‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 83 sur 115 · QUAND IL ÉTAIT A ASCIANO · texte numérisé non relu

QUAND IL ÉTAIT A ASCIANO

Du mépris de soi-même, el de l'humilité de Jésus-Christ.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très-cher et bien- aimé Fils, dans le Christ, Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Dieu, je vous écris et vous encourage dans son précieux sang, avec le désir de vous voir un zèle ardent et une humilité profonde pour recevoir notre Roi, qui vient à nous dans son humilité et sa douceur assis sur une ànesse (1) 0 ineffable et bien -aimée Charité ! vous confondez aujourd'hui l'orgueil humain en nous montrant le Roi des rois qui s'humilie sur cette pauvre bêle, et qui est traité si simplement. Que ceux-là rougissent qui cherchent les honneurs et la gloire du monde ! Allons, mon Fils bien-aimé, excitez le feu du saint désir, et détruisez toute froideur; montez sur l'ânesse de notre humanité, pour qu'elle n'aille jamais que conduite par la raison, et qu'elle ne recherche que l'honneur de Dieu et le salut des âmes. Je veux que vous le fassiez

(1) Zach., IX, 9,

avec un grand zèle, en ressentant l'ardeur de notre Hoi. De cette manière, nous triompherons de notre sensualité et de notre froideur avec un cœur généreux, et vous goûterez la véritable et tendre nourriture que le Fils de Dieu a mangée sur la table de la sainte Croix.

2. Vous le ferez, vous et Néri; et faites-le avec tout le zèle que vous pourrez, rendant gloire à Dieu, et travaillant avec foi pour le prochain ; le Saint-Esprit accomplira ce qui vous paraissait impossible. Quant à vous assister, je le fais invisiblement par une prière continuelle pour vous et pour tout le peuple; et je le ferai visiblement, lorsqu'il me sera possible de le faire, et que Dieu le voudra. Pour le voyage de Sainte-Agnès, je ne vois pas le moyen d'y aller maintenant pour la fête, parce que je n'ai pas préparé ce que je voulais, si Dieu l'avait permis; si vous voyez que l'honneur de Dieu le demande, ne craignez pas de rester un peu davantage. Faites ce qui est nécessaire avec joie, et soyez toujours plein d'ardeur. Dites au frère Simon , mon Fils dans le Christ Jésus, que le fils ne craint jamais d'aller trouver sa mère, et qu'il court surtout quand il se voit frappé. Et la mère le reçoit dans ses bras, le porte sur son sein, et le nourrit ; et moi, quoique je sois une mauvaise mère, je le porterai toujours sur le sein de la charité. Oui, du zèle, pas de négligence, et mon âme sera dans la joie devant Dieu. Je n'ai pas eu le temps de lui écrire; bénissez-le mille fois de la part du Christ Jésus. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Alessia , Cecca et moi nous nous recommandons bien à vous. Doux Jésus, Jésus amour.

CLX (114) — A FRÈRE BARTHÉLEMI DOMIINICl ,

DE l'ordre des frères PRÊCHEURS, QUAND IL ÉTAIT BACHELIER A PISE.

Il faut s'unir à Dieu , el se transformer en lui par un véritable amour.

AU NOM DE JÉSUS CRUCIFIÉ ET DE LA DOUCE MARIE

1. Mon très-cher et très-aimé Frère, et mon Père par respect pour le très-saint Sacrement, Alessia, Catherine, et Catherine l'inutile servante de Jésus-Christ, se recommandent à vous, avec le désir de vous voir uni et transformé dans l'unique désir de Dieu. 0 feu trèsardent qui brûlez toujours ! vous êtes véritablement un feu. Il me semble que la Vérité a dit : « Je suis le feu, et vous êtes les étincelles. » Il est dit que le feu veut retournera son principe, et qu'il s'élève toujours en haut. Ineffable amour de la charité, qu'il est vrai de dire que nous sommes tes étincelles ; et nous ne devons pas en être orgueilleux , car comme l'étincelle reçoit l'être du feu, nous recevons Têtre de notre premier Principe qui nous dit : Je suis le feu, et toi l'étincelle; que ton àme ne s'élève pas avec orgueil, qu'elle fasse comme l'étincelle, qui monte d'abord, et descend ensuite. Le premier

mouvement de notre saint désir doit être vers la connaissance de Dieu et son honneur; mais quand nous sommes montés, il faut descendre pour connaître notre misère et notre négligence. 0 vous qui êtes endormis, réveillez-vous, et nous deviendrons humbles dans l'abîme de sa charité.

2. 0 Charité, tendre mère! il n'y pas d'àme assez dure, assez engourdie, pour ne pas se réveiller, se fondre à l'ardeur de tant d'amour. Dilatez, élargissez votre âme pour recevoir le prochain par amour et par désir ; mais je ne vois pas que nous puissions avoir ce désir, si notre regard ne se tourne comme celui de l'aigle vers l'Arbre de vie. 0 Jésus, très-doux amour! vous avez dit : « Veux-tu brûler pour mon honneur et pour le salut des créatures, veux-tu être fort pour supporter toutes les tribulations avec patience? Regardemoi, moi l'Agneau immolé sur la Croix pour toi ; comme le sang m'a couvert de la tète aux pieds, et on ne m'a pas entendu proférer une seule plainte. Je ne me suis pas arrêté à ton ignorance et à ton ingratitude; la faim que j'avais de toi m'avait rendu comme insensé, et je n'en ai pas moins opéré ton salut.

3. 0 mes très-chers et très-aimés Frères, sortons, sortons de tant de négligence , et courons avec zèle eu mourant à nous-mêmes , et que l'ingratitude des créatures ne nous arrête pas. Semez, semez la parole de Dieu , et faites valoir les talents qui vous sont confiés. Dieu ne vous a pas conlié qu'un seul talent ; il vous en a confié dix à vous et au prochain ; ce sont les dix commandements qui sont la vie de votre àme. Appliquezvous à les faire valoir ; n'oubliez pas d'habiter saintement la cellule de votre àme et de votre corps. Dites-le à frère

Thomas et à nos autres frères. Je vous conjure d'être pleins de zèle; le temps est court et le chemin est long. Je ne suis qu'une pauvre misérable, et mes péchés se sont tellement multipliés, que depuis votre départ je n'ai pas été digne de recevoir l'auguste et doux Sacrement. Je vous le dis pour que vous m'aidiez à gémir; demandez que je sois secourue, afin que je reçoive la plénitude de la grâce. Pardonnez, mon Père, à mon ignorance, et recommandez -moi en célébrant la sainte messe; je recevrai de vous spirituellement le doux corps du Fils de Dieu .

4. Moi, sœur Alessia (1), je vous conjure de demander au doux Agneau qu'il me fasse vivre avec vous , et me transforme dans l'amour de Dieu et dans la connaissance de moi-même. Je me recommande à vous mille fois. Je m'étonne que vous ne nous a}ez pas donné de vos nouvelles, comme je vous en avais prié ; d'après ce que j'ai entendu dire, il y aurait beaucoup de mortalité. Recommandez-moi à frère Thomas. S'il y a de la mortalité, et si c'est l'avis de frère Thomas, vous pourriez venir tous les deux. Je termine. Je vous recommande votre frère Thomas, ainsi que vos autres frères et sœurs ou filles. Je vous prie d'écrire une lettre à dame Gemmina, car vous méritez des reproches de ne lui avoir pas donné signe de vie depuis votre départ. Que loué soit Jésus crucifié! Aimez -vous, aimez -vous les uns les autres.

(1) Sœur Alessia avait servi de secrétaire à sainte Catherine ; elle termine la lettre en son nom.

CLXI (115). — AU FRERE RARTHÉLEMI DOMINICl,

DE l'ordre des frères PRÊCHEURS.

lorsqu'il était lecteur a FLORENCE.

De l'amour et des bienfaits de Dieu.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET UE LA DOUCE MARIE

1. Mon très-cher et très-aimé Père par respect pour le très-doux Sacrement, et mon Fils dans le Christ Jésus , moi , Catherine , la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris et vous encourage dans son précieux sang, avec le désir de vous voir brûlé, embrasé, consumé dans son ardente charité, sachant que celui qui est brûlé et consumé par cette charité ne se voit plus lui-même; c'est ce que je veux que vous fassiez. Je vous invite à entrer dans un océan paisible et profond par cette très-ardeute charité. Voici ■ce que j'ai trouvé de nouveau, non pas que cet océan soit nouveau, mais ce qui est nouveau, c'est le sentiment de mon àme à cette parole : Dieu est amour. Comme un miroir représente le visage de l'homme, et le soleil s^a lumière sur toute la terre, cette parole montre à mon àme que toutes ses œuvres sont tout amour;

car elles viennent uniquement de l'amour , et il le dit lui même : Je suis Dieu amour.

2. De là naît une lumière qui éclaire le mystère ineffable du Verbe incarné. Car c'est par la force de l'amour qu'il s'est donné a\ec une humilité si grande, qu'elle confond mon orgueil , et qu'elle apprend à ne pas nous arrêter à ses œuvres, mais seulement à l'amour enflammé du Verbe qui s'est donné à nous. Il nous dit de faire comme celui qui aime : quand l'ami lui apporte un présent, il ne regarde pas la main pour ce qu'elle donne, mais il ouvre l'œil de l'amour, et il regarde le cœur et l'affection ; c'est ce que nous devons faire quand l'éternelle et souveraine Bonté visite notre àme; elle la visite par d'immenses bienfaits. Faites aussitôt que la mémoire reçoive ce que l'intelligence comprend dans la divine charité. Que la volonté s'excite par d'impétueux désirs à recevoir et à contempler le cœur consumé du doux et bon Jésus qui donne, et vous vous trouverez ainsi embrasé et revêtu du feu et du sang précieux du Fils de Dieu ; vous serez délivré de tout chagrin et de toute peine. Ce fut ce qui consola les saints disciples, lorsqu'ils furent obligés de quitter Marie, et de se séparer les uns des autres pour semer la parole de Dieu, et ils le firent avec joie. Courez donc, courez, courez.

3. Quant à l'affaire de Benincasa, je ne puis répondre si je ne suis pas à Sienne. Remerciez messire Nicolas de la charité qu'il a eue pour eux. Alessia, Cecca et moi nous nous recommandons mille fois à vous dans notre misère. Dieu soit toujours dans votre àme! Amen\ Jésus, Jésus.

Catherine, la servante des serviteurs de Dieu.

CLXII (116). — A FRÈRE RARTHÉLEMI ,

DE l'ordre des frères PRÊCHEURS, A FLORENCE.

Comment l'âme qui aime Dieu triomphe de toute adversité et de toute tentation.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Mon très-cher et très-aimé Frère et Fils dans le Christ Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Dieu, je vous écris et je vous encourage dans le précieux sang de son Fils, avec le désir de vous voir anéanti et embrasé dans le feu de l'ardente charité de Dieu, dépouillé de votre mauvais vêtement, et vêtu, couvert du feu de l'Esprit-Saint. Ce vêtement est si fort et si solide , que le cœur qui en est revêtu ne mollit et ne faiblit jamais; et il est capable de supporter les coups et les persécutions du monde, du démon et de la chair, qui ne peuvent l'atteindre intérieurement, parce que le vêtement de la charité résiste. L'amour, c'est-à-dire l'Esprit-Saint, triomphe de tout; il est la lumière qui chasse les ténèbres, il est la main qui soutient le moiide.

2. Je me souviens qu'il y a peu de temps, il me disait : « Je suis Celui qui soutient et gouverne le monde ;

je suis le médiateur qui unit la nature divine à la nature humaine, je suis la main puissante qui tient l'étendard de la Croix, et qui en a fait un lit où est attaché et cloué l'Homme-Dieu ; et sa force est si grande, que si le lieu de la charité, le feu de l'Esprit-Saint, ne l'eût pas attaché, les clous eussent été insufiSsants pour le retenir. 0 doux Amour, ineffable Charité ! vous êtes le ministre et le serviteur des plus viles créatures. Quel cœur pourra se défendre de se dépouiller du vêtement du vieil homme, du vêtement de l'amour -propre, et ne courra pas à un tel foyer pour revêtir l'homme nouveau ! Hélas ! les cœurs tièdes, froids et négligents ne le feront pas , et cela vient de la racine mauvaise de l'amourpropre. Aussi je vous ai dit que je désirais vous voir anéanti et revêtu de la force et .de la plénitude de l'Esprit-Saint , parce que l'àme qui a détaché son affection d'elle-même , et qui la perd dans le désir parfait de Dieu, ne tombe pas dans ce défaut, et en est délivrée.

3. Je vous prie donc, mon cher Fils, puisque l'Esprit l'a dit, de porter généreusement le vêtement puissant qui résiste à tous les coups. 0 amour! le Verbe s'est donné en nourriture, et le Père est le lit où l'âme se repose par l'amour. Rien ne nous manque donc; ce bêtement de feu nous préserve du froid, cette nourriture nous empêche de mourir de faim, et ce lit nous défend contre la fatigue. Soyez, soyez passionné pour Dieu ; dilatez votre âme et votre conscience en lui. Ne vous contentez pas de prendre le strict nécessaire, puisque nous voyons que sa générosité est si grande. Nous sommes des pèlerins, et le Verbe incarné nous accompagne dans notre pèlerinage ; il se donne à nous en nourriture pour nous faire avancer avec courage j et

il est de si boune compagnie à l'àme qui le suit, qu'au moment de la mort, il nous fait trouver notre repos dans la mer paciflque de la divine Essence, où nous recevrons l'éternelle vision de Dieu. Il me semble que c'est ce qu'a voulu dire la douce Vérité sur l'arbre de la très-sainte Croix, lorsque le Christ disait : « In manus luaSy Domine, commendo spiritum meum : » Seigneur, je remets mon esprit en vos mains.

4. 0 doux Jésus ! vous étiez dans le Père, et non pas nous; car nous étions des membres corrompus, privés de la grâce par le péché; et vous parliez pour nous, parce que dans votre union intime avec l'homme, qui était devenu une même chose avec vous, vous regardiez comme à vous ce qui était à nous, ô Feu d'amour! Je ne veux pas en dire davantage; car je ne cesserais pas jusqu'à la mort, tant que je ne verrais pas votre cœur se l)riser. J'ai reçu votre lettre, et j'ai compris ce que vous me disiez du doute que vous avez, et bientôt Dieu nous fera la grâce d'en causer ensemble. Je suis persuadée que la divine Providence ne vous fera pas rester sans fruit ; vous obtiendrez ce fruit abondamment à votre insu, et par une humilité profonde. Je veux que vous le fassiez, et je vous le demande avec tendresse comme à un fils ; et moi, votre pauvre et misérable mère, je vous offrirai et je vous présenterai au Père, le Dieu éternel. Si jamais j'ai été affamée de votre âme, c'est bien surtout aujourd'hui. Vous avez pu vous en apercevoir à Pâques, et c'est tous les jours Pâques maintenant; vous ne pouvez être sans moi, car je suis continuellement près de vous par le saint désir.

5. Quant au voyage de Rome, je crois que. Dieu nous fera la grâce d' v aller , car je vois la volonté de frère

Thomas incliner de ce côté. Notre Christ sur terre vient prochainement, comme je l'ai appris; c'est pourquoi je vous prie et je vous conjure de venir le plus tôt possible. Vous m'avez fait savoir que messire INicolas était mort, ainsi que M""* Lippa; et j'en ai eu grande joie, parce que tout sest fait par la Providence de Dieu. Sachez si M"'* Lippa laisse quelque chose par testament, et si vous pouvez obtenir quelque secours pour Sainte- Agnès ; travaillez-y , car il y a de grands besoins. J'ai écrit à Monabilia et à Madeleine; FÉvêque ne m'a pas répondu. Je vous prie d'aller le trouver; forcez -le à faire ce que je lui demande, et qu'il vous donne tout ce qu'il peut vous donner; prenez , car il y a de pressantes nécessités. Parlez également à INicolas Soderini le plus tôt que vous le pourrez, et faites en sorte qu'ils donnent. Dites à Elisabeth, à Christophana et à toutes les autres, qu'elles prennent mille fois courage dans le Christ Jésus, quelles courent généreusement à la suite du doux Époux, le Christ Jésus. Priez-les de me pardonner d'avoir oublié la manne que je leur avais promise. Dites à Nicolino Strozzi qu'il avance de vertu en vertu , car celui qui n'avance pas recule ; encouragezle beaucoup de ma part. Vous savez que le jour où Dieu a épousé le genre humain avec sa chair, nous avons été de nouveau lavés dans le Sang et unis à sa chair. Anéantissez-vous, consumez-vous dans le feu du saint désir. Demeurez dans la sainte dilection de Dieu. Alessia, Catherine et moi, la pauvre Cecca, nous nous recommandons bien à vous. Jésus, Jésus! Catherine, la servante inutile des serviteurs de Dieu, frère Raymond et frère Thomas se recommandent à vous.

CLXIIl (117). —A FRERE BARTHÉLEMl DOMINICl,

ET A FRÈRE THOMAS D'ANTONIO, DE l'ordre des frères PRÊCHEURS,

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