CLXIV (118). — A FRERE THOMAS D'AINTONIO
DE l'ordre des frères PRÊCHEURS.
Des conditions d'une bonne prière.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Mon très -cher Fils dans le Christ Jésus, moi, Catherine , la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ , je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir mourir de cette mort qui donne la vie de la grâce à l'âme, c'est-à-dire de la peine que causent l'ofTense de Dieu et la perte des âmes. Je veux que cette douce peine augmente continuellement en vous ; elle vient de la douceur de la charité divine : loin d'aflfecter l'âme , elle l'engraisse , parce que la compassion la fait tenir continuellement en la présence de Dieu, par une humble et fidèle prière , pour lui demander le salut du monde entier, pour le suppher d'éclairer l'aveuglement de ceux qui sont ensevelis dans la mort du péché mortel, et de rendre parfaits ses serviteurs. Cette prière est humble, parce qu'elle vient de la connaissance que l'homme a de lui-même j il voit qu'il n'aurait pas l'être
si Dieu ne l'avait pas fait et créé. Elle est continuelle , parce qu'elle vient de la connaissance de la bonté de Dieu à son égard ; il voit que Dieu agit continuellement en lui, en le comblant de grâces et de bienfaits. Elle est fidèle , parce qu'il espère en vérité 5 il croit avec une foi vive et ferme que Dieu sait , peut et veut exaucer nos justes demandes, et nous donner les choses nécessaires à notre salut. C'est cette prière qui vole et arrive jusqu'à l'oreille de Dieu , et qui est toujours écoutée ; mais je ne vois pas qu'elle puisse être faite par un cœur froid. Aussi , je vous disais que je désire vous voir mourir de ce violent désir que l'âme a pour Dieu. Oui , mon trèscher Fils , souffrons de tous les besoins que nous voyons dans la sainte Église. Que votre désir gémisse sur ces morts , et ne cessons pas jusqu'à ce que Dieu jette sur eux un regard de miséricorde.
2. Le Saint-Père Urbain VI m'a accordé une indulgence plénière pour vous et pour plusieurs autres , à la condition que, dans les confessions et les prédications, vous engagerez le peuple à faire tout son possible pour que la Commune rende ce qui est dû au Saint-Père , et l'aide dans une si grande nécessité. Vous y êtes obhgé, vous et tous les autres frères auxquels l'indulgence est accordée. Annoncez donc courageusement la vérité. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus , Jésus amour.
CLXV(119) — AFRÈRE NICOLAS DE MONTALCIINO,