et si vous faites le contraire. Je vous prie qu'il n'en soit plus ainsi ; que vos paroles et vos actions prouvent que vous voulez la paix , et non la guerre.

3. Je me suis entretenue avec le Saint-Père, et il m'a écoutée avec bienveillance. Par un effet de la bonté de Dieu et de la sienne , il a témoigné avoir un amour sincère de la paix, comme un bon père qui ne regarde pas l'offense que son fils lui a faite, mais seulement s'il s'est humilié, pour pouvoir lui faire entièrement miséricorde (1). Je ne saurais vous exprimer la joie que j'ai ressentie lorsque, après avoir longtemps conféré avec lui, il a fini par me dire que, les choses étant telles que je les lui exposais , il était prêt à vous recevoir comme ses enfants , et à faire ce qui me paraîtrait le meilleur. Je ne vous en écris pas davantage. Il me semble que le Saint-Père ne pouvait pas vous donner une autre réponse avant l'arrivée de vos ambassadeurs, et je m'étonne qu'ils ne soient pas encore arrivés. Quand ils seront arrivés je les verrai, et je verrai ensuite le Saint- Père, et je vous écrirai quelles sont ses dispositions; mais n'allez pas gâter la bonne semence avec vos impôts

(1) Grégoire XI donna plein pouvoir à sainte Catherine de fixer les conditions de la paix. (Vie de sainte Catherine, p. m, ch. 6.) I. 18

et vos nouvelles. Ne le faites plus, pour l'amour de Jésus crucifié et dans votre intérêt. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

Datée d'Avignon, le 28 juin 1376.

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