‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 14 sur 115 · XCII (46). —A DOM ROBERT DE NAPLES · texte numérisé non relu

XCII (46). —A DOM ROBERT DE NAPLES

De l'amour de Dieu k notre égard dans l'Incarnalion et la Passion de Jésus-Chrisl. — Il faut désirer l'honneur de Dieu à l'exemple de la Vierge Marie.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1 . Mon cher et révérend Père , par respect pour le très- doux Sacrement, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Dieu , je vous écris et je me recommande à vous dans le précieux sang de son Fils , avec le désir de vous voir uni et transformé dans le feu de la divine charité, ce feu qui a uni Dieu à l'homme, et l'a tenu attaché et cloué sur la Croix. 0 ineffable et très-douce Charité ! couibien est douce l'union que vous avez contractée avec l'homme 1 Vous nous avez montré votre ineffable amour par les grâces et les bienfaits sans nombre que vous avez accordés à vos créatures, surtout par le bienfait de l'incarnation de votre Fils , puisque nous avons vu la souveraine Grandeur descendre à la bassesse de notre humanité. L'orgueil de l'homme ne devrait-il pas rougir de voir Dieu si abaissé dans le sein de la glorieuse Vierge Marie , qui a été le doux champ où fut semée la semence de la parole incarnée du Fils de Dieu! Vraiment, mon très -cher Père, dans

ce doux et béni champ de Marie , le Verbe , uni à sa chair, a fait comme le grain qui germe à la chaleur du soleil, montre sa fleur et son fruit, et laisse son enveloppe à la terre. Il a fait vraiment la même chose par la chaleur et le feu de la divine charité que Dieu a eue pour le genre humain, lorsqu'il a jeté la semence de sa parole dans le champ de Marie. 0 bienheureuse et douce Marie! vous nous avez donné la fleur du doux Jésus. Et quand cette fleur a-t-elle donné son fruit? Quand elle s'est ouverte sur le bois de la très -sainte Croix, parce qu'alors nous avons reçu la vie parfaite. Pourquoi disons- nous que l'enveloppe fut laissée à la terre? Quelle fut cette enveloppe? Ce fut la volonté du Fils unique de Dieu, qui, en tant qu'homme, était revêtu du désir de l'honneur de son Père et de notre salut ; et ce désir fut si grand , qu'il courut , dans son ardeur, à travers les peines, la honte et l'outrage, jusqu'à la mort ignominieuse de la Croix.

2. Considérons, mon vénérable Père, que le même désir fut en Marie, car elle ne pouvait désirer autre chose que l'honneur de Dieu et le salut des créatures. Les docteurs disent, pour faire comprendre la charité sans bornes de Marie , qu'elle aurait servi d'échelle pour mettre son fils sur la Croix ; et il en était ainsi parce que la volonté du Fils était demeurée en elle. N'oubliez pas, mon Père, et pensez toujours dans votre cœur, dans votre mémoire, dans votre âme, que vous avez été offert et donné à Marie ; priez-la qu'elle vous présente et vous donne à son doux fils Jésus , et cette douce Mère, cette tendre Mère de miséricorde vous présentera. Ne soyez pas ingrat et oublieux, car elle ne rejette point la prière qui lui est faite , mais elle

l'accueille avec bonté Soyez donc fidèle, sans vous laisser surprendre par les illusions du démon et les paroles des créatures , mais courez généreusement avec ce désir de Marie, qui vous fera toujours chercher l'honneur de Dieu et le salut des âmes.

3. Je vous conjure de vous appliquer autant que possible à la garde de votre àme et de votre corps , afin que vous puissiez , par l'amour et le saint désir, vous nourrir des âmes et les enfanter en la présence de Dieu. Et quatid vous êtes appelé à recevoir des confessions , ne commettez aucune négligence , mais appliquez -vous avec un zèle parfait à retirer les âmes des mains du démon. Ce sera le signe véritable que nous sommes de vrais fils, puisque nous suivrons ainsi les traces du Père. Mais sachez que nous ne pouvons parvenir à ce grand et immense désir que par le moyen de la très -sain te Croix, c'est-à-dire par l'amour ardent et crucifié du Fils de Dieu. C'est une mer pacifique qui donne à boire à tous ceux qui ont soif et désir de Dieu , et qui donne la paix à tous ceux qui sont en guerre et qui veulent faire la paix avec lui. Cette mer a une chaleur qui réchauffe les cœurs froids , et elle les réchauffe tellement , qu'ils perdent toute crainte servile , et qu'ils n'ont plus qu'une charité parfaite et une sainte crainte d'offenser le Créateur; ils ne redoutent pas autre chose. Je ne veux pas que vous craigniez les attaques et les combats des démons qui viendront pour piller et détruire la cité de votre àme. ]Ne les craignez pas; mais, comme un chevalier sur le champ de bataille , combattez avec les armes et le glaive de la divine charité , car c'est là le moyen de châtier le démon.

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