LXV(209). — A PIERRE, MARQUIS DU MONT
De la justice que nous devons exercer contre nous-mêmes, pour pouvoir l'exercer contre les avilres.
AU HOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1 . Messire Sénateur, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris et vous salue dans le précieux sang du Fils de Dieu, avec le désir de vous voir le vrai ministre de la justice , en vous d'abord, et puis dans les autres, afin que vous puissiez paraître devant le très-juste Juge avec un visage tranquille. Celui qui n'est pas juste envers lui-même, ne peut sans rougir l'être envers les autres ; car toute œuvre juste doit procéder de la justice et d'une volonté pure, 0 mon très-doux Frère dans le Christ Jésus, suivez l'exemple du tendre Agneau, qui a fait justice des péchés des autres sur lui-même. Ne devons-nous pas, à plus forte raison, punir nos péchés sur nous? Montez donc sur le tribunal de la raison , et faites que la mémoire accuse toutes les actions , toutes les paroles, toutes les pensées mauvaises dont vous êtes coupables, et que la volonté gémisse de l'injure faite à son Créateur, et en demande justice. L'intelligence décidera la peine que doivent supporter le cœur et le corps ; elle l'appli-
quera avec zèleetferveur, et alors s'apaisera le juste Juge.. Non-seulement il pardonnera l'offense, mais il rendra celui qui s'est jugé avec justice le juste juge des autres; et nous deviendrons de bons administrateurs, en nous appliquant à nous-mêmes les lois de la justice.
2. Je vous prie de vouloir bien vite terminer avec messire Mathieu ce que vous avez à faire pour votre salut. Ne tardez pas ; autrement il faudrait mettre la main à la barre, et payer avant de la retirer (1). Si vous n'avez pas d'autre moyen, confiez-lui la chose à lui-même ou à un banquier établi pour cela, et il fera ensuite le reste. Mes compagnes, qui me servaient ordinairement de secrétaires, ne sont pas ici; et il a fallu faire écrire par frère Raymond , qui vous salue de tout son cœur dans le Christ Jésus, et vous presse au sujet de ce que vous avez à faire avec messire Mathieu. Si Neri veut venir ici, je vous prie de le laisser venir. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Fait à Pise le 2 septembre (2). Après toutes ces choses, je vous recommande le porteur de cette lettre, qui est un homme bon et droit, vivant selon Dieu. C'est le frère de ma cousine selon la chair, mais de ma sœur selon le Christ. S'il a besoin de votre aide , donnez-le lui , pour l'amour de Jésus crucifié. Doux Jésus, Jésus amour.
(1) Far mettere la mano alla stanga, signifie être condamné à payer. Le débiteur était obligé de mettre la main sur une barre , ou pièce de bois, et ne pouvait la retirer qu'en payant. Dans les temps barbares quelques créanciers faisaient couper sur cette barre la main du débiteur insolvable.
(2) Sainte Catherine était à Pise en 1375.