En étant fidèle, vous ferez de grandes choses
pour Dieu , et vous mènerez à fin les affaires qu'il vous confiera ; et ce ne sera pas votre faute si elles ne réussissent pas parfaitement. Avec cette lumière , vous serez prudent, modeste, grave dans vos paroles, vos relations , et dans toutes vos actions et votre conduite ; mais, sans cette lumière, vous serez tout le contraire, et rien ne vous réussira. C'est parce que je sais qu'il en est ainsi que j'ai désiré voir en vous la lumière de la très-sainte Foi , et que je veux que vous l'ayez. Je le veux, car j'aime votre àme plus que vous ne pouvez le comprendre, et je désire avec un désir extrême vous voir arriver à la perfection ; c'est pourquoi je vous en conjure , et je voudrais bien pouvoir vous y forcer. Je vous fais des reproches pour que vous rentriez continuellement en vous-même ; je m'applique et je m'appliquerai à vous faire prendre le fardeau des parfaits pour l'honneur de Dieu , et pour obtenir de sa bonté de vous faire parvenir au terme de la perfection , c'est-àdire de vous faire répandre votre sang dans la sainte Église , que la sensualité le veuille ou non , car elle doit obéir. Perdez -vous dans le sang de Jésus crucifié , et supportez mes défauts et mes paroles avec une bonne patience ; et, quand on vous montrera vos défauts, réjouissez-vous, et remerciez la Bonté divine, qui vous a donné quelqu'un qui s'occupe de vous et qui veille pour vous en sa présence.
II. Vous m'écrivez que l'antechrist et ses membres cherchent avec ardeur à s'emparer de vous ; mais vous ne pouvez douter que Dieu ne soit assez fort pour leur ôter la lumière et le pouvoir nécessaires à l'accomplissement de leur désir ; vous devez aussi penser que vous n'êtes pas digne d'un si grand bonheur, et vous devez ,
par conséquent, être sans crainte. Soyez persuadé que la douce Marie et la Vérité seront toujours pour vous. Je ne suis qu'une vile esclave sur cette terre , où le sang des martyrs a coulé par amour du Sang. Vous m'y avez laissée, et vous avez été avec Dieu ; mais je ne cesserai jamais de travailler pour vous. Je vous conjure de ne pas me donner, par votre conduite, sujet de gémir et de rougir de vous en présence de Dieu. Vous êtes un homme en me promettant d'agir et de souffrir pour l'honneur de Dieu ; mais ne soyez pas une femme lorsqu'il faudra réaliser vos promesses , et que je puisse me recommander de vous à Jésus crucifié et à Marie. Prenez garde qu'il vous arrive ce qui est arrivé à l'abbé de Saint- Antime : par crainte, ou sous prétexte de ne pas tenter Dieu, il a quitté Sienne, et il est venu à Rome, croyant fuir la prison et être en sûreté ; il a été mis en prison , et il a souffert ce que vous savez. Ainsi sont trompés les cœurs pusillanimes. Soyez donc courageux , et affrontez la mort. Je vous prie de me pardonner, si je vous ai dit quelque chose contraire à l'honneur de Dieu et au respect que je vous dois ; l'amour sera mon excuse. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Je vous demande votre bénédiction. Doux Jésus, Jésus amour.