DÉPENSEURS DU PEUPLE ET DE LA COMMUNE DE SIENNE
Elle les exhorte à être fldèles à l'Église , et à avoir le zèle de la justice.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1 . Très- chers Frères et Pères dans le Christ, le doux Jésus , moi , Catherine , la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus- Christ , je vous écris dans son précieux sang , avec le désir de vous voir fidèles à notre sainte Mère l'Église , afin que vous soyez des membres unis à votre chef, de vrais et fidèles chrétiens pleins de zèle pour la sainte et vraie justice, voulant qu'elle brille comme une pierre précieuse dans vos cœurs, en vous dépouillant de tout amour-propre pour vous appliquer au bien général de la Cité , et non pas à vos intérêts particuliers. Celui qui ne pense qu'à lui , a peu la crainte de Dieu; il n'observe pas la justice, mais il la viole et commet de nombreuses injustices; il se laisse corrompre par les hommes, quelquefois pour de l'argent , quelquefois pour plaire à celui qui lui demande un service qui
(1) Cette lettre, publiée pour la première fois par Gigli, porte la date du 9 décembre 1379. Sainte Catherine était depuis un an à Rome,
sera une injustice; d'autrefois, pour éviter la punition d'une faute qu'il aura commise, il acquittera celui que les coups de la justice devaient atteindre. Il devient ainsi le complice de l'homme coupable , et il mériterait de souffrir lui-même le châtiment qu'il a épargné à un autre pour de l'argent. Si un pauvre avait fait la millième partie de ce qu'il a fait , il le punirait sans miséricorde.
2. Ce malheureux , qui doit gouverner la ville et qui ne se gouverne pas lui-même, ne s'inquiète pas de voir dépouiller les pauvres ; il méconnaît leurs droits, tandis qu'il donne raison à celui qui ne l'a pas. 11 n'est pas étonnant que ceux-là commettent des injustices, puisqu'ils sont cruels pour eux-mêmes, en vivant dans la débauche comme le pourceau dans la fange. Ils sont insensibles à tout , et si orgueilleux , qu'ils ne peuvent supporter qu'on leur dise la vérité. Us déchirent leur prochain et le tourmentent par leurs profits illicites , et par une foule de maux dont je ne parle pas pour ne pas vous fatiguer de paroles. Mais je ne m'étonne pas qu'ils manquent ainsi à la vraie et sainte justice : Dieu a permis et permet que nous éprouvions des châtiments et des fléaux tels qu'on n'en a jamais vu, je crois, de semblables depuis que le monde est monde. Quelle en est la cause ? L'amour-propre , qui engendre l'injustice et fait outrager la sainte Église par ses enfants devenus infidèles.
3. Nous avons vu et nous voyons clairement qu'il en est ainsi. Je vous ai dit que je voulais que vous soyez justes et que la perle de la justice brillât dans vos cœurs : je désire , par conséquent , que vous soyez les serviteurs fidèles de la sainte Église, et que vous obéissiez comme
de bons et vrais chrétiens au Pape Urbain YI , qui est vraiment Pape et Vicaire du Christ sur terre. Je verrai maintenant , mes chers Pères , ^i vous êtes ses enfants ou non. Dans ces circonstances difficiles, on connaîtra si le fils aime véritablement son Père, en l'assistant dans ses nécessités autant qu'il lui sera possible. Nous voyons maintenant notre Père et la sainte Église au milieu de difficultés si grandes, que les méchants ne leur eu ont jamais causé de semblables. Ceux qui étaient placés dans les greniers de la sainte Église pour répandre la Foi, sont ceux-là mêmes qui l'ont toute souillée en répandant le schisme et l'hérésie. Nous qui sommes chrétiens et fils du Pape Urbain YI, ce doux et bon Père , nous devons faire tous nos efforts pour con fondre et détruire le mensonge ; nous devonâ mourir s'il le faut ; cette mort sera pour nous la vie. Ne dormez plus, ce n'est pas le moment de dormir; mais secouez le sommeil pour l'honneur de Dieu , le bien de l'Église et pour votre utilité même.
4. Yous ne pouvez offrir à votre Créateur un sacrifice qui lui soit plus agréable. Et que cela ne vous paraisse pas pénible : ne vous a-t-il pas paru plus dur et plus pénible de servir contre Dieu et la justice, ceux qui étaient alors les membres corrompus et. rebelles de la sainte Église? Et vous n'avez retiré de ce service que la ruine de votre àme, de votre corps, de vos biens, avec la confusion, la honte, et le remords qui déchire votre conscience. N'hésitez donc plus, mais renoncez- vous généreusement, et ne prétendez pas être fidèles à ce que vous avez promis. Ces promesses ne doivent pas se tenir, puisque vous ne pourriez pas le faire sans péché, et qu'on ne doit pécher pour aucune raison. Si vous
avez tant fait pour le service du démon, combien plus maintenant devez-vous faire d'efforts dans le sens contraire. Vous devez , pour Jésus crucifié et par reconnaissance , servir son Vicaire , son Christ sur terre , le Pape Urbain VI, que vous devez reconnaître pour Souverain Pontife ; et celui qui ne le reconnaît pas est un hérétique réprouvé de Dieu, un membre du démon.
5, Que personne n'hésite et ne boite dans son esprit , pour se laisser tromper par le démon , en écoutant ceux qui disent : Peut-être c'est lui , peut-être ce n'est pas lui. Ne faites pas ainsi , pour l'amour de Dieu ; mais croyez fermement et avec amour qu'Urbain VI est bien notre Saint -Père le Pape, malgré tous ceux qui disent le contraire. Vous devez lui obéir, l'assister et mourir, s'il le faut, pour cette vérité. A l'assistance que vous lui donnerez, je verrai si la très- sainte Foi fleurit en vous, si vous êtes fidèles à la sainte Église et à votre doux et bon Père. Pour moi, je confesse et je confesserai devant le monde entier, jusqu'à la mort, que le Pape Urbain VI est bien véritablement le vrai Souverain Pontife. Hélas ! n'hésitez plus à secourir la douce Épouse du Christ. J'espère de la Bonté infinie de Dieu qu'il vous fera faire ce qu'il est de votre devoir de faire. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Je sais qu'il vous aime tendrement comme ses enfants; aimez-le et respectez-le comme votre Père. Doux Jésus , Jésus amour.