‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 13 sur 78 · LXII. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES · texte numérisé non relu

LXII. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES

Vous devez, pour Jésus crucifié et par reconnaissance, servir son Vicaire, son Christ sur terre, le Pape Urbain VI, que vous devez reconnaître pour Souverain Pontife; et celui qui ne le reconnaît pas est un hérétique réprouvé de Dieu, un membre du démon.

5. Que personne n'hésite et ne boite dans son esprit, pour se laisser tromper par le démon, en écoutant ceux qui disent : peut-être c'est lui, peut-être ce n'est pas lui. Ne faites pas ainsi, pour l'amour do Dieu ;mais croyez fermement et avec amour qu'Urbain VI est bien notre Saint-Père le Pape, malgré tous ceux qui disent le contraire. Vous devez lui obéir, l'assister et mourir, s'il le faut, pour cette vérité. A l'assistance que vous lui donnerez, je verrai si la très sainte Foi fleurit en vous, si vous êtes fidèles à la sainte Eglise et à votre doux et bon Père. Pour moi, je confesse et je confesserai devant le monde entier, jusqu'à la mort, que le Pape Urbain VI est bien véritablement le vrai Souverain Pontife. Hélas ! n'hésitez plus à secourir la douce Epouse du Christ. J'espère de la Bonté infinie de Dieu qu'il vous fera faire ce qu'il est de votre devoir défaire. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce diiection de Dieu. Je sais qu'il vous aime tendrement comme ses enfants ; aimez-le et respectez-le comme votre Père. Doux Jésus, Jésus amour.

LXIII (207). — A PIERRE, marquis de Mont-Sainte- Marie, lorsqu'il était sénateur de Sienne (1). —

Des deux commandements de la charité, envers Dieu et envers le prochain.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Mon très révérend et très cher Père dan s le Christ Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris et vous salue avec le désir de vous voir toujours observer les saints commandements de Dieu, sans lesquels aucune créature ne peut avoir en soi la vie de la grâce. Et il n'y a pas de noblesee, de richesse, de puissance, de prospérité, de grandeur qui puissent empêcher et excuser quelqu'un de ne pas être le serviteur fidèle et l'observateur de ces doux et saints commandements, qui nous ont été donnés par la Vérité suprême ; c'est elle qui est notre règle et notre voie, car elle a dit : « Je suis la voie, la vérité, la vie. » 0 mon révérend Père, regardez notre doux Sauveur, qui nous a donné la loi et qui a voulu parfaitement l'observer lui-même. N'est-ce pas une grande honte, et l'homme ne devraitil pas rougir de voir Dieu s'humilier jusqu'à lui? S'il

(1) Pierre, marquis de Sainte-Marie, fut sénateur de Sienne, depuis le mois de février 1375 jusqu'au 18 août 1376. Le titre de sénateur n'était pas très ancien dans la république de Sienne ; il avait remplacé celui de capitaine de guerre et de conservateur, en 1368, lorsque le gouvernement tomba entre les mains des Réformateurs.

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y réfléchissait, il ne s'élèverait pas contre Dieu avec orgueil, quel que soit le rang qu'il occupe. 0 douce et ineffable Charité, qui vous êtes faite esclave pour rendre l'homme libre ! vous vous êtes livrée à la mort pour nous donner la vie, et vous vous êtes abaissée jusqu'à la mort honteuse de la Croix pour nous rendre l'honneur que nous avions perdu par le péché de désobéissance. Hélas ! nous trouvons la mort par notre révolte contre les commandements de Dieu, et tous les jours nous tombons dans la mort éternelle en transgressant sa douce volonté. IVAgneau sans tache est venu s'immoler sur l'arbre de la très sainte Croix, il a été consumé par le feu de la divine charité, et il nous a rendu la grâce par sa sainte obéissance. Je vous en supplie au nom du Christ, le doux Jésus, suivons cette règle et cette voie des vrais et saints commandements; observons-les jusqu'à la mort, en nous rappelant le sang du Fils de Dieu, pour nous animer davantage à les observer. Oh! combien est douce cette servitude, qui rend l'homme libre de la servitude du péché 1

2. Réduisons ces doux commandements à deux points, à l'amour de Dieu età celui du prochain. Cet amour, nous le fonderons sur la crainte" et le respect, et nous choisirons plutôt la mort que d'offenser ce que nous aimons, non par crainte du châtiment, mais parce qu'il est digne d'être aimé, parce qu'il est l'éternelle et souveraine Bonté. Plus vous aimerez Dieu, plus s'augmentera votre amour du prochain ; vous l'assisterez spirituellement et temporellcment, selon les occasions que vous aurez de lui être utile, et c'est ainsi que s'accomplira en nous la volonté de Dieu,

qui ne veut autre chose que notre sanctification. Je ne vous en dis pas davantage.

3. Je vous recommande de toute mon âme deux affaires dont vous parlera sire François, porteur de cette lettre (l). La première est celle du monastère de Sainte-Marthe (2), dont les religieuses servent parfaitement Dieu. La seconde est celle de madame Thomas, servante de Dieu et ma bien chère Mère. Je suis certaine qu'elles ne s'adresseront pas à vous sans motifs. Je vous conjure donc de les satisfaire le plus tôt que vous pourrez, afin qu'elles n'attendent pas. Je termine. Passionnez-vous, baignez-vous dans le sang du Fils de Dieu. Bénissez pour moi mon cher fils (3) et tous les autres. Doux Jésus, Jésus amour.

LXIV (208). - A PIERRE, marquis du Mont, seigneur de Sienne. — Il faut combattre généreusement le vice et rendre la justice, sans oublier la miséricorde.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Mon très cher Père dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous salue dans le précieux sang du Fils de Dieu, avec le désir de vous voir un vrai serviteur et chevalier du Christ, com-

(i) François Landi, un des disciples de saiute Catherine.

(2) Voir la lettre cxcv.

(3) Le fils du marquis de Sainte-Marie.

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battant toujours généreusement contre les vices et le péché, sans négligence, mais avec un vrai et saint zèle, afin qu'au moment de la mort nous entrions vainqueurs dans la vraie cité de Jérusalem, dans la vision de la paix, oùnousne trouverons pas la chair, qui se révolte toujours contre l'esprit. Mais remarquez, mon Père, que celui qui veut la vie éternelle doit quitter la chair avant de mourir; et quitter la chair, c'est renoncer à ses appétits, à ses désirs, à ses jouissances. Hélas ! ne vous faites pas prier pour les abandonner ; car il n'y a rien que ne fasse l'homme grossier livré à ce vice coupable. C'est une grande folie pour la créature de perdre ainsi sa dignité, et de devenir semblable à la brute pour si peu de chose.

2. Arrachons donc et combattons ce vice et tous les autres par le parfum de la sainte continence et de l'honnête, et parons tous les coups avec le bouclier de la très sainte Foi. Soyez un bon juge et seigneur dans la position où Dieu vous a placé; et reconnaissez les droits du pauvre et du riche, comme le demande la sainte justice, qui doit être toujours accompagnée de la miséricorde. Je ne vous en dis pas davantage ici.

3. Je vous signale un fait grave, qui est arrivé au monastère de Saint-Michel-de-Vic (1). Un jeune homme dont vous verrez le nom dans la lettre que l'abbesse du monastère vous envoie, après l'avoir tour-

(1) Le monastère de Saint-Michel-de-Yic était h un mille de Sienne ; les religieuses bénédictines qui roccupaient, étant toutes mortes en 1480, il fut supprimé par l'archevêque (le Sienne, le cardinal François Piccolomini, qui fut depuis Pie III.

mentée longtemps , en est venu à entrer à toute heure et quand il lai plaît, par une fenêtre qu'il a défoncée ; il menace les religieuses qui ne veulent pas faire le mal, de mettre le feu au monastère et de les brûler toutes, comme elles me l'ont assuré. Je vous prie et vous conjure de prendre les moyens que vous jugerez les plus convenables pour mettre fin à un tel scandale : je ne voudrais pas cependant qu'il perdît la vie (1), mais j'approuverais les autres châtiments qui seraient infligés. Je ne vous en dis pas davantage sur ce sujet. Que le Saint-Esprit vous éclaire pour cela et pour le reste. Loué soit Jésus.

LXV (209). — A PIERRE, marquis du Mont. — De la

justice que nous devons exercer contre nous-mêmes, pour pouvoir l'exercer contre les autres.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

l.Messire Sénateur, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ , je vous écris et vous salue dans le précieux sang du Fils de Dieu, avec le désir de vous voir le vrai ministre de la justice, en vous d'abord, et puis dans les autres, afin que vous puissiez paraître devant le très juste Juge avec un visage tranquille. Celui qui n'est pas juste envers lui-môme, ne peut sans rougir l'être envers les autres ;

(1) En 1373, trois jeunes gens de Sienne qui avaient ainsi attenté à l'honneur des religieuses du monastère de Saint- Émilien, avaient péri par la main du bourreau.

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