‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 33 sur 115 · II. ii · texte numérisé non relu

II. ii

temps encore. Plautons-y les douces et solides vertus , un amour ineffable inspiré par l'Agneau sans tache, la haine et le mépris de nous-mêmes, une patience sincère, une foi vivante et non pas morte , les bonnes œuvres , la fuite du monde et une justice unie à la miséricorde envers vos religieux ; enfin une obéissance ardente au Christ et à l'Ordre en y persévérant jusqu'à la mort. Je dis qu'il faut être obéissant à l'Ordre en observant ses règles avec un saint et vrai désir , en veillant et priant continuellement. L'intelligence doit toujours s'appliquer à connaître son néant , la bonté de Dieu à son égard , et la grandeur de Celui qui seul est véritablement. Il faut pratiquer peu à peu la prière continuelle, qui n'est autre chose qu'un saint désir et un doux mouvement d'amour, qui suit l'intelligence. Ce sont là les fleurs les plus parfumées de ce jardin , et je veux que vous les cultiviez avec plus de zèle , parce que vous y trouverez la faim de l'honneur de Dieu et du salut de ceux qui vous sont confiés. Vous accomplirez ainsi la volonté divine et mon désir, car je vous ai dit que je désirais vous voir un bon jardinier pour votre âme et pour vos religieux. Si vous avez faim de leur salut pour l'honneur de Dieu , vous serez zélé à les tirer de leurs misères, à punir leurs défauts et à élever ceux qui sont vertueux, et qui veulent vivre selon la règle.

3. Puis, quand le jardin sera ainsi bien orné, je veux que vous en donniez la garde au chien de la conscience. Qu'il soit attaché à la porte ; et , si l'ennemi vient pendant que l'intelligence sommeille, le chien aboiera, la conscience sera éveillée, et l'intelligence sera sur ses gardes et tiendra tête à l'ennemi par la haine et le mépris ; elle se défendra sur-le-champ, et s'armera des armes de

l'amour. 11 faut bien nourrir ce gardien, afin qu'il fasse bonne garde ; sa nourriture n'est pas autre chose que la haine et l'amour qu'on porte dans le vase d'une humilité sincère, dans les mains d'une patience véritable, car avec la haine et l'amour se trouvent l'humilité et la douce patience. Plus on nourrit le chien de la conscience, plus il est vigilant ; et il devient si zélé , qu'il aboie , même lorsque ce sont des amis qui passent, afin que l'intelligence regarde s'ils viennent de la part de Dieu ou non. Le jardinier ne pourra pas ainsi être trompé, ni son jardin ravagé. L'ennemi ne viendra pas y semer la zizanie de l'amour-propre, qui fait naître les épines, et étouffe la semence des vertus. Donnez-lui à boire, donnez-lui à boire à ce gardien , c'est-à-dire emplissez votre mémoire du sang de Jésus crucifié , et mettez-le sans cesse devant lui, afin qui! ne meure pas, et ne périsse pas de soif. Courage, mon cher Père, foulons aux pieds le monde , ton tes ses pompes , ses délices , ses richesses, et suivons le pauvre Agneau immolé et abandonné pour nous sur le bois de la très-sainte Croix. Ne différons pas davantage pour l'amour de Dieu , car le temps s'échappe des mains sans que l'homme s'en aperçoive ; ce n'est pas raisonnable d'attendre ce qu'on n'a pas, et de perdre ce qu'on a. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu, Doux Jésus, Jésus amour.

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