‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 103 sur 115 · CLXXXIV (138). — A MESSIRE MATTHIEU · texte numérisé non relu

CLXXXIV (138). — A MESSIRE MATTHIEU

RECTEUR DE LA MAISON DE LA MISÉRICORDE, A SIENNE (1)

Le sang de Jésus -Christ fait naître en nous la charité.

AU NOM DE JÉSUS CRUCIFIÉ ET DE LA DOUCE MARIE

1. Mon très -cher et très- aimé Frère et Fils dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus -Christ, je vous écris dans le précieux sang du Fils de Dieu , avec le désir de vous voir abîmé et consumé dans l'abondance de ce sang, dont le souvenir rend la chaleur et la lumière aux âmes froides et ténébreuses. Il leur donne la générosité et les délivre de la pauvreté ; il détruit l'orgueil et inspire l'humilité, et il remplace la dureté par la compassion. 0 inefifable et tendre Charité ! je ne m'étonne pas si dans votre sang je trouve la vertu de compassion ; car je vois que par une divine compassion vous vous êtes immolé vous-même ; vous n'y étiez pas obligé ,

(1) La maison de la Miséricorde était un hospice fondé au xiii» siècle par le B. André Gallerani. Ses revenus furent donnés, en 1408, au grand hôpital de la Scala, et le Pape Nicolas V en assigna les bâtiments à l'université de Sienne. Le Père Matthieu en fut nommé recteur le i*" septembre 1373.

mais vous avez tiré vengeance de cette odieuse cruauté que l'homme avait eue contre lui-même , lorsque , par le péché, il se rendit digne de mort. Je désire donc vous voir anéanti dans ce fleuve, afin que vous y puisiez la compassion et la miséricorde dont vous avez sans cesse besoin dans votre position. Oui, je désire vous voir pratiquer cette vertu à l'égard des pauvres de Jésus- Christ dans les choses temporelles; mais cela ne me suffit pas , et je vous invite , comme Dieu y invite mon àme , à étendre plus loin vos charitables et ardents désirs, vos regards compatissants et vos larmes; ayez compassion du monde entier en présence de la divine Miséricorde.

2. Dieu lui-même vous enseigne le moyen, lorsque, transporté d'amour et du désir de faire son œuvre, il dit : Prenez le corps de la sainte Église avec ses membres liés et coupés , et mettez-les avec une tendre compassion sur mon corps ; sur ce corps où furent travaillées nos iniquités, car c'est lui qui a pris avec tant de peine la cité de notre âme. Et le Père accepta le sacrifice. Nourrissons-nous donc, nourrissons-nous des âmes sur cette table, sur le corps du doux Fils de Dieu. Nous traverserons ainsi les pénibles et inquiets désirs , les attentes douloureuses, et nous arriverons à ces désirs du cœur, qui seront satisfaits, à ces désirs qui apaisent l'âme quand elle voit s'accomplir ce qu'elle a désiré longtemps. Nous pourrons alors crier au Père, avec joie et douceur, ce que dit la sainte Église : C'est par notre Seigneur Jésus- Christ que vous nous avez fait miséricorde , en éloignant les loups et en multipliant les agneaux. Oui, mon Père, mon Frère, mon Fils dans le Christ Jésus , secouons le sommeil de la négligence ,

afin que bientôt nous soyons délivrés de la patte des loups et que nous armions à la joie, non pas pour nous, mais pour l'honneur de Dieu seulement. C'est là cette vertu compatissante qu'il faut que nous ayons; et c'est pourquoi je vous ai dit que je désirais vous voir embrasé dans le sang du Fils de Dieu , car c'est son souvenir qui nourrit la vertu de piété et de miséricorde dans notre âme. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

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