‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 3)Chapitre 7 sur 100 · XCV · texte numérisé non relu

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poste pour combattre généreusement avec les armes de la vertu, pour la douce Épouse du Christ. C'est là que je veux terminer ma vie dans les larmes, les sueurs, les soupirs , et donner mon sang et la moelle de mes os. Si tout le monde me chasse , je ne me tourmenterai pas , mais je me reposerai en pleurant et en souffrant sur le sein de la douce Épouse (1) »

Grégoire XI, en quittant Avignon, avait donné rendez-vous à Rome aux ambassadeurs florentins. Leurs négociations, faites dans le même esprit que les premières, n'avaient pas mieux réussi; la guerre continuait avec des succès divers. Les bandes des farouches Bretons ravageaient l'Italie sous la conduite du cardinal de Genève. Quatre mille habitants de Cesène périssaient en un jour, au milieu de tous les excès de la débauche et du pillage. Les populations exaspérées se détachaient du Saint-Siège , et les insurgés remportaient des victoires sur les troupes pontificales. Sainte Catherine demandait la paix à Dieu et aux hommes. Elle suppliait le Pape d'y consentir et de l'accepter en pensant plus aux choses spirituelles qu'aux choses temporelles. « La paix, la paix , lui criait-elle , la paix pour l'amour de Jésus crucifié, la paix et non pas la guerre, c'est l'unique remède. Dieu vous demande de faire la paix avec la Toscane, et d'obtenir de vos enfants coupables révoltés contre vous tout ce que vous pouvez en obtenir, mais sans la guerre , et en les punissant seulement comme uu

(1) Lettre cxxxvii. Au frère Raymond de Capoue*

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père le fait pour son fils qui l'a offensé. Dieu vous jugera , si vous ne le faites pas. Si j'étais à votre place, je craindrais les effets des jugements divins sur moi. Faites que je ne me plaigne pas de vous à Jésus crucifié. Je ne puis me plaindre à d'autres, car vous n'avez pas de supérieurs sur terre (1). »

Le Souverain Pontife se rendait à ces instances, et envoyait deux religieux pour renouer les négociations j sainte Catherine, de son côté, écrivait aux Florentins, et chargeait son disciple Etienne Maconi de leur porter des paroles de réconciliation et de paix ; mais tout était inutile. Les Huit de la guerre, confirmés dans leurs pouvoirs, entretenaient avec soin l'effervescence populaire, et cherchaient tous les moyens de pousser les choses à l'extrême. Il y avait dix -sept mois que l'interdit pesait sur Florence et empêchait toute cérémonie religieuse. Les magistrats ordonnèrent de ne plus tenir compte de l'excommunication, et de célébrer les offices comme par le passé. Les ecclésiastiques qui résistèrent furent maltraités ; les églises et les couvents qui n'obéirent pas durent payer mille fliorins d'or. La paix semblait devenir impossible. Dieu la donna cependant à son Église par l'intermédiaire de sainte Catherine. Le Souverain Pontife la choisit comme dernière ressource. Il lui fit expédier les pouvoirs qui lui étaient nécessaires, et sainte Catherine, toujours dévouée, se rendit à Florence pour y remplir les fonctions de légat du Saint- ^1) Lettre xu. A Grégoire XI.

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Biége. Sa présence changea subitement les choses. Le premier jour de son arrivée, elle parla trois fois en public; elle toucha tellement les cœurs, qu'ils revinrent à l'obéissance , et l'interdit fut observé de nouveau. Elle travailla ensuite à négocier la paix. La révolte n'avait pas uni les partis : les Gibelins avaient le principal pouvoir, mais les Guelfes comptaient dans leurs rangs les capitaines du peuple. Sainte Catherine s'entendit avec eux , et leur fit comprendre que ceux qui entretenaient la division entre le père et les enfants , devaient être privés de leurs fonctions; qu'ils étaient plutôt les destructeurs que les gouverneurs de la chose publique, que non -seulement la paix était nécessaire à la conservation de leurs biens et de leur vie, mais qu'elle était indispensable au salut de leurs âmes. Ils avaient activement contribué à dépouiller l'Église romaine de droits incontestables; et, lors même qu'il ne s'agirait que d'intérêts privés, ils devaient, devant Dieu et devant leur conscience, restituer ce qu'ils avaient pris ou fait prendre par les autres (1). Les chefs du parti guelfe et un grand nombre de bons citoyens se rendirent à ces considérations , et demandèrent aux gouverneurs de la ville de travailler à la paix, non plus en parlant, mais en agissant. L'opposition fut violente parmi les Huit de la guerre ; les chefs guelfes en privèrent un de sa charge , et parvinrent à écarter aussi des affaires quelques autres citoyens. L'action de sainte Catherine

(1) Vie de sainte Catherine^ m« part., cli. 6.

fut si puissante , qu'un congrès se réunit à Safzanê pour amener la pacification delltalie. Le Pape y envoya deux plénipotentiaires, le cardinal de la Grange et l'archevêque de Narbonne. Le roi de France et la reine de Naples s'y firent représenter, ainsi que les villes de Florence, de Gènes et de Venise. Barnabe Visconti voulut y venir en personne. Sainte Catherine agit par ses disciples et par ses lettres. Les conditions de la paix étaient sur le point d'être arrêtées, lorsque la mort de Grégoire XI vint tout remettre en question, et tourner les esprits vers l'élection d'un nouveau Pontife.

Cependant les discordes civiles continuaient à Florence ; les Guelfes avaient exilé ceux qui s'opposaient à la paix ; beaucoup d'autres le furent pour satisfaire des vengeances particulières. Le nombre des bannis devint si considérable, que toute la ville en murmura. Les Gibelins en profitèrent pour ameuter la populace contre sainte Catherine , qui était cependant étrangère à tout ce qui se passait. Elle s'en plaignit même amèrement , disant et faisant dire partout que c'était très -mal agir que de frapper tant de citoyens, et qu'on ne devait pas , sous prétexte de procurer la paix , satisfaire des haines personnelles. Alors eut lieu l'émeute dont le bienheureux Raymond nous a laissé le récit. Sainte Catherine , menacée, poursuivie, put se réfugier avec quelques disciples dans un jardin où ceux qui voulaient la tuer la découvrirent : elle espéra un instant la couronne du martyre , mais Dieu désarma miraculeusement ses assas-

sios. Une de ses lettres nous fait connaître les sentiments qui l'agitaient au milieu du danger. « Glorifions -nous, dit -elle, dans les souffrances, sans chercher notre gloire , mais la gloire de Dieu et le salut des âmes , comme le faisaient les martyrs, qui étaient toujours prêts à souffrir, pour la Vérité, les tourments et la mort ; c'est avec leur sang répandu par amour du Sang qu'ils ont fondé les murailles de la sainte Église. 0 doux Sang, qui ressuscites les morts; ô Sang, tu donnes la vie, tu dissipes les ténèbres dans les esprits aveuglés des créatures raisonnables, et tu leur donnes la lumière. Doux Sang, tu rapproches ceux qui sont séparés, tu revêts ceux qui sont nus , tu rassasies les affamés , tu désaltères ceux qui ont soif, et , avec le lait de ta douceur, tu nourris ceux qui sont petits par une humilité sincère, et innocents par une pureté véritable.

0 Je veux aujourd'hui commencer une vie nouvelle, pour que mes péchés ne me privent plus du bonheur de mourir pour Jésus crucifié; car je vois bien que c'est ma faute si jusqu'à présent j'en ai été privée... Mon désir s'était grandement augmenté , et je brûlais de souffrir, sans l'avoir mérité , pour l'honneur de Dieu et le salut des âmes , pour la réformation et le bien de l'Église. Mon cœur se fendait d'amour et de désir de sacrifier ma vie. Ce désir m'était doux et pénible : doux, parce que j'étais unie à la Vérité; pénible, parce que mon cœur souffrait de voir l'offense de Dieu et celte multitude de démons qui obscurcissaient toute la ville ,

et aveuglaient les intelligences. 11 semblait que Dieu les laissait faire, par justice et par vengeance. Aussi je me consumais en gémissements. Je redoutais le malheur qui était près d'arriver, et qui pouvait empêcher la paix ; mais Dieu, qui ne méprise pas le désir de ses serviteurs, nousprotége^^, ainsi que la douce Marie, notre Mère, dont le nom avait été invoqué avec les larmes et les angoisses du désir ; et , dans cette émeute et ce bouleversement, il n'y eut pour ainsi dire d'autre mal que la mort de ceux que frappa la justice.

« Mais le désir que j'avais de donner ma vie pour la Vérité, pour la douce Épouse du Christ, ne fut pas exaucé. L'éternel Époux de mon àme m'a bien trompée. Aussi je pleure parce que la multitude de mes péchés est si grande, que je n'ai pu mériter que mon sang donnât la vie et la lumière à ces pauvres aveugles. Mon sang n'a pas réconcilié le fils avec le père. Mon sang n'a pas cimenté la pierre dans le corps mystique de la sainte Église. 11 me semble que les mains de celui qui voulait frapper étaient liées. Je disais: C'est moi, prenez-moi , et laissez ceux qui m'accompagnent. C'était comme des coups de poignard qui leur perçaient le cœur. 0 mon Père, ressentez en vous une grande joie, car je n'ai jamais goûté de semblables mystères avec tant de consolations. C'était la douceur de la vérité , l'ivresse d'une conscience libre et pure ; c'était le parfum de la douce providence de Dieu; c'était la jouissance des nouveaux martyrs, annoncée, vous le

savez, par l'éternelle Vérité. La langue ne pourrait suffire à raconter le bonheur qu'éprouvait mon âme. Je sentais si bien ce que je devais à mon Créateur, que si j'avais pu livrer mon corps aux flammes, il me semblait que je n'aurais pas assez reconnu les grâces que nous avions reçues, moi , mes fils et mes filles (1). »

Les disciples de sainte Catherine , effrayés du danger qu'elle venait de courir, voulurent l'éloigner du territoire de Florence ; mais elle déclara qu'elle ne le quitterait pas sans avoir accompli sa mission et obtenu la paix . Elle se retira pendant quelques jours à Vallombreuse , d'où elle consola ceux qui avaient été pillés ou maltraités à cause d'elle. La maison de Nicolas Soderini avait été brûlée. Elle l'exhorte à la patience , en lui disant : « Il me semble que l'ineffable bonté de Dieu vous a montré de nouveau son amour privilégié, puisqu'il vous a fait suivre la doctrine et l'exemple des saints, en vous rendant digne de souffrir pour la gloire et l'honneur de son nom , afin de vous récompenser au ciel et non pas en cette vie. Souffrez donc avec patience, en méprisant la sensualité, le monde et toutes ses délices, dont vous connaissez le peu de durée et de stabilité; prenez courage, et recevez avec douceur cette médecine que Dieu vous a donnée pour la vie de votre àme (2). »

Un autre de ses disciples, Ristoro Canigiani, avait

(1) Lettre cxlii. Au frère Raymond de Capoue.

(2) Lettre liv. A Nicolas Soderini.

été dépouillé de ses biens et de ses emplois. Sainte Catherine lui écrit : a Réjouissez -vous de ce qui est arrivé, car c'est la vie de votre àme, et augmentez en vous le fruit du saint désir. Si la sensualité ou les hommes vous parlent autrement, ne les écoutez pas, mais soyez ferme et courageux; persévérez dans vos saintes résolutions, et pensez que les hommes du monde ne pourront pas répondre pour vous devant le souverain Juge au moment de la mort, et que vous n'aurez d'autre secours qu'une sainte et bonne conscience (1). »

Dès que l'effervescence populaire se fut calmée, sainte Catherine revint à Florence et reprit ses négociations; elle fit envoyer une nouvelle ambassade à Rome , et elle écrivit à Urbain YI une lettre où elle le supplie de n'être pas trop exigeant , et de ne pas s'arrêter à l'émeute qui avait mis sa vie en danger. Elle lui recommande de recevoir les brebis égarées avec miséricorde et bonté, a Que Votre Sainteté triomphe de leur dureté, et leur rende le service de les ramener à la bergerie. S'ils ne le demandent pas avec une vraie et parfaite humilité , que Votre Sainteté supplée à leur faiblesse et n'exige de l'infirme que ce qu'il peut donner. Hélas ! hélas I ayez compassion de tant d'àmes qui périssent; ne faites pas attention au scandale qui a eu lieu dans cette ville, où il semble vraiment que les démons de l'enfer ont fait tous leurs efforts pour empêcher la paix. Mais la divine bonté a fait en sorte

(1) Lettre ccxxxix.vjA messire Ristoro Ganigiani.

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que ce grand mal ne produisît pas de grands maux ; maintenant vos enfants sont tranquilles et demandent de vous l'huile de la miséricorde

« Admettons , très-saint Père , qu'ils ne vous la demandent pas avec toutes les formes convenables, et avec le regret de cœur qu'ils devraient avoir de leurs fautes et que désirerait Votre Sainteté. Hélas! ne les refusez pas , ces enfants seront ensuite meilleurs que les autres. Hélas 1 mon Père , je ne voudrais plus rester ici ; mais faites de moi ce que vous voudrez : accordez-moi seulement cette grâce et cette miséricorde que je vous demande, moi, pauvre misérable (1). »

Urbain VI écouta la prière de sainte Catherine; il accorda la paix aux conditions qui avaient été arrêtées àSarzane. Les Florentins s'engagèrent à payer 150,000 florins d'or au Saint-Siège, et deux légats furent envoyés pour les relever de l'excommunication qu'ils avaient encourue. La joie de sainte Catherine fut grande, et elle se hâta d'annoncer la bonne nouvelle à ses disciples de Sienne.

« 0 très chers fils, s'écrie -t-elle. Dieu a entendu la voix et les cris de ses serviteurs , qui depuis si longtemps pleurent en sa présence et gémissent sur ceux qui sont morts. Les voilà ressuscites ; ils sont revenus de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière; mes très-chers fils, les boiteux marchent , les sourds entendent , les aveugles voient, et les muets parlent. Ils crient de toutes

(1) Lettre xv. A Urbain VI.

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leurs forces : La paix , la paix ! Oui , la paix ; quelle joie de voir des enfants revenir à l'oLéissance de leur Père , et recouvrer ses bonnes grâces , après avoir pacifié leurs âmes! Et comme des personnes qui commencent à voir, ils disent: Grâces vous soient rendues, Seigneur, de nous avoir réconciliés avec notre saint Père. On appelle saint maintenant le doux Agneau , le Clirist de la terre , qu'on traitait autrefois d'hérétique. On lui donne le titre de Père , qu'on lui refusait ; et je ne m'en étonne pas, car le nuage est dissipé, le ten^ps est devenu serein. Réjouissez-vous, réjouissez-vous, mes fils bien-aimés; pleurez de joie et de reconnaissance, en présence de l'éternel et souverain Père. Mais ne soyez pas encore satisfaits , et demandez que l'étendard de la très-sainte Croix se lève bientôt. Réjouissez -vous dans le Christ, le doux Jésus. Que nos cœurs éclatent, en voyant la grandeur de l'infinie bonté de Dieu. Maintenant la paix est faite, malgré ceux qui voulaient l'empêcher; le démon infernal est vaincu (1) . >i

La paix signée à Florence vers la fin de juillet 1378, fut ratifiée à Rome le 1^' octobre suivant. Sainte Catherine , après avoir rendu ce service à l'Église , revint à sa chère ville de Sienne , qu'elle avait réconciliée depuis quelque temps avec le Saint-Siège. Dieu semblait vouloir lui accorder un peu de repos avant de l'appeler à son dernier combat. Ce fut à cette époque qu'elle dicta pendant ses extases le livre du Dialogue , qui résume toute

(1) Lettre ccliv. A Sano de Maco,

sa doctrine. C'était l'héritage qu'elle devait laisser à ses disciples.

Cependant l'orage grondait ; le schisme d'Occident allait éclater. La vérité sur ce triste événement se trouve dans les lettres de sainte Catherine. Des auteurs ont osé attribuer cette fatale division de l'Europe chrétienne , au retour du Souverain Pontife à Rome , et en rendre par conséquent sainte Catherine responsable. C'est voir la cause du mal dans le seul moyen capable de le guérir. Le schisme était la dernière conséquence du séjour des papes à Avignon; cet exil de la papauté avait été la ruine de l'Italie. L'Église en avait souffert aussi dans son influence et sa dignité; il était important d'empêcher le retour de cet état de choses. Les cardinaux, qui étaient presque tous Français, désiraient conserver à leur nation la prépondérance acquise. Ils voulaient nommer un pape qui leur rendit les douceurs de leur patrie. Mais Dieu ne permit pas le succès de leurs intrigues, ils élurent l'archevêque de Bari, qu'ils pouvaient croire favorable à leurs désirs, en sa qualité de sujet de la reine de Naples; mais ils trouvèrent un maître dont ils ne voulurent pas accepter les réformes. Ils se révoltèrent alors et nommèrent le jeune cardinal de Genève , qui seul pouvait espérer maintenir son élection par la force des armes. La France fut son complice ; sans son concours, le schisme n'eût pas réussi.

La joie de sainte Catherine fut donc de courte durée. Dès que le schisme eut éclaté , elle le combattit coura-

geusement, et fut, plus que jamais, l'ange et le soutien de la papauté. Urbain VI avait été déjà en rapport avec elle pendant son voyage d'Avignon. Ce n'était plus le même homme que Grégoire XI. Sainte Catherine comprit admirablement son caractère, et s'appliqua à en développer les qualités , tout en en corrigeant les défauts. La première lettre qu'elle lui adresse, après son élection, montre l'autorité qu'elle avait déjà sur son esprit; elle lui trace toute sa ligne de conduite; elle l'exhorte à réformer l'Église, mais elle lui recommande d'unir la miséricorde à la justice , et de tempérer la vivacité de sa parole , qui irritait les coupables sans les convertir ; elle l'engage à s'entourer de saints personnages qui puissent l'éclairer de leurs conseils , et l'aider de leur influence. Il doit aussi créer de nouveaux cardinaux pour neutraUser l'action des anciens. Cette mesure pouvait arrêter le schisme ; Urbain VI la prit trop tard , les cardinaux s'étaient déjà retirés à Anagni , et consommaient peu de temps après leur sacrilège élection.

Sainte Catherine dans une autre lettre invite Urbain VI à profiter des avis qu'on lui donne, et à pardonner à ceux qui pourraient le blesser. « Très-saint Père , lui dit-elle, soyez patient , quand on vous dit ces choses, parce qu'elles ne sont dites que pour l'honneur de Dieu et pour votre salut, comme doit le faire le fils qui aime tendrement son père. Vous êtes le Père et le Seigneur de toute la chrétienté. Nous sommes tous

sous les ailes de Votre Sainteté , votre autorité s'étend à tout; mais votre vie est bornée comme celle de l'homme , et c'est une nécessité que vos enfants voient et fassent dans la sincérité de leur cœur et sans aucune crainte, tout ce qui est utile à l'iionneur de Dieu, au vôtre et au salut des brebis qui sont sous votre houlette. Je sais que Votre Sainteté désire ardemment avoir des auxiliaires qui puissent lui servir , mais il faut pour cela les écouter avec patience (1). »

Lorsque les difficultés augmentent pour Urbain VI , sainte Catherine le soutient , et lui offre le secours du plus entier dévouement. « Dieu est la force suprême et éternelle. Celui qui est dans la charité est en Dieu , et Dieu est en lui, parce que Dieu est charité. Aussi l'àme qui en est revêtue parce qu'elle est en Dieu , ne peut être vaincue par aucune peine , aucune tribulation ; les peines au contraire la fortifient intérieurement, parce qu'elles éprouvent sa patience. Les coups des méchants, qui s'aiment eux - mêmes , ne vous nuiront pas ; ils ne renverseront ni la charité de votre âme, ni votre Épouse, la sainte Église, qui ne peut périr, parce qu'elle est fondée sur la Pierre vive, le Christ, le doux Jésus. A qui nuiront ces coups? A ceux qui les frappent. Très-saint et très-doux Père , ces traits et ces flèches empoisonnées retourneront contre eux. Livrez-vous à la douce ardeur de la charité , sans aucune hésitation ; fortifiez -vous et devenez semblable à votre chef, ce

(1) Lettre ivi. A Urbain VI.

doux Jésus, qui toujours, depuis le commencement du monde jusqu'à la fm des siècles, a voulu et voudra que rien de grand ne se fasse sans beaucoup souffrir. »

« Jetez -vous donc sans crainte à travers les épines avec le vêtement puissant de la charité. Hélas ! hélas ! ne vous laissez pas arrêter par la peine , ne vous inquiétez pas de la vie du corps ; ne craignez pas de la perdre , car Dieu est pour vous ; et s'il est utile de donner sa vie, il faut la donner avec joie. »

Elle lui recommande cependant la prudence, parce que nous ne devons pas tenter Dieu . » Je veux que vous preniez toutes les sûretés possibles pour votre conservation , parce que je sais que les méchants , qui aiment le monde et s'aiment eux-mêmes , ne dorment pas , et qu'ils cherchent à vous tendre des pièges pour vous ôter la vie. Mais la douce et ineffable bonté de Dieu a prévenu et préviendra leur malice ; elle veillera sur les besoins de son Épouse. De votre côté cependant faites tout ce que vous pourrez faire. Pardonnez, pardonnez , mon Père , à ma présomption , mais la douleur et l'amour m'excusent, et ma conscience me reprendrait si je ne vous parlais pas ainsi. Je ne serai pas tranquille tant que je ne serai pas en présence de Votre Sainteté. Je veux donner mon sang, ma vie; je veux faire couler la moelle de mes os pour la sainte Église, quoique j'en sois, je le reconnais, bien indigne. Je prie l'infinie bonté de Dieu de m'en rendre digne avec tous ceux qui ont le même désir. Voici le moment où les fleurs

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