LXII. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES
raitde souffrir lui-même le châtiment qu'il a épargné à un autre pour de l'argent. Si un pauvre avait fait la millième partie de ce qu'il a fait, il le punirait sans miséricorde.
2. Ce malheureux, qui doit gouverner la ville et qui ne se gouverne pas lui-même, ne s'inquiète pas de voir dépouiller les pauvres ; il méconnaît leurs droits, tandis qu'il donne raison à celui qui ne l'a pas. Il n'est pas étonnant que ceux-là commettent des injustices, puisqu'ils sont cruels pour eux-mêmes, en vivant dans la débauche comme le pourceau dans la fange. Ils sont insensibles à tout, et si orgueilleux, qu'ils ne peuvent supporter qu'on leur dise la vérité. Ils déchirent leur prochain et le tourmentent par leurs profits illicites, et par une foule de maux dont je ne parle pas pour ne pas vous fatiguer de paroles. Mais je ne m'étonne pas qu'ils manquent ainsi àia vraie et sainte justice : Dieu a permis et permet que nous éprouvions des châtiments et des fléaux tels qu'on en a jamais vu , je crois, de semblables depuis que le monde est monde. Quelle en est la cause? L'amour-propre, qui engendre l'injusticeet faitoutrager la sainte Église par ses enfants devenus infidèles.
3. Nous avons vu et nous voyons clairement qu'il en est ainsi. Je vous ai dit que je voulais que vous soyezjustes et que la perle de la justice brillât dans vos cœurs : je désire, par conséquent, que vous soyez les serviteurs fidèles de la sainte Église, et que vous obéissiez comme de bons et vrais chrétiens au Pape Urbain VI, qui est vraiment Pape et Vicaire du Christ sur terre. Je verrai maintenant, mes chers Pères, si vous êtes ses enfants ou non. Dans ces circonstances
difficiles, on reconnaît si le fils aime véritablement son Père, en l'assistant dans ses nécessités autant qu'il lui sera possible. Nous voyons maintenant notre Père et la sainte Église au milieu de difficultés si grandes, que les méchants ne leur en ont jamais causé de semblables. Ceux qui étaient placés dans les greniers de la sainte Eglise pour répandre la Foi, sont ceux-là mêmes qui l'ont toute souillée en répandant le schisme et l'hérésie. Nous qui sommes chrétiens et fils du Pape Urbain VI, ce doux et bon Père, nous devons faire tous nos efforts pour confondre et détruire le mensonge; nous devons mourir s'il le faut ; cette mort sera pour nous la vie. Ne dormez plus, ce n'est pas le moment de dormir; maissecouez le sommeil pour l'honneur de Dieu, le bien de l'Église et pour votre utilité même.
4. Vous ne pouvez offrir à votre Créateur un sacrifice qui lui soit plus agréable. Et que cela ne vous paraisse pas pénible : ne vous a-t-il pas paru plus dur et plus pénible de servir contre Dieu et la justice, ceux qui étaient alors les membres corrompus et rebelles de la sainte Eglise ? Et vous n'avez retiré de ce service que la ruine de votre âme, de votre corps, de vos biens, avec la confusion, la honte, et le remordsqui déchire votre conscience. N'hésitez donc plus, mais renoncez-vous généreusement, et ne prétendez pas être fidèles à ce que vous avez promis. Ces promesses ne doivent pas se tenir, puisque vous ne pourriez pas le faire sans péché, et qu'on ne doit pécher pour aucune raison. Si vous avez tant fait pour le service du démon, combien plus maintenant devez-vous faire d'efibrts dans le sens contraire.