Il faut punir celui qui le mérite, avec miseri
04 LETTRES DE SAINTE rATHKRlNE
corde, sans colère, en n'écoutant pas les hommes, mais la véritable et sainte justice ; il faut chercher le bien général, et non le bien privé ; placer à la tête des affaires des magistrats qui n'agissent pas par hayie, par faiblesse ou par spéculation, mais par vertu et par raison : puis il faut choisir des hommes murs et vertueux, et non des enfants ; des hommes qui craignent Dieu, qui aiment le bien public, et non leur intérêt particulier. C'est ainsi que l'on conserve un État, une ville, dans la paix et l'union; mais ce n'est pas par l'injustice, par l'avidité, en nommant pour gouverner les autres ceux qui ne savent pas se gouverner, ni gouverner leurs familles, des hommes injustes, colères, passionnés et remplis de l'amour d'eux-mêmes, c'est là le moyen de ruiner ses affaires spirituelles et temporelles. On peut bien dire à ceuxlà : C'est en vain que vous travaillez à garder la cité, si Dieu ne la garde ; c'est-à-dire si vous no craignez pas Dieu, et si vous ne le regardez dans tout ce que vous faites. Vous voyez, mes très chers Frères et Seigneurs, que l'amour-propre est la perte de la cité de rame, et la perte, la ruine de la cité de la terre. Je veux que vous sachiez bien que rien ne divise le monde et les peuples comme l'amour-propre ; c'est de lui que sont nées et que naissent toutes les injustices.
6. 11 me semble, mes très chers Frères, que vous avez le désir de conserver et d'augmenter la prospérité de votre ville, et c'est ce désir qui vous a portés à m'écrire à moi indigne et misérable si remplie de défauts. J'ai reçu et lu votre lettre avec une vive affection, et avec la volonté de satisfaire vos désirs.