Oui, mes enfants bien-aimés, soyez-en bien per
suadés , nous ue pourrons jamais voir notre dignité et les défauts qui détruisent la beauté de nos àraes, si nous ne regardons dans cet océan pacifique de la divine Essence , où nous sommes représentés ; car c'est d'elle que nous sommes sortis, lorsque la sagesse de Dieu nous a créés à son image et ressemblance. Nous y trouvons l'union du Verbe avec notre humanité ; nous trouvons , nous voyons et nous goûtons la fournaise de sa charité, qui nous a donné notre vie , qui a uni le Verbe à nous, et qui nous a unis au Verbe revôtu de notre nature. C'est le lien puissant qui l'a attaché et cloué sur la Croix. Nous verrons tout cela en nous voyant dans la Bonté divine. Nous ne pourrons posséder Dieu dans la vie éternelle et le voir face à face, si nous ne le possédons par le désir et l'amour en cette vie. Nous ne pouvons lui montrer cet amour en lui étant utiles en quelque chose , car il n'a pas besoin de nous; mais nous pouvons et nous devons le montrer dans nos frères, en cherchant en eux la gloire et l'honneur de Dieu Ainsi donc, plus de négligence ; ne nous endormons pas dans l'ignorance ; mais que notre cœur ardent et embrasé montre ses doux et tendres désirs , en honorant et en servant Dieu dans le prochain , et en ne se séparant jamais de notre objet , de Jésus crucifié. Vous savez que c'est là le mur sur lequel nous devons nous appuyer pour nous regarder dans la fontaine. Courez donc , courez vous réfugier et vous cacher dans les plaies de Jésus crucifié. Réjouissez-vous, réjouissez-vous ; soyez dans l'allégresse : le moment s'approche où le printemps donnera ses fleurs parfumées. Ne vous étonnez pas, si vous voyez encore arriver le contraire , mais soyez-en persuadés plus que jamais.
6. Hélas! hélas! que mon àme est malheureuse! Je ne voudrais vivre que pour me voir égorgée pour l'honneur de Dieu, et pour que mon sang fût répandu dans le corps mystique de la sainte Église. Hélas ! hélas ! je meurs, et je ne puis mourir. Je n'en dis pas davantage. Pardonnez, mon Père, à mon ignorance, et que votre cœur se brise et se consume à un si ardent amour. Je ne vous écris pas les œuvres que Dieu a faites et qu'il fait; la langue et la plume sont insuffisantes. Vous m'écriviez de me réjouir et d'être dans l'allégresse , et vous m'avez donné des nouvelles qui m'ont causé une grande joie. Le lendemain du jour où je vous ai quitté, la douce Vérité suprême a voulu faire pour moi ce que le père fait pour la fille , et l'époux pour son épouse : il ne peut souffrir qu'elle ait le moindre chagrin, mais il trouve toujours des moyens nouveaux pour lui donner la joie. Pensez, mon Père, que la Vérité éternelle a fait de même. La Majesté divine m'a inondée d'une telle joie, que les membres de mon corps semblaient se dissoudre et se fondre comme la cire dans le feu. Mon âme faisait alors trois stations. Elle était avec les démons par la connaissance de moi-même, et parles attaques, les tentations et les menaces de l'ennemi, qui ne cessait un instant de frapper à la porte de ma conscience ; et alors je me levais avec une haine qui me faisait descendre en enfer, en désirant vous faire une sainte confession ; mais la Bonté divine me donnait plus que je ne demandais. Je vous demandais, et Dieu se donnait lui-même; il m'accordait l'absolution et la rémission de mes péchés et des vôtres ; il me rappelait les leçons qui m'avaient été dites en d'autres temps , et il me couvrait tellement des flammes de son amour, et m'inondait d'une telle paix,
d'une telle clarté, que la parole ne pourrait jamais l'exprimer ; et, pour mettre le comble à ces douceurs , il me fit habiter avec le Christ de la terre.
7. J'allais comme on va par un chemin , et il semblait que c'était le chemin de la Majesté suprême, de l'éternelle Trinité, où on reçoit une lumière et une connaissance ineffables de la bonté de Dieu. Je voyais les choses futures , je marchais et je conversais avec les bienheureux, avec la famille choisie du Christ sur la terre, et je voyais arriver la paix et des sujets de grandes joies. J'entendais la douce voix de la Vérité suprême , qui me disait : Ma fille , je ne méprise pas les vrais et saints désirs ; je les satisfais , au contraire. Courage donc, et deviens un bon instrument pour annoncer généreusement la Vérité; je serai toujours avec vous. 11 me semblait voir le triomphe de notre archevêque; et quand j'en eus l'assurance par la lettre que vous m'avez écrite , ce fut une joie ajoutée à ma joie. 0 mon doux fils , il faut que je vous dise l'obstination et la dureté de mon cœur , pour que vous en demandiez vengeance et justice, car il ne s'est pas brisé, consumé d'amour. Hélas ! ce qui était étonnant, c'est que ces trois rapports existaient sans se nuire ; lun aidait l'autre , comme le sel aide l'huile à bien préparer les aliments. Mes rapports avec les démons, par l'humilité, la haine et la faim qu'ils me donnaient; mes rapports avec la sainte Église, par l'amour et le désir qu'ils m'inspiraient, me faisaient goûter la vie éternelle avec les bienheureux. Je ne veux plus rien dire. Pensez que mon cœur se fend, et ne peut se fendre davantage.
8. Je vous donnerai des nouvelles de mon Père, frère Thomas, dont la vertu, par la grâce de Dieu, a
triomphé du démon (1). Il est devenu un tout autre homme qu'il était , son cœur se repose maintenant dans l'amour. Je vous prie de lui écrire quelquefois en vous faisant connaître à lui. Réjouissez -vous, car mes enfants qui étaient perdus sont retrouvés et rentrés au bercail ; ils ont quitté les ténèbres , et aucun maintenant ne s'oppose à ce que je veux faire. Yotre indigne petite fille Catherine vous demande votre bénédiction , et je vous recommande tous mes fils et mes filles. Prenez bien garde que le loup infernal ne me ravisse quelque brebis. Je pense que Néri viendra ici, parce qu'il me semble qu'il serait bien de l'envoyer à la cour (2). Dites -lui ce qu'il faudrait faire pour rendre la paix à ces membres corrompus qui se sont révoltés contre l'Église; je ne vois pas de plus doux moyen pour pacifier l'àme et le corps. Occupez -vous avec zèle de cela, et de tout ce qui sera nécessaire, recherchant toujours l'honneur de Dieu , rien autre chose ; et , quoique je vous parle ainsi, faites ce que Dieu vous fera faire et ce qui vous semblera le meilleur, de l'envoyer, ou de ne pas l'envoyer. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.
(1) Le Père Thomas délia Fonte était confesseur de sainte Catherine avant le B. Raymond, et le remplaçait en son absence.
(2) Néii de Landoccio , disciple bien-aimé de sainte Catherine. (Vie de sainte Catherine, III* p., ch. 1.)