‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 18 sur 78 · LXVII. -— AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES · texte numérisé non relu

LXVII. -— AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES

aux hommes qu'à Dieu. Mais je ne vois pas que l'homme puisse jamais posséder cette vertu do la sainte justice, s'il ne la pratique d'abord en se dépouillant de l'amour-propre et de toute complaisance intéressée ; car c'est de là que viennent tous les vices qui offensent Dieu. Nous cherchons à satisfaire nos désirs déréglés en voulant les choses contraires à la volonté de Dieu, par une complaisance coupable que l'homme a pour lui-même, lorsqu'il s'efforce de plaire au monde et qu'il n'a pas scinde plaire à Dieu; celui-là ne peut avoir la justice, car il n'est pas juste; il est même cruel, puisque injustement, par avarice, par intérêt, et pour plaire à ceux qui le sollicitent, il dévore les chairs de son prochain.

2. Nous voyons que ceux qui rendent la justice le font souvent injustement à l'égard des pauvres, tandis qu'ils écoutent ceux qui possèdent quelque chose. Cela vient de l'amour-propre et de la complaisance pour soi-même ; celui-là n'est pas juste, et ne possède pas par conséquent la sainte et vraie justice. Il ne fait pas attention à la cité de son âme, mais seulement à son misérable corps, cherchant tous les moyens de lui être agréable, dépensant tout son temps en plaisirs, en orgueil, en niagnificences et en vanités qui lui donnent la mort. Mais sa pauvre àme, qui devrait être un temple où Dieu habiterait par la grâce, devient le temple du démon, qui en devient le possesseur et le tyran, pour la livrer au néant du péché. Comme un aveugle sans raison, il ne voit pas le mal qu'il se fait et la peine qui doit suivre la faute, car, s'il le voyait, 11 aimerait mieux mourir que d'offenser son Créateur en la moindre chose. Il

s'appliquerait à faire bonne garde, afin que l'âme, qui doit être maîtresse, ne soit point servante, et que la sensualité, qui doit être servante, ne soit point maîtresse. Mais il fait le contraire, parce qu'il n'a pas soin de la cité de son âme ; il ne veille pas sur lui-même, et il ne peut veiller sur la cité extérieure qui lui est confiée. Il ne recherche pas le bien général, mais le sien propre, ou le bien particulier qu'il aime ou qui peut lui être utile.

3. Il faut donc être juste, et garder avec justice la cité de notre âme, en vivant dans la vraie et sainte crainte de Dieu; il faut aimer la vertu, et détester le vice. De cette manière, nous goûterons le sang de Jésus crucifié; la vraie et sainte justice brillera en vous, vous serez un maître juste et bon pour votre âme et votre prochain, mais pas autrement. C'est pourquoi je vous ai dit que je désirais vous voir un maître juste, afin que vivantavec justice, vous mainteniez le droit et lajusticedans la charge que vous avez. Mon très cher Frère, ne dormez plus ; mais secouez avec zèle votre sommeil. Revenons à nous, et n'attendons pas le temps, car le temps n'attend pas ; le temps est plus rapide que nous ne nous l'imaginons. Je voudrais que nous sortions de notre position, et que nous rompions les liens qui nous lient; car celui qui est lié ne peut avancer, et il faut que nous avancions dans la voie de la vertu en suivant la doctrine de Jésus crucifié, qui est la voie, la vérité, la vie ; et celui qui le suit ne va pas dans les ténèbres, mais dans la lumière. Il faut donc marcher dans cette voie douce et droite. Comment couperons-nous les liens? Avec le glaive de la haine du vice, et l'amour

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