LXI. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES
bliej par aucun défaut personnel : il n'agit jamais avec moins do puissance et de vertu ; notre respect et notre obéissance ne doivent donc pas diminuer, sans cela nous serions en état de damnation. Nous ne devons pas non plus cesser de l'assister. En lui étant utiles, nous le sommes à nous-mêmes, car ses défauts ne font pas cesser le besoin que nous avons de lui. Nous devons donc être reconnaissants et fidèles, et faire tout ce que nous pourrons pour l'utilité de la sainte Église et pour l'amour des clefs que Dieu lui a confiées.
4. S'il faut agir ainsi à l'égard de celui qui serait coupable et méchant, que devons-nous faire avec celui que Dieu nous a donné, et qui est un homme juste, vertueux, craignant Dieu, ayant des intentions droites et saintes comme personne n'en a eu depuis longtemps dans l'Église de Dieu. Je vous parle du Pape Urbain YI, qui est le Souverain Pontife, malgré tous ceux qui nous disent le contraire. C'est donc une chose juste de le respecter, d'obéir à Sa Sainteté, de l'assister autant que possible, non seulement à cause de son autorité, mais par justice et à cause de la vie; parce que non seulement il nous distribue les grâces spirituelles nécessaires à notre salut et à notre âme, mais parce qu'il vous aime d'un amour particulier et qu'il vous l'a témoigné en vous traitant comme ses plus chers enfants. Si vous ne le faites pas, vous vous ferez tort à vous-mêmes, et vous en serez punis par Dieu et par les créatures. Dieu nous cliâtiera de l'ingratitude que nous montrons à l'égard de la sainte Eglise et de son Vicaire: et Dieu le fera avec justice, pour nous corriger de notre misère et de notre
ignorance; car nous agissons vraiment comme des mercenaires qui reçoivent ses grâces comme si elles leur étaient dues, et qui veulent cacher leurs fautes avec celles des autres ; mais ils les découvrent au contraire davantage en montrant une si grande ingratitude. Nous pouvons aussi être châtiés par les créatures : nous l'avons vu lorsqu'est venu un maître étranger. Il vaut mieux rester unis à notre Père et à notre Mère, c'est-à-dire au Pape Urbain VI et à la sainte Église, plutôt qu'à des tyrans (1). Il vaut mieux s'appuyer sur la colonne inébranlable que frappent des persécutions nombreuses, mais qui n'est jamais brisée, plutôt que sur une paille qui ne résistera pas certainement, et que le moindre vent renversera par terre.
5. Ouvrez donc un peu les yeux, et voyez combien il peut y avoir d'inconvénients à faire semblant de ne pas apercevoir les besoins de votre Père, et à ne pas le défendre contre ses ennemis, qui sont les vôtres. Vous ne pouvez pas dire qu'il demande votre secours pour conquérir des biens temporels que l'Église a perdus ! C'est pour votre foi, pour confondre le mensonge, exalter la vérité, pour retirer la main du démon et empêcher notre foi d'être profanée par les méchants. Vous voyez bien que vous êtes tenus et obligés d'acquitter ce que vous devez à l'Église et à votre Père. Je suis certaine que si la perle précieuse de la justice brille dans vos cœurs, la justice ne sera pas séparée de la reconnaissance, et vous satisferez
(1) Il s'agit peut-être de Cliarles Durazzo, dont les troupes, au service de l'Église, rançonnèrent les Siennois.