‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 4)Chapitre 98 sur 115 · LETTBE ECRITE EN EXTASE · texte numérisé non relu

LETTBE ECRITE EN EXTASE

L'humilité et la charité s'acquièrent par la connaissance de notre néant et de la bonté divine en nous.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Mon très-cher Fils dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ , je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir fondé daus la vraie et parfaite humilité, parce que celui qui est humble, est patient à supporter toute fatigue par amour de la vérité. Comme l'humilité est la gouvernante et la nourrice de la charité, il ne peut y avoir d'humilité sans charité. Celui qui brûle dans la fournaise de la charité n'est pas négligent; il a un zèle parfait, car la charité n'est jamais oisive, elle travaille toujours. Cet amour et cette humilité, qui consument la négligence et qui éteignent l'orgueil, ne peuvent s'acquérir sans la lumière et sans

(1) Le frère Félix de Massa était un des disciples les plus aimés de sainte Catherine. Il l'accompagna dans son voyage à Avignon. Il mourut le 22 septembre 13S8, en grande réputation de sainteté.

un objet que l'œil éclairé puisse contempler; car'si l'œil qui est en présence de la lumière n'est pas ouvert, la vue ne lui sera d'aucune utilité. L'œil véritable de notre àme est l'intelligence ; il possède la lumière de la trèssainte Foi quand le voile de l'amour-propre ne l'obscurcit pas. Lorsque nous écartons l'amour de nousmêmes , cet œil est clair et voit combien le cœur doit suivre et aimer son bienfaiteur.

2. L'œil de l'intelligence excité par l'amour s'ouvre aussitôt et se fixe sur son objet , Jésus crucifié , dans le sang duquel surtout il reconnaît l'abime de son ineffable charité. Mais où faut-il voir et placer cet objet? Dans la cellule de la connaissance de soi-même ; c'est là qu'on connaît sa misère, parce qu'on a vu avec l'œil de l'intelligence ses défauts, son néant, et on les voit en vérité; et quand l'homme se connaît, il connaît aussi la bonté de Dieu à son égard; car s'il se connaissait seulement, et s'il voulait connaître Dieu sans lui, cette connaissance ne serait pas fondée sur la vérité, et il n'en retirerait pas le fruit qu'il doit en retirer ; il perdrait même plutôt qu'il ne gagnerait , parce qu'il ne retirerait de la connaissance de lui-même qu'ennui et confusion , son âme se dessécherait, et, en persévérant ainsi sans recevoir aucun secours , il tomberait dans le désespoir. S'il voulait connaître Dieu sans se connaître , il n'en retirerait que le fruit corrompu d'une grande présomption. Cette présomption est nourrie par l'orgueil , et ces deux vices s'entretiennent mutuellement. Il faut donc que la lumière fasse voir toute la vérité , et que la connaissance de soi-même soit unie à la connaissance de Dieu, et la connaissance de Dieu à la connaissance de soi-même. 3. Alors l'àme ne tombe ni dans la présomption ni

dans le désespoir, mais elle trouve dans cette double fonnaissance des fruits de \ie ; car dans la connaissance d'elle-même elle reçoit le fruit de l'humilité véritable, qui produit la haine et l'horreur de la faute et de la loi perverse, qui est toujours prête à combattre contre l'esprit, et cette haine enfante la patience, qui est la moelle de la charité. De la connaissance de la grande bonté de Dieu qu'elle trouve en elle, l'âme reçoit le fruit d'une charité sans borne pour Dieu et pour son prochain , parce que la lumière lui fait voir et connaître que l'amour qu'elle a pour son Créateur ne peut lui être d'aucune utilité ; et alors , ce qu'elle ne peut faire pour lui elle le fait pour le prochain par amour pour Dieu ; car elle aime la créature parce qu'elle voit que le Créateur aime souverainement la créature , et la condition de l'amour est d'aimer toutes les choses qui sont aimées par la personne qu'on aime.

4. C'est avec cette lumière , mon très-cher Fils , que nous acquerrons la vertu d'humilité et de charité, et que nous porterons et supporterons avec une vraie et sainte patience les défauts de notre prochain. Nous détruirons toute négligence avec le zèle parfait acquis au foyer de la divine charité , et nous éteindrons l'orgueil avec l'eau de la véritable humilité ; nous deviendrons affamés de l'honneur de Dieu, et nous nous nourrirons des âmes avec délices sur la table de l'humble Agneau sans tache; il n'y a pas d'autre chemin. C'est parce que j'ai compris qu'il fallait le suivre et marcher dans la voie de la véritable humilité , que je vous dis et que je vous répète mon désir de vous voir affermi dans une vraie et parfaite humilité , et je veux que vous y travailliez sans peine et sans trouble d'esprit. Oui , je

vous recommande de nouveau de commencer avec une foi vive, une ferme espérance, une obéissance prompte. Je veux que vous engraissiez ainsi votre àme, et qu'elle ne se dessèche pas par le trouble et l'ennui; mais secouez avec un zèle parfait le sommeil de la négligence , et dérobez les vertus que vous verrez dans vos frères , en les nourrissant dans votre cœur. Que toujours la vérité soit votre joie , qu'elle soit dans votre bouche , et, quand il le faut, dites-la charitablement à tout le monde, surtout aux personnes que vous aimez d'un amour particulier, mais toujours avec douceur, vous attribuant à vous-même tous les défauts des autres ; et si vous ne l'avez pas fait jusqu'à présent avec toute la prudence nécessaire, corrigez- vous -en à l'avenir. Pour cela , je veux que vous n'ayez aucune peine , aucun souci à mon sujet. Il faut traverser tous les flots de cette mer orageuse avec une humilité sincère , avec la charité fraternelle et la sainte patience. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus , Jésus amour.

CLXXX (13i). — A UN RELIGIEUX

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