‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 63 sur 115 · Sachez, mes enfants, que le chemin a été rompu · texte numérisé non relu

Sachez, mes enfants, que le chemin a été rompu

par le péché et la désobéissance d'Adam , et qu'ainsi personne ne pouvait parvenir à sa fin , ce qui était opposé à ma Vérité, qui avait créé l'homme à mon image et ressemblance pour qu'il eût la vie éternelle et qu'il me possédât , moi qui suis la souveraine et éternelle Bonté. La faute avait enfanté les ronces et les épines de la tribulation , et un fleuve dont les eaux sont toujours furieuses. C'est pourquoi je vous ai donné mon Fils comme un pont, afin que vous puissiez passer ce fleuve sans vous noyer. Oui, ouvrez l'œil de l'intelligence, et voyez qu'il vient du ciel à la terre ; car, de la terre , on ne pouvait le faire assez grand pour passer le fleuve et pour vous sauver. Aussi, mon Fils a uni les hauteurs du ciel, c'est-à dire sa nature divine, à la terre de votre humanité. Il faut passer par ce pont, en cherchant la gloire de mon nom dans le salut des âmes , en souffrant la peine et la fatigue , en suivant les traces du doux et tendre Verbe. Vous êtes mes ouvriers ; je vous ai envoyés travailler à la vigne de la sainte Église parce que je veux faire miséricorde au monde ; mais craignez de passer sous le pont , car ce n'est pas là le chemin de la vérité.

8. Sais-tu quels sont ceux qui passent sous le pont? Ce sont les pasteurs coupables, pour lesquels je sollicite vos prières , pour lesquels je demande vos larmes et vos sueurs; car ils sont plongés dans les ténèbres du péché mortel , ceux qui vont par le fleuve, et ils tombent dans l'éternelle damnation s'ils ne prennent pas mon joug et ne le mettent pas sur leurs épaules. Il y en a aussi qui , par crainte de la peine , s'approchent de la rive et sortent du péché mortel. Ils sentent les épines de la tribulation lorsqu'ils ont quitté le fleuve; et, s'ils ne II. 21

se laissent point aller à la négligence , s'ils ne s'endorment pas dans l'amour d'eux-mêmes , ils atteignent le pont, et commencent à monter par l'amour de la vertu ; mais s'ils restent dans l'amour-propre et la négligence, tout leur nuit ; ils ne persévèrent pas, mais le moindre vent contraire les fait retourner à leur vomissement.

9. Cette âme voyait les différentes manières dont les hommes se perdaient, et Dieu lui disait : Admire ceux qui vont par le pont de Jésus crucifié. Et elle en voyait beaucoup qui couraient sans aucune peine, parce qu'ils n'avaient pas le fardeau de leur propre volonté; ils étaient les enfants véritables, qui s'abandonnent euxmêmes , et vont avec un ardent désir chercher uniquement l'honneur de Dieu et le salut des âmes. L'amour les conduisait , et ils allaient par Jésus crucifié , qui est le pont; l'eau courait dessous, et les épines qu'ils foulaient aux pieds ne leur faisaient aucun mal, c'est-à-dire que, dans leur amour, ils ne s'arrêtaient pas aux épines des persécutions nombreuses , mais ils supportaient avec une patience véritable les prospérités du monde , qui sont de cruelles épines , car elles donnent la mort à l'âme qui les possède avec un amour déréglé. Ils les méprisaient comme si elles eussent été empoisonnées , et leur unique désir était d'être sur la Croix avec Celui qu'ils aimaient

10. Il y en avait d'autres qui avançaient lentement; et pourquoi avançaient-ils lentement? Parce que le regard de leur intelligence s'attachait, non pas à Jésus crucifié, mais aux consolations qu'ils trouvaient en Jésus crucifié , ce qui leur donnait un amour imparfait et les arrêtait souvent dans leur progrès. Saint Pierre fit de

môme avant la Passion; il ne considérait que le bonheur d'être avec Jésus; et quand ce bonheur lui fut ôté, il faiblit. Mais il retrouva la force quand il se renonça lui-même, et ne voulut connaître et chercher autre chose que Jésus crucifié. Ceux là aussi sont faibles et ralentissent l'ardeur de leurs saints désirs , lorsqu'ils se voient privés de ce qu'ils aiment et de la consolation. Puis, quand viennent les attaques et les tentations du démon , des créatures , quand ils souffrent des faiblesses de leur cœur, qui n'a plus ce qui le charmait, ils sont abattus, et s'arrêtent dans la voie de Jésus crucifié, parce qu'en Jésus crucifié ils ont voulu suivre le Père , et goûter l'abondance des consolations ; car dans le Père ne peut être la peine, elle est seulement dans le Fils. C'est ce qui me fait dire qu'ils suivent le Père ; et ils ne peuvent se guérir de leur faiblesse , s'ils ne suivent pas le Fils.

11. La Vérité suprême disait aussi: Je dis que personne ne peut venir à moi , si ce n'est par le moyen de mon Fils unique ; car c'est lui qui vous a fait la voie que vous devez suivre; il est la voie, la vérité, la vie. Ceux qui vont par cette voie goûtent et connaissent la vérité; ils goûtent l'amour ineffable que j'ai montré dans les peines qu'il a souffertes pour vous. Tu sais bien que si je ne vous avais pas aimés, je ne vous aurais pas donné un tel rédempteur; mais, parce que je vous aimais éternellement, j'ai livré à la mort honteuse de la Croix mon Fils unique ; c'est par son obéissance et sa mort qu'il a détruit la désobéissance d'Adam et la mort du genre humain. Us connaissent ainsi ma vérité, et la connaissant ils la suivent ; et ils obtiennent la vie éternelle parce qu'ils ont passé parla voie de Jésus crucifié; ils

sont armés , et ils sont entrés par la porte de la Yérité , et ils se trouvent dans l'océan de la paix avec les bienheureux. Tu vois donc bien, ma fille , qu'ils ne peuvent être forts par un autre moyen , et que l'homme ne peut devenir l'époux de ma Vérité et atteindre la perfection à laquelle je l'ai appelé , si ce n'est par cette voie. Toute autre voie est pénible et imparfaite, parce que l'unique cause de la peine est la volonté propre, spirituelle ou temporelle. Aussi, celui qui n'a pas de volonté n'éprouve aucune peine personnelle, mais il ressent seulement une grande peine de l'offense qui m'est faite. Cette peine est bien réglée parce qu'elle est accompagnée de la charité , qui reud l'àme prudente et l'empêche d'oublier, dans l'affliction , ma douce volonté.

12. 11 y en avait d'autns qui commençaient à monter, cest-à-dire à connaître leurs fautes, seulement par crainte de la peine qui suit la faute ; ils s'étaient retirés du péché par crainte du châtiment, et cette crainte était imparfaite ; mais beaucoup couraient de cette crainte imparfaite à la crainte parfaite, et ils parvenaient par leur zèle au second et au dernier degré. Beaucoup aussi tombaient dans la négligence, et s'asseyaient à l'entrée du pont par la crainte servile ; ils apportaient au commencement tant de nonchalance et tant de lâcheté , qu'ils ne s'enflammaient pas d'ardeur par la connaissance d'eux-mêmes et de la bonté de Dieu à leur égard, et ils restaient dans leur tiédeur. Pour ceux-là , disait la douce Vérité, tu vois, ma fille, qu'il est impossible que ceux qui n'avancent pas par la pratique de la vertu ne retournent pas en arrière. Car l'àme ne peut vivre sans amour, et ce qu'elle aime elle s'applique à le connaître davantage et à le servir. Et si elle ne s'étudie à se con-

naître elle-même^ où connaîtra- 1- elle la grandeur et l'abondance de ma charité? Ne la connaissant pas, elle ne peut l'aimer ; ne l'aimant pas , elle ne me sert pas ; elle est ainsi privée de moi; et, parce qu'elle ne peut rester sans amour, elle retourne à l'amour misérable d'elle-même.

13, Ceux-là font comme le chien qui, après avoir vomi ce qu'il a mangé , regarde ce qu'il a vomi , le reprend, et se nourrit de cette sale nourriture. Ces hommes engourdis dans la tiédeur ont vomi, par crainte du châtiment, la corruption du péché dans la sainte confession. Ils ont un peu commencé à vouloir entrer dans la voie de la vérité ; mais , comme ils n'avancent pas, il faut qu'ils retournent en arrière. Ils jettent le regard de leur intelligence sur leur vomissement; ils -s'étaient convertis en pensant au châtiment, et ils se mettent à considérer le plaisir sensuel , qui leur fait perdre la crainte ; ils retournent ainsi à leur vomissement, et se nourrissent de la corruption de leurs désirs et de leurs attachements. Aussi ceux-là seront beaucoup plus coupables et plus dignes de punition que les autres.

14. Voilà comment je suis outragé par mes créatures, et c'est pourquoi , mes enfants bien-aimés , je veux que vous ne ralentissiez pas votre ardeur ; augmentez-la , au contraire, et nourrissez- vous sur la table du saint désir. Que mes vrais serviteurs se lèvent, et qu'ils apprennent de moi, le Yerbe éternel, à mettre les brebis perdues sur leurs épaules, et à les porter au milieu des peines, des veilles et des prières. Vous passerez ainsi par moi, qui suis le pont, comme je l'ai dit, et vous serez les époux et les enfants de ma Vérité ; et je répandrai en vous une sagesse, une lumière de foi

qui vous donnera la parfaite connaissance de la Vérité, et vous fera acquérir toute perfection.

15. Il plut ensuite à la bonté et à l'amour de Dieu de se manifester lui-même et de me dévoiler ses secrets. 0 mon doux Père! la langue est trop faible pour les dire, l'intelligence est éblouie en les contemplant, et le désir en est si enflammé, que toutes les puissances de l'àme demandent ensemble à quitter la terre, parce que l'imperfection y est trop grande, et qu'elle veut arriver à sa fin , et goûter avec les bienheureux l'éternelle et adorable Trinité. C'est là qu'on rend gloire et honneur à Dieu , c'est là que brillent les vertus, la paix, les désirs des vrais ministres et des religieux parfaits qui, pendant cette vie, ont été comme des flambeaux ardents placés sur le candélabre de la sainte Église pour éclairer le monde entier.

16. 0 mon Père ! quelle différence avec ceux qui vivent maintenant, et dont Dieu se plaignait, avec le zèle de sa justice. Il disait : Ceux-là ressemblent à la mouche , dont la nature est si grossière , qu'après s'être posée sur des choses douces et odoriférantes, elle va se placer sur des choses repoussantes et immondes. Ces coupables ont goûté la douceur de mon sang; ils quittent la table de l'autel , où ils ont consacré et administré mon corps et les autres sacrements de la sainte Église , qui répandent une odeur si douce et si suave , que l'àme qui la goûte véritablement reçoit la vie, et ne pourrait vivre sans cela, et ils ne craignent pas ensuite de se livrer à l'impureté , et de souiller tellement leur âme et leur corps, que non- seulement leur iniquité m'est odieuse, mais que leurs péchés répugnent aux démons eux-mêmes.

17. Lorsque la Bonté divine, mon très-cher Père, eut répondu à ces trois demandes , elle répondit à une quatrième , que je faisais pour obtenir le secours de sa providence dans une circonstance oii quelqu'un se trouvait. Je ne puis vous dire cette affaire par lettre, mais je vous la raconterai de vive voix , si Dieu ne me fait pas la grâce et la miséricorde de séparer mon àme de mon misérable corps avant de vous voir. Vous connaissez la loi mauvaise qui combat contre l'esprit, et vous savez que je dis la vérité lorsque je désire en être délivrée. Je vous disais donc que l'éternelle Vérité a daigné répondre à la quatrième demande de mon ardent désir.

18. Elle me disait : Ma fille, la Providence ne manquera jamais à qui voudra la recevoir, c'est-à-dire à ceux qui espèrent parfaitement en moi. Ceux-là m'appellent en vérité , non - seulement par la parole , mais par l'amour et avec la lumière de la très-sainte Foi. Ils ne me goûtent pas dans ma providence , ceux qui me crient seulement : Seigneur, Seigneur; et s'ils ne me demandent pas d'une manière plus sainte , je ne les reconnaîtrai pas , et je ne les regarderai pas dans ma miséricorde , mais dans ma justice. Ainsi , je t'assure que ma providence ne leur manquera pas s'ils espèrent en moi ; mais je veux que tu voies avec quelle patience il faut que je supporte ces créatures, que j'ai créées à mon image et ressemblance avec un si tendre amour. Et alors, ouvrant l'œil de l'intelligence pour obéir au commandement divin , cette àme vit comment l'éternelle et souveraine Bonté avait créé uniquement par amour, et avait racheté avec le sang de son Fils toutes les créatures raisonnables , et comment aussi c'était le même amour qui leur donnait les épreuves et les consolations.

19. Dieu lui disait : Le sang répandu pour vous vous manifeste la vérité ; mais ceux qui sont aveuglés par l'amour d'eux-mêmes se scandalisent et s'impatientent ; ils considèrent comme leur ruine et leur malheur, et ils jugent avec haine ce que je fais par amour et pour leur bien, pour leur épargner les peines de l'enfer et leur faire gagner la vie éternelle. Ils se plaignent de moi, et détestent ce qu'ils devraient respecter ; ils veulent juger mes jugements secrets , qui sont tous droits; mais ils font comme l'aveugle, qui , avec le toucher, le goiit, ou d'après le son de la voix , peut juger en bien ou en mal , selon sa petite et imparfaite connaissance ; il ne voudra pas croire celui qui a la lumière, et il voudra, dans sa folie , se conduire avec sa main ; mais le toucher le trompe , parce qu'il ne voit pas les couleurs ; le goût le trompe, parce qu'il ne voit pas l'animal immonde qu'il prend pour nourriture ; son oreille aussi est trompée par le charme de la voix , parce qu'il ne voit pas celui qui chante, et qui cherche à le séduire par ses chants pour lui donner la mort. Ainsi font ces aveugles qui ont perdu la lumière de la raison ; ils touchent avec la main des sens les plaisirs du monde , qui leur paraissent bons; mais, parce qu'ils ne voient pas, ils ne s'aperçoivent pas que ces choses sont mêlées d'épines, de misères, de tourments, et que ceux qui les possèdent sont insupportables à eux-mêmes. Ceux qui les aiment d'une manière déréglée avec la bouche du désir les trouvent doux et agréables à prendre, et c'est la nourriture immonde du péché mortel qui souille l'àme.

20. Ainsi, celui qui ne va pas avec la lumière de la Foi se purifier dans le Sang, tombe dans la mort éternelle La voix de l'amour -propre est agréable à en-

tendre , parce que l'âme se laisse conduire par sa sensualité ; mais elle ne s'aperçoit pas que cette voix l'égaré, la fait tomber dans l'abime et la livre à ses ennemis chargée des chaînes du péché. Car ceux qui sont aveuglés par l'amour-propre et par la confiance qu'ils mettent en eux-mêmes et dans leur sagesse ne s'attachent pas à moi , qui suis la voie pour les conduire , la vie véritable et la lumière. Celui qui va par moi ne peut marcher dans l'erreur et dans les ténèbres. Ils n'espèrent pas en moi , qui ne veut autre chose que leur salut, et qui leur envoie tout par amour. Je suis pour eux un scandale, et cependant je les porte avec patience ; je les souffre parce que je les aime sans être aimé d'eux. Us me persécutent sans cesse par l'impatience, la haine, les murmures et des infidélités nombreuses, et ils veulent, dans l'aveuglement de leur esprit, pénétrer mes jugements secrets , qui sont tous justes et inspirés par l'amour. Ils ne se connaissent pas encore eux-mêmes ; ils ne savent pas que celui qui ne se connaît pas ne peut ni me connaître ni comprendre ma justice. Veux-tu, ma fille , que je te montre combien le monde se trompe sur mes desseins cachés ; ouvre l'œil de ton intelligence et regarde en moi.

21. Je regardais avec un ardent désir, et il me montrait le malheur qui était arrivé à celui pour lequel j'avais prié ; il me disait : Je veux que tu saches qu'afin de le sauver de la damnation éternelle, j'ai permis ce malheur, pour que son sang lui fit trouver la vie dans mon sang. Je n'avais pas oubhé le respect et l'amour qu'il avait pour Marie, ma très-douce Mère ; c'est donc par miséricorde que j'ai fait ce que les ignorants prennent pour de la cruauté , parce que l'amour-propre

les aveugle et qu'ils ne connaissent pas la vérité; mais, s'ils voulaient dissiper ce nuage, ils la connaîtraient et ils l'aimeraient; ils recevraient tout avec respect, et dans le temps de la récolte ils moissonneraient la récompense. Mais toujours , en ceci comme en autre chose, mes enfants, j'accomplirai votre désir en patientant beaucoup; ma providence les assistera, peu ou beaucoup , selon la mesure de leur confiance en moi ; je dépasserai même cette mesure, pour satisfaire le désir de mes serviteurs qui prient pour eux. Car je ne méprise jamais ceux qui s'adressent humblement à moi, pour eux-mêmes ou pour les autres ; et même je vous invite à me demander miséricorde pour eux et pour le monde entier. 0 mes enfants! concevez et enfantez le salut du genre humain par la haine, l'horreur du péché, et par l'ardeur et les transports de l'amour.

22. O mon très-cher et très-doux Père! en voyant et en entendant la Vérité suprême, il me semblait que mon cœur ne pourrait y résister ; je meurs, et je ne puis mourir. Ayez compassion de votre pauvre fille, qui souffre tant des offenses commises contre Dieu , et qui ne saurait comment se soulager, si le Saint-Esprit, dans sa clémence, ne m'avait pas inspiré et donné le moyen de le faire en vous l'écrivant. Fortifions-nous tous dans le Christ le doux Jésus, et les peines seront notre soulagement. Acceptons avec empressement et sans négligence la douce invitation que Dieu nous fait. Mon doux Père, réjouissez-vous, puisque vous êtes si tendrement appelé; souffrez avec joie, avec patience et sans vous affliger, si vous voulez être l'époux de la Vérité et la consolation de mon àme ; car vous ne pourrez autrement avoir la grâce , et vous me causerez une grande amer-

tume. Aussi, je vous ai dit que je désirais vous voir suivre et aimer la vérité. Je ne vous en dis pas davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Bénissez le frère Matthieu dans le Christ , le doux Jésus (1).

23. Cette lettre, et une autre que je vous ai envoyée , ont été écrites de ma main dans Tîle de la Roche , au milieu de soupirs et de larmes si abondantes , que mes yeux ne pouvaient plus voir; mais j'étais dans l'admiration de moi-même et de la bonté de Dieu , en considérant sa miséricorde envers les créatures raisonnables , et les merveilles de sa providence à mon égard. Comme mon ignorance me privait de la consolation de me confier à quelqu'un , il m'a donné la faculté de pouvoir écrire, afin qu'en sortant de l'extase je pusse soulager un peu mon cœur et l'empêcher d'éclater. 11 ne voulait pas me retirer encore des ténèbres de cette vie ; il a miraculeusement donné cette faculté à mon esprit, comme fait le maître pour l'enfant auquel il donne un modèle. Aussitôt qu'il m'eût quittée, avec lévangéliste saint Jean et saint Thomas d'Aquin , je commençai à apprendre comme en dormant. Pardonnez -moi de trop vous écrire; mais les mains et la langue s'accordent avec le cœur. Doux Jésus, Jésus amour.

(1) Frère Matthieu Tholomei , auquel est adressée la lettre ctxx.

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