‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 31 sur 115 · Les délices de la vie bienheureuse que goûte cette Ji. n · texte numérisé non relu

Les délices de la vie bienheureuse que goûte cette Ji. n

âme, puisse Dieu vous les faire éprouver par son infinie miséricorde ! car je ne voudrais ni ne pourrais vous les raconter de vive voix ou par lettres. Ainsi, vous savez ce qui fait persévérer fermement dans la connaissance de nous-mêmes, comment nous y arrivons, et où nous trouvons la lumière, qui doit nous servir de guide. Nous la trouvons, avons-nous dit, dans la doctrine de Jésus crucifié; et c'est la prière qui nous y conduit, et nous y conserve : telle est la vérité. Je veux donc, mon trèscher et très-doux Fils , que vous puissiez accomplir le vœu de la sainte obéissance, à laquelle vous vous êtes soumis depuis peu. Restez toujours dans la cellule de la connaissance de vous-même , parce que autrement vous ne pourriez pas y être fidèle. C'est pour cela que je vous ai dit que je désirais vous voir dans la cellule de la connaissance. Une fois que les ennemis sont chassés, et que le plus dangereux est mort, c'est-à-dire que la volonté sensitive est détruite, cette cellule se remplit, et s'embellit de l'ornement des vertus. Que ce soit là le but de vos efforts ; car il ne suffit pas que la cellule soit vide, il faut qu'elle se remplisse. Je veux donc que vous vous appliquiez toujours à vous connaître, et à connaître en vous le feu et la bonté de la charité divine. C'est cette cellule que je voudrais vous voir toujours porter avec vous dans l'île et partout où vous aurez à faire. Ne la quittez jamais, ni au chœur ni au réfectoire, ni au chapitre, ni dans les exercices où vous serez appelé. Renfermez-vous en elle. Je veux que dans la prière actuelle vous appliquiez votre intelligence à plus considérer la charité de Dieu que le présent que vous paraissez recevoir, afin que votre amour soit pur et non mercenaire. 10. Je veux aussi que vous vous teniez dans votre

cellule autant que vous le permettra l'obéissance, et que \ous aimiez mieux y demeurer avec la guerre que d'en sortir pour avoir la paix ; car le démon emploie cette ruse avec les solitaires pour les dégoûter de leur cellule. Il leur cause plus de ténèbres et de tentations dedans que dehors, afin qu ils y viennent avec terreur, comme si la cellule était cause de toutes leurs agitations. Je ne veux pas que vous tourniez la tête en arrière. Soyez constant et persévérant; ne restez jamais oisif, mais employez le temps à la prière, aux lectures saintes et à des occupations manuelles. Ayez toujours la mémoire pleine de Dieu, afin que votre âme ne tombe pas dans la nonchalance. Voyez en toute chose la volonté de Dieu, comme je vous l'ai dit , afin que vous ne tombiez pas dans l'ennui et le murmure à l'égard de vos Frères. Je veux encore qu'une prompte obéissance brille en vous; n'obéissez pas en partie et à moitié, mais complètement. Ne résistez jamais en la moindre chose aux prescriptions de la règle ou de votre supérieur ; mais soyez un miroir de l'obéissance et des usages de l'Ordre , vous appliquant à y être fidèle jusqu'à la mort, vous méprisant vous-même , tuant votre volonté propre , et mortifiant votre corps par les mortifications que prescrit la règle. Je désire aussi que vous vous efforciez de supporter avec charité les actions et les paroles , qui vous paraissent quelquefois insupportables soit par une illusion d'un démon, soit à cause de votre faiblesse, soit parce qu'elles le sont réellement; il faut résister en ces choses comme en tout le reste, pour observer la parole du Christ, qui dit : « Le royaume du ciel appartient à ceux qui se font violence (l). » Qu^ votre

(1) s. Matth., II, 12.

mémoire s'emplisse et déborde du sang de Jésus crucifié, des bienfaits de Dieu et du souvenir de la mort , afin d'augmenter en vous l'amour, la sainte crainte, et l'estime du temps. Regardez tout avec l'œil de l'intelligence éclairé de la très-sainte Foi. Que votre volonté agisse avec promptitude, sans être arrêtée par l'amour déréglé de ce qui est hors de Dieu. Quand les démons visibles ou invisibles vous livrent bataille, ou que votre chair fragile se révolte contre l'esprit, en quelque chose que ce puisse être, je veux que vous ouvriez votre cœur au Prieur, ou , en son absence , à un autre pour lequel vous vous sentirez le plus de confiance , et que vous croirez le plus capable de vous guérir. Je veux que vous évitiez le mouvement de la colère qui se porterait à votre langue, et vous ferait dire des paroles capables de causer du trouble et du scandale ; mais que vos reproches et votre haine se tournent contre vous-même.

11. Telles sont les choses que Dieu et la perfection, que vous avez choisie, réclament. Moi , votre indigne et misérable mère, qui cause tant de mal et ne fais aucun bien , je désire les voir dans votre âme. Je vous prie donc, et je vous presse de la part du bon et doux Jésus crucifié, de vous appliquera persévérer jusqu'à la mort, afin que vous so}'ez ma gloire, et que vous obteniez la couronne de la béatitude par une longue persévérance , qui seule est couronnée. Je ne vous en dis pas davantage. Faites en sorte que je n'aie point à gémir et à me plaindre de vous à Dieu. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

ex (64). — A UN RELIGIEUX CHARTREUX

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