‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 9 sur 78 · LXI. ■— AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES · texte numérisé non relu

LXI. ■— AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES

vons le faire à notre prochain, en l'assistant de tout notre pouvoir, en lui rendant l'amour qui lui est dû ; car l'éternelle Vérité nous l'a commandé en disant : Aime Dieu par-dessus toute chose, et le prochain comme toi-même. A nous, nous devons rendre la haine et le regret du péché et de la sensualité, qui en est cause, et l'amour des vertus en les aimant pour Dieu, avec un tendre amour.

2. Il semble au contraire que nous agissons comme des voleurs et des débiteurs de mauvaise foi, privant injustement nos créanciers de ce qui leur appartient. L'honneur et l'amour que nous devons à Dieu, nous les donnons à nous-mêmes. Nous nous donnons l'honneur en cherchant avec orgueil les biens, les délices et les grandeurs du monde, et nous offensons Dieu en attribuant à notre mérite ce que nous avons, et en outrageant Dieu par notre ignorance, nous donnons à nous l'amour, à lui la haine. Notre amour n'est pas raisonnable, car c'est l'amour sensitif. Nous offrons à Dieu la corruption, et nous gardons le parfum des plaisirs et des jouissances du monde. Nous ne voyons pas dans notre aveuglement, que le mal, la corruption, la ruine de nos iniquités retombent sur nous : car nos offenses ne peuvent lui nuire, et nos hommages lui profiter; il n'a pas besoin de nous, c'est nous qui avons besoin de lui. Nous rendons au prochain, la haine et la colère, et nous commettons contre lui de nombreuses injustices. Celui qui est maître ne rend la justice que par intérêt, pour plaire aux créatures et à lui-même: il ne suit pas la raison, et il ne craint pas d'ôter au prochain l'honneur, la réputation, les biens temporels,

la vie même; il gouverne avec une telle injustice ceux qui lui sont soumis, qu'il semble n'avoir aucun seigneur au-dessus de lui; il ne pense pas que la verge du souverain Juge puisse lui rendre ce qu'il donne aux autres ; il ne s'applique pas au bien général, mais seulement au sien propre, car il est aveuglé par l'amour de lui-môme. Ceux-là n'acquittent pas leur quatrième dette à la sainte Eglise et au Vicaire de Jésus-Christ. Quelle est cette dette que nous devons payer ? Un respect profond, un amour filial, que nous témoignerons, non seulement par des paroles, mais en assistant notre Père, quand il le faut comme des enfants véritables, regardant l'injure qui lui est faite comme la nôtre, et nous employant tout entier pour vaincre ses ennemis.

3. Beaucoup font le contraire, et s'excusent en disant : leurs défauts sont si grands, que nous n'en recevons que du mal. Il n'est pas digne de respect et d'assistance, puisqu'il n'est pas ce qu'il devrait être ; il devrait s'occuper des choses spirituelles, et non des choses temporelles. Et alors ils sont ingrats et infidèles, ils ne lui rendent pas l'obéissance, le respect et l'assistance qu'il mérite : souvent môme ils détournent ceux qui voudraient le secourir; et ils agissent sans aucune retenue, comme des personnes aveuglées par l'amour-propre. Nous ne voyons pas que notre raisonnement est faux ; car de toute manière, qu'il soit bon ou mauvais, nous ne devons pas lui refuser le respect qui lui est dû. Ce respect ne se rapporte pas à lui, mais au sang du Christ, à l'autorité, à la dignité que Dieu lui a données pour nous. Cette autorité, cette dignité ne peuvent être affai-

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