‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 3)Chapitre 73 sur 100 · À FLORENCE , LORSQUE LA SAINTE ÉTAIT A AVIGNON · texte numérisé non relu

À FLORENCE , LORSQUE LA SAINTE ÉTAIT A AVIGNON

Elle se plainl des Florentins qui n'usaient pas des moyens convenables pour demander au Pape la paix, comme ils l'avaient promis d'abord.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très -cher Frère dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir, vous et les autres seigneurs, pacifier vos cœurs et vos âmes dans le très-doux Sang. C'est dans ce sang que s'éteignent la haine et la guerre, et que s'abaisse l'orgueil de l'homme. Car dans ce sang l'homme voit Dieu descendre jusqu'à lui en revêtant notre humanité ; et cette humanité a été percée et clouée sur la Croix , par toutes les blessures du corps de Jésus crucifié; ce sang a coulé et s'est répandu sur nous , et voici qu'il nous est distribué par les ministres de la sainte Église. Je vous prie par l'amour de Jésus crucifié de recevoir ce trésor du Sang que vous offre

(1) Buonacorso était un des citoyens les plus influents de Florence; il avait été envoyé en ambassade à Sienne en 1375, et il avait, à cette occasion, connu sainte Catherine.

l'Épouse du Christ. Réconciliez-vous , réconciliez-vous avec elle dans ce sang ; reconnaissez vos fautes et les outrages dont vous êtes coupable : car celui qui reconnaît ses fautes , et prouve qu'il les reconnaît en s'humiliant, reçoit toujours miséricorde; mais celui qui montre seulement son repentir par des paroles et non par des actes , n'obtient jamais miséricorde. Je ne vous dis pas cela seulement pour vous, mais aussi pour les autres qui sont tombés dans cette faute.

2. Hélas! hélas! mon très-cher Frère, je suis bien affligée des moyens qu'on prend pour demander la paix au très -saint Père : on la veut plus en paroles qu'en vérité. Je vous dis cela parce que , quand je suis venue ici , vous et les autres seigneurs vous paraissiez , dans vos discours, repentants des fautes commises, et prêts à vous humilier pour obtenir miséricorde du Saint- Père. Je vous disais : « Voyez, Messeigneurs , si vous avez l'intention de vous humilier réellement, et si vous voulez que je vous présente à votre Père comme des enfants soumis jusqu'à la mort. Si vous y consentez, je ne craindrai aucune fatigue : mais autrement je ne partirai pas. » Ils m'ont tous répondu qu'ils y consentaient avec joie. Hélas ! hélas ! mes très -chers Frères , c'était la voie et la porte par laquelle il fallait entrer, il n'y en avait pas d'autres ; si vous aviez suivi cette voie, si vos actes avaient été en rapport avec vos paroles, vous auriez obtenu la paix la plus glorieuse qu'on puisse obtenir. Et je ne le dis pas sans raison, car je sais quelles étaient les dispositions du Saint- Père pour la faire. Mais ensuite nous avons commencé à sortir de la voie (1) j

(1) Lettre xlvii. Vie de sainte Catherine, p. m, c. 7.

nous avons employé les moyens trompeurs du monde , et en démentant nos paroles par nos actions, nous avons donné sujet au Saint- Père non pas de s'apaiser, mais de s'irriter davantage.

3. Lorsque vos ambassadeurs sont arrivés ici, ils ne se sont pas conduits comme ils devaient le faire avec les serviteurs de Dieu, Vous avez suivi vos idées; de sorte qu'il m'est impossible de conférer avec eux pour savoir si vous leur avez parlé comme à moi, eu leur remettant leurs lettres de créance. Il était convenu que nous conférerions de tout ensemble ; vous aviez dit : « Nous croyons que rien ne pourra se faire que par les mains des serviteurs de Dieu; » et vous avez fait tout le contraire. Cela vient de ce que nous ne reconnaissons pas bien nos fautes, et je vois que toutes ces paroles humbles venaient plutôt de la peur et de la nécessité que de l'amour et de la vertu : car si vous aviez compris véritablement l'offense que vous aviez commise, votre conduite eût répondu à vos paroles, et vous auriez confié vos intérêts et ce que vous vouliez obtenir du Saint-Père aux vrais serviteurs de Dieu , qui auraient présenté votre demande et obtenu du Saint-Père une bonne paix. Vous ne l'avez pas fait. J'en ai été trèsaflQigée à cause de l'offense de Dieu et du tort que vous vous faites à vous-même. Vous ne voyez pas le mal, et les suites fâcheuses qu'entraîneront votre obstination et votre persévérance dans votre ligne de conduite.

4. Hélas! hélas! délivrez -vous donc des liens de l'orgueil, et attachez-vous à l'humble Agneau; ne méprisez pas son Vicaire , et n'agissez plus contre lui. Qu'il n'en soit plus ainsi, pour l'amour de Jésus crucifié. Ne foulez pas aux pieds son sang; et ce que vous n'avez

pas fait jusqu'à présent, faites-le maintenant. Ne vous affligez pas , ne vous irritez pas s'il vous semble que le Saint- Père vous demande des choses dures et impossibles. Il ne voudra que ce qui est possible , il fera comme un bon père qui punit un fils coupable : il le réprimande sévèrement pour Thumilier et lui faire reconnaître sa faute ; et le fils ne s'irrite pas contre son père , parce qu'il voit que, ce qu'il fait il le fait pour son bien ; et plus il le repousse , plus il revient, demandant toujours miséricorde. Je yous le dis de la part de Jésus crucifié ; toutes les fois que notre Père, le Christ de la terre , vous repoussera , revenez à lui ; laissez-le faire , il a ses raisons. Voici qu'il va rejoindre son Épouse, la ville de saint Pierre et de saint Paul ; courez vers lui avec une humilité de cœur sincère et a\ec le regret de vos fautes; suivez les saintes résolutions que vous aviez d'abord prises. En le faisant, vous obtiendrez la paix spirituelle et temporelle; en ne le faisant pas, nous éprouverons des malheurs que nos pères n'ont jamais connus, nous attirerons la colère de Dieu sur nous, et nous ne participerons pas au sang de l'Agneau. Je ne vous en dis pas davantage. Sollicitez tant que vous le pourrez lorsque le Saint-Père sera à Rome. Je fais et je ferai tout ce que je pourrai faire jusqu'à la mort pour l'honneur de Dieu et pour la paix , afin de faire cesser l'obstacle qui empêche la sainte croisade. Lors même que nous ne ferions que ce mal , nous serions mille fois dignes de l'enfer : prenez courage dans le Christ, notre doux Jésus. J'espère de sa bonté que, si vous faites ce que vous devez, vous aurez une bonne paix. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu Doux Jésus, Jésus amour.

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