‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 3)Chapitre 9 sur 100 · CXXXVIII · texte numérisé non relu

CXXXVIII

dales, et* de ce que Votre Sainteté n'v apporte pas tout le zèle qu'elle devrait avoir. Vous ne pouvez pas du premier coup déraciner les vices qui existent dans toute la chrétienté, et surtout dans le clergé, sur lequel vous devez veiller davantage; mais afin de ne pas charger votre conscience , vous pouvez et vous devez faire au moins tous vos efforts pour purifier le cœur de la sainte Église. Dieu veut absolument réformer son Église; il ne veut plus qu'elle soit couverte de lèpre , et si vous ne faites pas ce que vous pouvez faire , et ce pourquoi vous avez été élevé à une si haute dignité, il le fera lui-même au moyen de grandes tribulations. Il enlèvera tout le bois tordu et il le redressera à sa manière. Hélas! très-saint Père, n'attendons pas cette humiliation , mais travaillez avec courage , et faites vos affaires secrètes avec ordre et mesure. Écoutez avec calme et bienveillance ceux qui craignent Dieu, et qui vous disent ce qu'il faut et ce que vous devez faire, vous montrant les désordres qu'ils savent exister autour de Voire Sainteté.

« Mon doux Père, vous devez vous estimer très-heureux d'avoir des personnes qui vous aident à voir et à empêcher des choses qui tourneraient à votre honte et à la ruine des âmes. Adoucissez un peu, pour l'amour de Jésus crucifié, les mou^ements trop prompts que la nature fait naître en vous ; c'est par la sainte vertu que vous résisterez à la nature. Puisque Dieu vous a donné un cœur naturellement grand, je vous prie et je

vous demande de vous appliquer à l'avoir surnaturellement grand, c'est-à-dire , que par le zèle et le désir de la vertu et de la réforme de la sainte Église , vous acquerriez un cœur courageux , et affermi dans une humilité véritable. Pour moi, votre misérable et ignorante petite fille, je ne cesserai jamais d'agir tant que Dieu m'en fera la grâce. Je veux terminer ma vie pour vous et pour la sainte Église dans les larmes et les veilles, dans une fidèle, humble et persévérante prière (1). »

Dieu accepta réellement la vie de sainte Catherine, et le feu de la tribulation consuma peu à peu cette victime pure, qui mourait pour l'Église. Les lettres où sainte Catherine fait d'une manière si touchante ses adieux au bienheureux Raymond, nous racontent ses visions extraordinaires et le martyre que lui font souffrir les puissances infernales. Ses dernières paroles sont comme un chant de triomphe. « J'ai compris, lui écritelle, que le moment de ma mort approche; et je me suis prosternée en me reprochant amèrement d'avoir servi avec tant d'ignorance et de négligence l'Épouse du Christ, et d'être cause que les autres ont fait de même. J'étais pleine de ces pensées, lorsque Dieu me mit en sa présence, non pas comme j'y suis toujours, puisqu'il renferme tout en lui, mais d'une manière nouvelle , comme si la mémoire , l'intelligence et la volonté n'avaient plus rien à faire avec le corps; et je contemplais la vérité avec une telle lumière, que je revoyais

(1) Lettre xii. A Urbain VI.

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