‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 87 sur 115 · AU COUVENT DE SAINTE -CATHERINE DES FRÈRES PRÊCHEURS, A PISE · texte numérisé non relu

AU COUVENT DE SAINTE -CATHERINE DES FRÈRES PRÊCHEURS, A PISE

De la force el de la persévérance dans les épreuves et les tentations. — Il faut s'appuyer sur la Croix el sur l'espérance du ciel.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Mon révérend Père dans le Christ Jésus, par respect pour le très- doux Sacrement, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Dieu, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir un vrai chevalier combattant contre tous les vices et les tentations pour Jésus crucifié , avec une sainte et véritable persévérance; car c'est la persévérance qui est couronnée. Vous savez bien que c'est en persévérant et en combattant qu'on obtient la victoire. Nous sommes placés en cette vie comme sur un champ de bataille , et nous devons combattre généreusement , sans fuir et tourner la tête en arrière ; mais il faut regarder notre capitaine , Jésus crucifié , qui persévère toujours , et n'est arrêté ni par les Juifs, qui disent : Descends de la Croix (1) ; ni par le démon , ni par notre ingratitude ;

(1) Malth., xïvii, 40.

il persévère, et ne cesse pas d'accomplir les ordres de son Père et notre salut, jusqu'au moment où il retourne à son Père avec la victoire, puisqu'il a tiré le genre humain des ténèbres , et lui a rendu la lumière de la grâce en vainquant le démon , et le monde avec ses délices , sans rester dans la mort.

2. Cet Agneau a souffert la mort pour nous rendre la vie ; par sa mort il a détruit notre mort. Le sang et la persévérance de ce capitaine doivent nous encourager à bien combattre , à supporter les peines , les coups , les injures et les affronts pour son amour, à acquérir la pauvreté volontaire, l'humilité de cœur, l'obéissance complète et parfaite. Celui qui le fera, quand sera dissipé le nuage de son corps, ira avec la victoire dans la cité de la vie éternelle ; il aura vaincu le démon , le monde, la chair, qui toujours nous tourmente et combat contre l'esprit : il faut la dompter, la macérer par le jeûne, les veilles et la prière; il faut chasser les mauvaises pensées qui se présentent au moyen de bonnes et saintes images, nous représentant continuellement combien est ardent le feu de la charité divine, qui a tout fait pour nous par grâce , et non par devoir. Le Père nous a donné le Verbe son Fils unique , et le Fils a donné sa vie par amour ; il s'est immolé , et son corps déchiré a versé son sang de toute part, et ce sang a lavé les souillures de nos iniquités.

3. Quand l'àme contemple tant d'amour, elle se consume d'amour, et il lui semble qu'elle ne peut pas trop faire en livrant son corps à toutes sortes de peines et de tourments ; elle ne croit jamais assez reconnaître tant d'amour et de bienfaits qu'elle a reçus de son Créateur : notre Dieu, si bon, nous a aimés sans être aimé. C'est

en y pensant que vous chasserez les pensées du démon. Vous pourrez me dire : Vous voulez que je sois un généreux chevalier, et je suis, sur le champ de bataille, attaqué par une foule d'ennemis. II me faut des armes ; dites-moi celles que je dois prendre. Je vous reponds que je ne veux pas que vous soyez sans armes, mais je veux que vous ayez les armes de saint Paul , qui fut un homme comme vous (1) : la cuirasse de la vraie et profonde humilité , le plastron de son ardente charité ; et, de même que la cuirasse est unie au plastron, et le plastron à la cuirasse, l'humilité garde et nourrit la charité, el la charité nourrit l'humilité : ce sont les armes que je vous donne; elles résistent à tous les coups que peuvent frapper le démon , le monde et la chair. Leurs flèches ont beau être empoisonnées, elles ne blessent jamais ; car l'àme qui aime Jésus crucifié n'est pas blessée par les flèches du péché mortel , sans le consentement de sa volonté; et sa force est si grande, que ni le démon ni les créatures ne peuvent lui faire violence qu'autant qu'elle le veut bien.

4. Il vous faut aussi prendre en main l'épée pour vous défendre de vos ennemis. Cette épée a deux tranchants , dont le premier est la haine de vous-même et le regret du temps souvent perdu par notre peu de zèle pour la vertu , par nos misères , nos iniquités , nos offenses envers le Sauveur. Nous devons haïr ces offenses et nous-mêmes, qui les avons commises ; et celui qui ressent cette haine veut se venger de sa vie passée et souffrir toutes sortes de peines pour l'amour du Christ et pour l'expiation de ses péchés, punissant l'orgueil par l'humi-

(1) I Thess., V, 8.

lité, la cupidité et l'avarice par la générosité et la charité , les écarts de la volonté propre par l'obéissance. Ce sont là les saintes vengeances que nous devons exercer quand nous prenons l'épée de la haine et de l'amour. Aussi je suis heureuse, et je me réjouis des bonnes nouvelles que j'ai apprises de vous ; car il me semble que vous vous êtes vengé de votre liberté en vous soumettant au joug de la sainte obéissance. Vous ne pourrez mieux faire que de renoncer au monde, à ses plaisirs, à ses délices et à votre propre volonté.

5. Je vous conjure, pour l'amour de Jésus crucifié , de combattre généreusement et avec une sainte persévérance sur ce champ de bataille; ne détournez jamais la tête pour éviter les coups de l'épreuve et de la tentation ; mais tenez ferme avec vos armes ; résistez avec elles , et parez tous les coups. Avec l'épée à deux tranchants de la haine et de l'amour vous vous défendrez de vos ennemis. Je veux que l'arbre de la Croix soit planté dans votre coeur et dans votre àme ; devenez semblable à Jésus crucifié; cachez -vous dans les plaies de Jésus crucifié ; baignez -vous dans le sang de Jésus crucifié, enivrez-vous et revêtez-vous de Jésus crucifié; rassasiez- vous d'opprobres, de honte et d'affronts, en souffrant pour l'amour de Jésus crucifié; fixez votre cœur et votre affection sur la Croix avec Jésus-Christ, parce que la Croix est devenue la barque et le port qui vous conduira au port du salut. Les clous sont devenus des clefs pour ouvrir le royaume du ciel. Courage donc, mon Père, mon très -cher Frère; ne dormez plus dans le lit de la négligence , mais comme un chevalier généreux et sans crainte combattez tout adversaire. Dieu vous donnera la plénitude de la grâce ; et quand votre vie sera

passée , après la fatigue vous arriverez au repos , à la vue de la Beauté suprême, éternelle, à la vision de Dieu , où l'àme se repose , délivrée de toute peine , de tout mal , où elle reçoit le bien véritable , un rassasiement sans dégoût , et nne faim sans douleur. Terminez votre vie sur la Croix. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

CLXVTl (121). — AU FRÈRE LAZZARINI

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