CXV (69). - AUX RELIGIEUX DE PASSIGNAINO
A YALLOMBREUSE.
De la fidélité à la règle. — Des trois vœux d'obéissance, de pauvreté volontaire et de continence.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Mes très-chers Frères et Fils dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang , avec le désir de vous voir des fleurs odoriférantes dans le jardin de votre saint Ordre , et non pas des fleurs infectes. Vous savez, mes Fils bien-aimés, ce que sont les religieux qui ne vivent pas selon les règles et les coutumes de l'Ordre , mais qui vivent sans aucune retenue et avec des goûts déréglés , supportant avec impatience les fatigues de leurs obligations , et accueillant avec une joie désordonnée les joies et les plaisirs du monde : ils sont pleins de cet orgueil et de cette vanité d'où naissent les souillures de l'esprit et du corps, et ils désirent les honneurs, les distinctions, les richesses du monde , qui sont la mort de l'àme , la honte et la confusion des religieux. Celui qui vit de la sorte est une fleur infecte qui répand sa mauvaise odeur devant Dieu,
devant les anges et les hommes. Celui-là est digne de confusion , il va de lui-même à la mort éternelle. En désirant les richesses , il s'appauvrit ; en voulant les honneurs , il se couvre de honte ; en recherchant le plaisir des sens et en s'aimarit lui-même sans Dieu , il se hait ; en voulant se rassasier des délices et des plaisirs du monde, il reste dans le besoin et se laisse mourir de faim, parce que toutes les choses créées, les délices, les plaisirs du monde ne peuvent rassasier l'àme , car toutes les choses créées sont faites pour la créature raisonnable , et la créature est faite pour Dieu. Les choses créées sensibles ne peuvent rassasier l'homme , parce qu'elles sont inférieures à l'homme ; il n'y a que Dieu, le créateur et le maître de toutes les choses créées , qui puisse le rassasier.
2. Vous voyez donc bien qu'il se meurt de faim. Il n'en est pas de même des fleurs odoriférantes , de ces vrais religieux qui observent fidèlement la règle, et qui aimeraient mieux mourir que de la transgresser, surtout dans les vœux qu'ils ont faits à leur profession , lorsqu'ils ont promis l'obéissance, la pauvreté volontaire et la chasteté de l'esprit et du corps. Je dis que ces vrais religieux , qui doivent être vos modèles , mes enfants , observent la règle et ne veulent jamais transgresser les ordres de leurs supérieurs ; ils veulent toujours obéir, et n'examinent pas la volonté de celui qui commande , mais ils la suivent avec simplicité. Et c'est là le signe de l'humilité véritable; car l'humilité est toujours obéissante , et l'obéissance est toujours humble. L'obéissaiit est humble , parce qu'il a détruit en lui la volonté perverse qui rend l'homme superbe. L'humble est obéissant, parce que, par amour, il a renoncé à sa propre volonté,
et il s'est délivré de son joug , c'est-à-dire de la révolte de la partie sensitive, qui veut résister à son Créateur. Il brise le joug de sa volonté , en se soumettant volontairement à la volonté de Dieu et au joug de la sainte obéissance .
3. L'humble méprise ainsi les richesses et triomphe de l'orgueil , en désirant la vraie et sainte pauvreté ; car il voit que la pauvreté volontaire du monde enrichit l'âme et la tire de l'esclavage ; elle le rend doux et lui ôte la fausse foi de l'espérance dans les choses passagères , et elle lui donne une foi vive et une espérance vraie. Il espère dans son Créateur à cause de Jésus crucifié , et non à cause de lui-même; il voit bien le malheur qui attend celui qui se confie dans l'homme , et il met son espérance et sa foi en Dieu et dans les vraies et solides vertus ; car la vertu est la richesse de l'àme , son honneur, sa joie, son repos et sa consolation parfaite. Aussi le vrai religieux cherche à en enrichir son àme ; il méprise autant qu'il peut tout ce qui est contraire à la vertu , et il aime tout ce qui peut la lui faire acquérir. Il se passionne pour les peines, les injures, les mépris, les affronts , parce qu'il comprend que ce sont ces choses qui éprouvent l'homme et le rendent vertueux. Aussi, vous voyez que par amour de la vraie richesse il méprise les vaines richesses. Il cherche la pauvreté et la prend pour épouse , par amour de Jésus crucifié dont toute la vie ne fat que pauvreté. En naissant, en vivant et en mourant, il n'eut pas où reposer sa tête ; et cependant il était Dieu , la richesse éternelle et suprême ; mais il voulut être notre règle, et il aima la pauvreté pour nous l'enseigner, à nous, ignorants et misérables,