LUI (217). — A NICOLAS SODERINI
DE FLORENCE, LORSQU'IL ÉTAIT UN DES PRIEURS AU MOMENT DE LA LIGUE (l).
Elle l'exborle k se liguer avec ses concitoyens. — Il ne peut y avoir d'union véritable parmi les hommes, si elle ne se fait par Jésus- Christ, au moyen de la sainte charité. — Elle reprend fortement la ligue des Florentins contre le Souverain Pontife, et elle les conjure de demander humblement la paix.
AU ISOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Très-cher et bien-aimé Fils et Frère dans le Christ Jésus, moi , Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir un membre uni et lié par les liens de la vraie charité , afin que , participant ainsi au véritable amour , vous puissiez , lorsque vous serez à la tête de la ville, devenir un moyen d'union entre tous vos concitoyens, pour qu'ils ne restent pas dans un si grand danger et dans la damnation de l'àme et du corps. Vous
(1) Nicolas Soderini était un des citoyens les plus importants de la république de Florence ; il avait été gonfalonier de la justice en 1371, et se trouvait un des prieurs des arts qui étaient au pouvoir au moment de la ligue faite contre le Saint- Siège par les villes de Toscane et de -Lombardie en 1375.
savez bien qu'un membre séparé de son chef ne peut avoir la vie en lui , parce qu'il n'est pas uni à Celui en qui est la vie ; c'est ce que fait l'àme qui est séparée de l'amour et de la charité de Dieu , c'est ce que font ceux qui ne suivent pas leur Créateur, mais qui plutôt le persécutent par leurs outrages et leurs péchés mortels ; ils le montrent clairement par ce que nous leur voyons faire tous les jours, et vous devez me comprendre. Hélas! hélas! qui sommes -nous, pauvres misérables, orgueilleux et méchants, pour nous révolter contre notre Chef. Hélas ! hélas! dans notre aveuglement, nous voyons notre ville et notre puissance dans la fleur de la prospérité, nous n'apercevons pas le ver qui a pénétré dans la plante et qui ronge la fleur. Elle tombera bientôt, si nous n'y apportons remède. H faut donc résister à la lumière de la raison par une vraie et douce humilité; cette vertu élève ceux qui la possèdent, tandis que, comme ledit Jésus-Christ, les superbes sont toujours humiliés. Ceux-là ne peuvent avoir la vie, parce qu'ils sont des membres séparés des doux biens de la charité. 2. Peut- il nous arriver plus grand malheur que d'être privés de Dieu? Nous pourrons bien former une ligue puissante et nous unir à beaucoup de villes et de personnes; mais ce ne sera rien, si nous ne sommes pas unis à Dieu, si nous n'avons pas son secours. Vous savez bien que c'est en vain que travaille celui qui garde la cité, si Dieu ne la garde lui-même (1). Que pourronsnous donc faire, malheureux aveugles qui nous nous obstinons dans notre péché? Quoi! Dieu est Celui qui garde et conserve les cités et tout l'univers , et moi je
(1) Psaume cxxvi , 2.
me suis révoltée contre lui, qui est Celui qui est! Si je dis : Je ne fais rien contre lui, ou pourra répondre : Tu fais contre lui tout ce que tu fais contre son Vicaire, qui tient sa place. Vois donc combien cette révolte t'affaiblit : nous n'avons pour ainsi dire plus de force, parce que nous sommes privés de notre force. Hélas 1 mon Frère , mon bien cher fils , ouvrez les yeux pour voir un si grand péril et cette perte de l'àme et du corps. Je vous en conjure, n'attendez pas la venue du jugement de Dieu ; car le ver pourrait bien tant avancer, que la fleur tomberait par terre. Le parfum de la fleur est déjà corrompu, parce que nous sommes révoltés contre le Christ. Vous savez bien que le parfum de la grâce ne peut durer dans celui qui se révolte contre son Créateur. Mais il y a un remède auquel nous pouvons recourir, et je vous en conjure autant que je le sais et que je le puis , dans le Christ , le doux Jésus , employez-le , vous et vos concitoyens. Faites pour cela tout ce que vous pourrez faire.
3. Humiliez-vous, apaisez vos esprits et vos cœurs; car on ne peut entrer par la porte étroite en levant la tête : on se la briserait. Il faut passer par la porte de Jésus crucifié , qui s'est humilié jusqu'à nous, pauvres insensés. Si vous vous humiliez, vous demanderez avec calme et douceur la paix à votre chef, le Christ de la terre. Montrez que vous êtes ses enfants , des membres unis et non retranchés, et vous trouverez la miséricorde, la bonté , le salut de l'àme et du corps. Vous savez que la nécessité ne peut le contraindre ; il faut que ce soit l'amour. Un enfant ne peut vivre sans le secours de son père : il n'a aucune vertu , aucune puissance par luimême; tout ce qu'il a lui vient de Dieu. Il faut donc
qu'il reste dans l'amour du père ; car s'il s'en séparait par la révolte et la haine , il perdrait son secours , et en le perdant il périrait. Il faut donc aller solliciter avec zèle le secours du Père , c'est-à-dire le secours de Dieu ; mais il faut le solliciter et l'obtenir de son Vicaire , c'est entre ses mains que Dieu a mis les clefs du ciel , et c'est ce porte- clefs que nous devons prendre pour chef, car ce qu'il fait est fait , ce qu'il ne fait pas n'est pas fait, comme l'a dit le Christ à saint Pierre : « Ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel , ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel (1). » Puisque le Vicaire a tant de force et de puissance , qu'il ferme et ouvre les portes de la vie éternelle , seronsnous des membres corrompus, des enfants révoltés contre leur père , et assez insensés pour agir contre lui ? Nous voyons bien que sans lui nous ne pouvons rien faire. Si vous êtes contre la sainte Église, comment pourrez -vous participer au sang du Fils de Dieu? L'Église est inséparable du Christ. C'est elle qui nous donne et nous administre les sacrements , et les sacrements nous donnent la vie par la vie qu'ils reçoivent du sang du Christ ; et avant que ce sang nous fût donné, aucune vertu n'était suffisante pour nous donner la vie éternelle. Comment sommes-nous donc assez audacieux pour mépriser ce sang ?
k. Et si vous dites, Je ne méprise pas ce sang, je vous répondrai. Cela n'est pas vrai. Celui qui méprise le Vicaire du Christ méprise le sang du Christ ; celui qui agit contre l'un agit contre l'autre , car ils sont unis ensemble. Comment pouvez- vous dire que si vous of-
(1) s. Matth., XVI, 19.
fensez le corps , vous n'offensez pas le sang, qui est dans le corps? Ne sa\ez-vous pas qu'il possède le sang du Christ ? Comprenez qu'il en est comme d'un fils et d'un père : si le fils off'ense le père, le fils n'aura jamais raison contre son père , et il ne peut pas l'offenser sans être en danger de mort et en état de damnation. Il est toujours son débiteur, puisqu'il en a reçu l'être. Le fils n'a pas demandé à son père la substance de son corps , et cependant le père, dans son amour, a donné à son fils l'existence. Oh! combien plus serions-nous ignorants et ingrats, si nous nous permettions d'offenser notre vrai Père, Celui qui a aimé sans être aimé ! Car il nous a créés par amour, et il nous a fait renaître à la grâce par son sang , en sacrifiant sa vie avec tant d'amour. Si l'homme y pensait , il souffrirait la faim , la soif et toutes les épreuves jusqu'à la mort, plutôt que de se révolter et d'agir contre son Vicaire, par lequel il nous donne le fruit du sang du Christ : et il nous le donne par bonté et non par devoir.
5. Oh 1 non, plus jamais, mes Frères, ne dormons plus dans ces ténèbres et cet aveuglement. Délivrons-nous du ver de l'orgueil et de l'amour de nousmêmes; tuons -le avec le glaive de la haine et de l'amour, avec l'amour de Dieu et le respect de la sainte Église , avec la haine et l'horreur du péché et des fautes commises contre Dieu et son Vicaire. Alors vous serez attachés et greffés sur l'Arbre de vie ; il vous ôtera la mort , il vous rendra la vie et détruira votre faiblesse. Nous l'avons dit, nous sommes devenus faibles parce que nous sommes privés de Dieu, qui est notre force, en injuriant son Épouse. Mais en vous unissant par la haine et le regret des divisions passées , vous serez forts
par les grâces spirituelles, dont nous a\ons besoin si nous voulons la vie de la grâce , et aussi par les grâces temporelles , qui vous protégeront contre tous ceux qui voudraient vous nuire.
6. Ne vaut-il pas mieux être en paix non-seulement avec votre chef, mais avec toutes les créatures? Car nous ne sommes pas des juifs et des sarrasins, mais des chrétiens rachetés et purifiés par le sang du Christ. Que nous serions insensés si , pour nous agrandir ou pour ne pas perdre notre état , nous faisions l'ofiBce des démons , en cherchant à entraîner les autres dans le mal que vous faites vous-mêmes! C'est ainsi qu'ont fait les démons : ils étaient des anges, et lorsqu'ils tombèrent ils se liguèrent ensemble et se révoltèrent contre Dieu. Eu voulant s'élever, ils tombèrent dans l'abîme. Je vous en prie et je vous en conjure, ne faites pas ainsi en voulant attaquer l'Épouse du Christ et vous liguer contre elle. Lorsque vous vous croirez unis et triomphants, vous serez divisés et abaissés plus que jamais. Ne le faites plus , mes très-chers Frères ; mais unissez -vous dans les liens d'une ardente charité; demandez à rentrer dans la paix et l'union avec votre chef, afin que vous ne soyez pas des membres séparés. Vous avez un Père si bon, que non -seulement il est prêt à vous pardonner si vous revenez, mais qu'il vous invite encore à la paix malgré les injures qu'il a reçues de vous.
7. Il vous semble peut-être que c'est vous, au contraire, qui avez reçu l'injure (1). S'il en est ainsi, cette
(1) Les Florentins se plaignaient de la conduite du légat de Bologne, qui avait empêché l'exportation des denrées dans un moment de disette, et qui avait favorisé la révolte de Prato,
erreur "vient de votre peu de lumières. C'est un grand danger, et un obstacle qui empêche l'homme de se corriger, car il ne voit pas sa faute, et ne la vo\ant pas il ne l'expie pas par la haine et le regret. 11 faut donc voir, afin que , reconnaissant nos défauts , nous puissions nous en corriger. Nous ne devons pas aimer les vices que nous voyons dans les créatures, mais nous devons aimer et respecter la créature et l'autorité que Dieu a confiée à ses ministres , en laissant juger et punir leurs fautes; car Dieu est le souverain Juge qui rend justice à chacun selon ses mérites. Ne serait-il pas déraisonnable de vouloir juger les autres , lorsque nous sommes tombés dans les mêmes fautes ! Je vous prie donc de ne plus vous laisser aller à une si grande erreur ; mais unissez-vous loyalement et généreusement à votre chef, pour qu'au moment de la mort , où l'homme ne peut plus s'excuser, nous puissions recevoir et goûter le fruit du sang de Jésus-Christ.
8. Je vous prie, Nicolas, par cet amour ineffable avec lequel Dieu vous a créé et racheté si doucement, de vous appliquer à être juste autant que vous le pourrez. Ce n'est pas sans un grand motif que Dieu vous a mis à même de faire la paix et de rétablir l'union avec la sainte Église : c'est pour vous sauver, vous et toute la Toscane. Il ne me semble pas que la guerre soit une si douce chose, que nous devions la rechercher lorsque nous pouvons l'éviter. Y a-t-il, au contraire , rien de plus doux que la paix? Je ne le crois pas ; c'est le doux héritage que Jésus-Christ a laissé à ses disciples. Car il a dit : Ce n'est pas en faisant des miracles, en connaissant les choses futures et en montrant votre sainteté par des actes extérieurs, qu'on reconnaîtra que vous
êtes mes disciples ; c'est en étant unis par la charité, la paix et l'amour. Je veux donc que vous fassiez l'office des anges, qui travaillent à nous mettre en paix avec Dieu. Faites ce que vous pourrez ; et que cela plaise ou déplaise, surmontez tous les obstacles; ne pensez qu'à l'honneur de Dieu et à votre salut , et quand il devrait vous en coûter la vie , n'hésitez jamais à dire la vérité, sans craindre ce que les démons ou les créatures pourraient faire. Mais prenez pour bouclier et pour défense la crainte de Dieu, sachant que son regard est sur nous , et qu'il voit toujours l'intention , la volonté de l'homme telle qu'elle est dirigée vers lui. En agissant ainsi, vous accomplirez mon désir en vous. Je vous ai dit que je désirais vous voir un membre uni et lié par les liens de la charité, et aussi un moyen de lier et d'unir tous les autres. Faites-leur voir, autant que vous le pourrez , dans quel danger et quel malheur ils se trouvent; car je vous assure que si vous ne disposez pas tout pour la paix , si vous ne la demandez pas avec humilité, vous tomberez dans une ruine plus grande que jamais.
9. Je crains qu'on ne puisse vous appliquer cette parole de Jésus-Christ, lorsqu'il allait à la mort honteuse de la Croix pour nous pauvres misérables qui méconnaissons un si grand bienfait ; il se tournait en disant : « Filles de Jérusalem , ne pleurez pas sur moi, mais sur vous et sur vos enfants (1); » et le jour des Rameaux, lorsqu'il descendait de la montagne des Oliviers, il disait : a Jérusalem, Jérusalem , tu te réjouis, parce que c'est aujourd'hui ton jour, mais un temps viendra où
(1) s. Luc, ïiiii, 28.
tu pleureras (1). » N'attendez pas ce temps, pour l'amour de Dieu, mais procurez-vous la vraie joie, c'est-à-dire la paix et l'union. De cette manière vous serez les vrais fils ; vous mériterez et vous posséderez l'héritage du Père éternel. Je ne vous eu dis pas davantage, tant est pesante l'affliction que me cause la perle de vos âmes et de vos corps. Pour l'empêcher, je sacrifierais avec joie mille fois ma vie si je le pouvais. Je prie la divine Providence de vous donner à vous, mon fils, et à tous les autres, la lumière, la connaissance, la crainte et le saint amour de Dieu ; qu'il vous retire des ténèbres de l'amour -propre et de la crainte servile qui est la cause de tout le mal. Je vous adresse le porteur de cette lettre , qui est cette année le prédicateur de l'ordre des Frères-Mineurs. C'est un bon et vrai serviteur de Dieu , qui vous aidera de ses conseils et vous dirigera dans la voie de la vérité pour tout ce que vous aurez à faire pour vous-même et pour la ville. Je vous prie d'écouter et de suivre ses conseils; il n'y a aucune chose secrète et cachée dans votre esprit que vous ne puissiez lui communiquer. J'espère delà grâce divine, que l'amour qu'il a pour votre salut et celui de tous lui obtiendra des lumières d'en haut, qu'il vous conseillera toujours bien. Confiez- vous à lui, et c'est un autre moi-même. Bénissez et encouragez M™^ Constance (2) et toute la famille. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.
(1) s. Luc, XIX, 42.
(2) M"» Constance était la femme de Nicolas Soderini.
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LIV (218). — A NICOLAS SODERINT,
A FLORENCE (l).
De la vertu de patience, et de l'amour de Jésus - Christ , qui l'enseigne.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE-
1. Très-cher Père dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir affermi dans la vraie et sainte patience : car sans la patience nous ne pouvons être agréables à Dieu , et nous ne pouvons être en état de grâce. La patience est la moelle de la charité. Puisqu'elle est si nécessaire, il faut la trouver ; et où la trouverons-nous? Le savez-vous, mon doux et cher Père? Dans le même lieu et de la même manière que nous trouverons l'amour. Et où s'acquiert l'amour? L'amour, nous le trouvons dans le sang que Jésus crucifié a ré-
(1) Cette lettre fut écrite à l'occasion de l'émeute qui eut lieu à Florence en 1378. Sainte Catherine courut un grand danger : la maison de Nicolas Soderini fut pillée et brûlée par la populace, qui voulut aussi détruire l'asile que le disciple de sainte Catherine lui faisait bâtir près de la porte Saint-Georges. {Voir Gigli, t. II, p. 199.)
pandu par amour sur le bois de la très-saipte Croix. L'amour iiiefFable que nous voyons en lui nous inspire l'amour, car celui qui se voit aimé, ne peut s'empêcher d'aimer; et dès qu'il aime, il se revêt de la patience de Jésus crucifié ; et avec cette douce et glorieuse vertu , il est calme au milieu des orages et des épreuves sans nombre.
2. C'est cette vertu qui se rappelle sans cesse la volonté de Dieu. Elle est forte , elle n'est jamais vaincue, mais toujours victorieuse, parce qu'elle possède la force et la longue persévérance , et elle reçoit la récompense de toutes ses fatigues. C'est une reine qui domine l'impatience, et ne se laisse jamais surmonter par la colère. Elle ne se repent pas du bien qui est fait, quoiqu'il lui attire souvent des peines et des tribulations; mais l'àme trouve de la joie et de la force à souffrir sans l'avoir mérité. Il n'y a que nos fautes qui doivent nous affliger , car il n'y a que nos fautes qui nous fassent perdre notre bien. Qu'est-ce que nous perdons? La grâce, qui est le sang du Christ , notre bien que ne peuvent nous enlever ni le démon ni la créature, si nous ne le voulons pas. Mais les autres choses, les richesses, les honneurs, la puissance , les plaisirs , la santé , la vie et le reste, ne sont pas véritablement à nous ; elles nous sont seulement prêtées pour notre usage, comme il plaît à la divine Bonté, et elles peuvent nous être enlevées. Nous ne devons donc pas nous troubler et tomber dans l'impatience, mais les rendre sans peine ; car il faut rendre et abandonner ce qui n'est pas à nous : nous voyons bien que personne ne les garde comme il le désire , il faut s'en séparer; elles nous laissent, ou nous les laissons en mourant.
3. Il est donc bien fou et bien insensé, celui qui leur accorde un amour coupable et déréglé. Il faut, comme des hommes généreux, dépouiller notre cœur de toutes ces choses passagères , et de l'amour de nousmème, pour nous attacher à la très-sainte Croix, où nous trouverons l'amour ineffable en goûtant le sang du Christ, où nous puiserons la patience de l'humble Agneau sans tâche. Nous verrons que c'est avec ce même amour, avec lequel il a donné sa vie pour nous , qu'il nous donne et permet toutes nos fatigues, nos tribulations et nos consolations. Il me semble que l'ineffable bonté de Dieu vous a montré de nouveau son amour privilégié, puisqu'il vous a fait suivre la doctrine et la vie des saints, en vous rendant digne de souffrir pour la gloire et l'honneur de son nom , afin de vous récompenser au ciel , et non pas dans cette vie. Voici pour nous, très-cher Père, le moment de faire quelque bien pour notre salut, et de contempler le sang du Christ pour nous animer au combat, afin de ne pas tourner la tète £n arrière par impatience, et de ne pas défaillir sous la main puissante de Dieu. Souffrez donc avec patience, en méprisant la sensualité, le monde et toutes ses délices, dont vous connaissez le peu de durée et de stabilité. Nous imiterons ainsi saint Paul , qui disait : « Le monde me méprise, et je le méprise. »
4. Revêtons et embrassons la doctrine de Jésus crucifié; réjouissons- nous dans les tribulations, au lieu de les fuir , afin de ressembler à Celui qui a tant souffert pour nous. Nous montrerons ainsi notre patience: car comment la montrer si ce n'est dans le temps des tribulations? Nous recevrons plus tard dans le ciel la récompense de toutes uos peines, mais non pas sans la pa-
tience. C'est pourquoi je vous ai dit que je désirais vous voir affermi dans une vraie et sainte patience , afin <jue quand vous entrerez dans notre ville de Jérusalem, dans la vision de la paix, vous receviez ce que vous avez gagné pendant votre pèlerinage. Prenez courage, et recevez avec douceur celte médecine que Dieu vous a donnée pour la vie de votre àme. Je veux, très-cher Père , que vous considériez les grâces que Dieu vous a faites jusqu'à présent, et les bienfaits de sa douce providence, afin que votre àme augmente sa dévotion par sa reconnaissance envers Dieu. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Fortifiez M"® Constance de la part de Jésus crucifié, et dites-lui d'examiner qui a le plus souffert : elle verra que Dieu ramène le calme par la tempête. Doux Jésus, Jésus amour.