CXL(94). - AU FRÈRE RAYMOIND DE CAPOUE
DE l'ordre des frères PRÊCHEURS.
Il faut se dépouiller de l'amour- propre el de la crainte servile pour pratiquer la sainte justice envers Dieu, envers le prochain el envers soi-même.
AU NOM DE JÉSES CRUCIFIÉ ET DE LA DOUCE MARIE
1. Mon très-cher Père dans le Christ, le doux Jésus, moi , Catherine , la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir le cœur dépouillé de tout amour de vous-même , afin que l'amour-propre ne vous empêche pas d'être l'époux de la Vérité, et ne vous rende pas un pasteur timide. La crainte ne doit pas vous ôter le zèle de la sainte justice envers vous et envers ceux qui vous sont soumis (1). Car, là où règne l'amourpropre ne peut briller la justice. Celui qui s'aime luimême ne peut se rendre ce qui lui appartient, c'est-à-dire la haine et le mépris par la connaissance de lui-même ; il ne rend pas à Dieu la gloire et l'honneur de son nom ; il ne donne pas à son inférieur l'exemple d'une vie sainte et parfaite; il ne reprend pas celui qui a des
(1) Sainte Catherine envoya le B. Raymond à Rome en 1377 , et il y fut nommé prieur du couvent de la Minerve.
défauts , et il n'est 'pas bienveillant pour celui qui est bon, en l'encourageant, l'aidant et l'attachant à l'Ordre. Ainsi donc, celui qui reste daus l'amour-propre commet l'injustice, et n'accomplit pas la justice. 11 faut nous dépouiller de nous-mêmes, nous revêtir de Jésus crucifié, monter sur la barque de la très-sainte Foi, et voguer sans crainte sur la mer orageuse du monde. Car celui qui est dans cette barque ne doit pas avoir de crainte servile ; sa barque est fournie de toutes les provisions que l'àme peut désirer. Lorsque les vents contraires viennent nous attaquer et nous empêcher de satisfaire sur-le-champ nos désirs , il ne faut pas nous en inquiéter, mais avoir une foi vive ; car nous avons de quoi nous nourrir, et la barque est si forte , que les vents les plus terribles , en la poussant sur les écueils , ne pourront jamais la briser.
2. Il est vrai que souvent la barque sera couverte par les flots de la mer, mais ce n'est pas pour que nous perdions courage ; c'est pour que nous nous connaissions mieux, et que nous distinguions plus parfaitement le calme de la tempête. Dans le calme, nous ne devons pas avoir une confiance déréglée , mais nous devons , avec une sainte crainte , avoir recours aux humbles et continuelles prières , et rechercher avec un ardent désir l'honneur de Dieu et le salut des âmes, dans cette barque de la Croix. C'est pour cela que Dieu permet aux démons , à la chair et au monde , de nous persécuter et de nous couvrir de leurs flots tumultueux. Mais si l'àme qui est sur cette barque ne se tient pas sur le bord , mais se place au centre , dans l'abîme de l'ardent amour de Jésus crucifié, elle n'en recevra aucun mal : elle en deviendra, au contraire, plus forte, plus cou-
rageuse à supporter les peines, les- fatigues et les injustes reproclies du monde, parce qu'elle aura éprouvé et goûté le secours de la Providence divine. Dépouillezvous donc de l'amour -propre, et revêtez -vous de la doctrine de Jésus crucifié. Je vous en conjure , je veux que vous entriez dans celte barque de la très- sainte Croix , et que vous traversiez cette mer orageuse à la lumière d'une foi vive, avec la pierre précieuse d'une vraie et sainte justice envers vous-même et envers vos supérieurs. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.
CXLl (95). — AU FRERE RAYMOND DE CAPOUE,
DE l'ordre des frères PRÊCHEURS.
Il faut travailler avec zèle, patience el charité au saint des âmes.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1 . Mon très-cher Père dans le Christ , le doux Jésus , moi , Catherine , la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir porter le fardeau des créatures par amour pour l'honneur de Dieu et pour leur salut. Soyez un vrai pasteur, et gouvernez avec sollicitude les brebis qui vous sont ou qui vous seront confiées , afin que le loup infernal ne les ravisse pas ; car, si vous commettiez quelque négligence , il vous en serait demandé compte. Oui , voici le moment de montrer qui a faim ou non , et qui a pitié des morts que nous voyons privés de la vie de la grâce. Travaillez donc avec courage, avec une vraie connaissance et avec d'humbles et continuelles prières, jusquà la mort. Sachez que c'est la voie qu'il faut suivre , si vous voulez connaître et être l'époux de l'éternelle Vérité ; il n'y en a pas d'autre.