‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 56 sur 115 · Il est donc bon de se réjouir au temps du combat · texte numérisé non relu

Il est donc bon de se réjouir au temps du combat

et de ne jamais tomber dans le trouble ; car souvent le démon, qui n'a pu nous tromper avec l'amorce du plaisir, cherche à nous perdre au mojen du trouble ; il •veut nous faire croire que pendant le combat nous sommes privés de Dieu, et qu'alors la prière et les autres saints exercices ne nous servent de rien. Il nous dit intérieurement : Ce que tu fais est inutile ; tu dois prier avec un cœur libre et un esprit tranquille , et non pas avec tant de pensées frivoles et mauvaises ; il vaudrait mieux te taire. Le démon agit ainsi pour que nous abandonnions nos saints exercices et l'humble prière, qui est l'arme avec laquelle nous nous défendons , ou , pour mieux dire, un lien qui lie et fortifie notre volonté en Dieu ; c'est par elle que croît l'ardente et puissante charité, avec laquelle l'àme résiste aux coups, comme nous l'avons dit. Aussi le démon s'applique, par cet artifice, à nous faire quitter cette défense; car, quand nous ne l'aurons plus , il obtiendra peu à peu de nous tout ce qu'il voudra.

6. Ne nous laissons donc troubler par aucune attaque, et n'abandonnons aucun de nos exercices; lors même que nous serions tombés dans le péché , il ne faut pas nous laisser décourager, parce que nous devons croire qu'aussitôt que l'homme reconnaît et regrette sincèrement la faute qu'il a commise , Dieu le reçoit avec miséricorde. Il faut croire avec une foi vive et une ferme espérance que Dieu ne nous imposera pas un fardeau au-dessus de nos forces. Les démons ne nous tourmentent qu'autant que Dieu le permet, et jamais davantage; et nous devons être persuadés que Dieu sait, peut et veut nous délivrer quand il voit qu'il est temps, pour notre salut , d'éloigner dé nous les tentations et

.les épreuves. Tout ce qu'il nous donne, tout ce qu'il permet, est toujours pour notre bien et notre progrès dans la perfection. Avec cette lumière de la foi et avec l'espérance, vous triompherez de cette ruse du démon et des autres. En baissant la tête avec une humilité profonde , vous passerez par la porte étroite ; en suivant la doctrine de Jésus crucifié , vous acquerrez les dons de force et de charité , qui sont , nous l'avons dit , nos armes défensives. Comment acquiert-on ces armes? Avec la lumière de la très -sainte Foi. La Foi avec la ferme espérance, et avec la charité, qui seule lui donne la vie, nous fait connaître la faiblesse de nos ennemis et notre force , qui est le Christ, le doux Jésus. L'espérance nous rend certains que toute faute sera punie et toute peine récompensée , et la charité nous fortifie contre tous nos adversaires.

7, Courage donc , très-chers Fils ; combattons en contemplant le sang de l'humble Agneau sans tache, qui nous rendra forts et courageux sur le champ de bataille. Sans cela nous n'entrerions pas victorieux dans notre cité de Jérusalem, c'est-à-dire dans la vie éternelle. Aussi je vous ai dit que je 'désirais vous voir combattre généreusement , comme un vaillant chevalier, sur le champ de bataille , et je vous conjure de le faire , en restant toujours soumis à la verge de l'obéissance (1). 0 mon bien cher Fils! il me semble que l'éternel Époux de votre àme veut que vous vous glorifiiez avec le glorieux saint Paul, qui se glorifiait au milieu des nombreuses tribulations et des outrages qu'il souffrit, lui qui fut pris et battu tant de fois par les Juifs (2). Et vous aussi ,

(1) Ce qui suit était adressé seulement à frère Matthieu Tholomei.

(2) II» Ép. aux Gcr., xii, 5.

mon Fils bien-aimé, glorifiez- vous au milieu des souffrances ; recevez-les avec respect, et croyez que vous êtes digne de la peine et indigne de la récompense. Voici le moment où nous devons souffrir pour la gloire et l'honneur du nom de Dieu. Ne craignez rien, et soyez persuadé que vous ne pouvez vous perdre sous la conduite de votre bon Maître. Courage ; bientôt paraîtra l'aurore; vous appellerez , et la vérité vous répondra. Noyez-yous, noyez- vous dans le doux sang de Jésus crucifié, qui rend douces les choses a mères , et légers les plus grands fardeaux. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour. Criez dans votre cellule , et la Vérité suprême entendra vos cris , et moi, votre ignorante et pauvre mère, je le ferai aussi , et vous serez secouru dans vos besoins. Ne manquez pas à l'espérance , et la Providence ne vous manquera pas.

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