‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 11 sur 78 · LXI. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES · texte numérisé non relu

LXI. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES

Dîeu, le Christ de la terre, votre prochain et vousmêmes, par les moyens que je vous ai indiqués. Les grâces spirituelles et temporelles se multiplieront alors et vous conserverez la paix et le repos de votre état; vous ne le pourrez pas autrement, et vous serez privés des biens du ciel et de la terre. C'est pourquoi je vous ai dit que je désirais voir briller en vous la perle de la justice. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Je vous en conjure par l'amour de Jésus crucifié, ne donnez plus des paroles au Christ de la terre, mais donnez-lui des actes et rendez-lui le bien qu'il vous a fait. Vous savez qu'il vous a donné l'absolution avec bienveillance ; c'est aussi par la bonté de Dieu et par la sienne que Talamon(l) n'est pas tombé entre les mains des Pisans; et il semble maintenant que vous voulez le traiter avec ingratitude, en l'amusant par des paroles comme un enfant. Je vous dis que c'est un homme qui voit plus loin que vous ne pensez, et qui distingue dans son cœur les fils qui sont fidèles et ceux qui sont dénaturés; et quand viendra le temps, il montrera qu'il les a connus. N'agissez donc plus ainsi, pour l'amour de Dieu; mais traitez-le comme le Vicaire du Christ de la terre, comme votre Père bien-aimé, et faites loyalement pour lui, tout ce qui vous sera possible défaire. Doux Jésus, Jésus amour.

(1) En 1375, les chevaliers de Rhodes et de Pise s'étaient emparés, au nom de l'Église, de la terre de Talamon, située dans les marennes de Sienne. Par un traité du mois de juillet 1370, Urbain VI rendit cette terre aux Siennois moyennant douze mille florins.

LXII (204). - AUX MAGNIFIQUES SEIGNEURS, défenseurs du peuple et de la commune de Sienne. — Elle les exhorte à être fidèles à l'Église, et à avoir le zèle de la justice.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très chers Frères et Pères dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus- Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir fidèles à notre sainte Mère l'Eglise, afin que vous soyez des membres unis à votre chef, de vrais et fidèles chrétiens pleins de zèle pour la sainte et vraie justice, voulant qu'elle brille comme une pierre précieuse dans vos cœurs, en vous dépouillant de tout amourpropre pour vous appliquer au bien général de la Cité, et non pas à vos intérêts particuliers. Celui qui ne pense qu'à lui, a peu la crainte de Dieu; il n'observe pas la justice, mais il la viole et commet de nombreuses injustices; il se laisse corrompre par les hommes, quelquefois pour de l'argent, quelquefois pour plaire à celui qui lui demande un service qui sera une injustice ; d'autrefois, pour éviter la punition d'une faute qu'il aura commise, il acquittera celui que les coups de la justice devaient atteindre. Il devient ainsi le complice de l'homme coupable, et il mérite-

(1) Cette lettre, publiée pour la première fois par Gigli, porte la date du 9 décembre 1379. Sainte Catherine était depuis un an à Rome.

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