‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 28 sur 78 · LXXI. — AUX SEiaNEURS ET DIGNITAIRES · texte numérisé non relu

LXXI. — AUX SEiaNEURS ET DIGNITAIRES

Jo m'appliquerai autant que Dieu m'en fera la grâce à vous ofTrir, vous et toute votre cité, en la présence de Dieu par une continuelle prière. Si vous êtes des hommes justes, si vous vous gouvernez, comme nous l'avons dit, sans passion, sans araour-propre et sans intérêt particulier, mais pour le bien général, qui a pour fondement la Pierre vive, le Christ, le doux Jésus, si vous agissez toujours avec sa crainte et en l'invoquant, vous conserverez la prospérité, la paix et l'union de votre cité. Jevous en conjure par amour pour Jésus crucifié, car il n'y a pas d'autre moyen. Tout en étant aidés par les prières des serviteurs de Dieu, vous devez aussi agir de votre côté. Si vous ne le faisiez pas, vous seriez bien un peu soutenus par ces prières, mais vous faibliriez bientôt, parce que vous devez porter votre part du fardeau.

7. C'est parce que je comprends qu'avec le vêtement de l'amour sensitif et particulier, vous ne pouvez pas aider les serviteurs de Dieu, et que celui qui ne s'aide pas lui-même par la vertu ne peut servir sa patrie avec le zèle de la sainte justice, que je vous ai dit qu'il fallait que vous soj^ez revêtus de l'homme nouveau, du Christ, le doux Jésus, c'est-à-dire de son ineffable charité; mais nous ne pouvons nous en revêtir sans d'abord nous dépouiller, et je ne pourrai me dépouiller, si je ne vois combien est nuisible le vieux vêtement, et combien est utile le vêtement nouveau de la charité divine. Dès que l'homme l'a vu, il hait, et par la haine il se dépouille ; il aime, et par l'amour il se revêt du vêtement de la vertu fondée sur l'amour de l'homme nouveau. C'est cette route qu'il faut suivre. Aussi je vous ai dit que je désirais vous voir

dépouillés du vieil homme et revêtus de l'homme nouveau, de Jésus crucifié, et, de cette manière, vous acquerrez et vous conserverez le bien de la grâce et le bien de votre cité; vous ne manquerez jamais au respect que vous devez à la sainte Eglise, mais vous vous acquitterez envers elle avec joie, et vous conserverez votre État. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

LXXn (205). - AUX SEIGNEURS PRIEURS du peuple et de la commune de Pérouse (1). — Elle les prie de vouloir bien assister la sainte l']glise et le Pape Urbain YI.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très chers Frères dans le Christ Jésus, moi, Catherine, l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir être utiles à votre Père et à vousmêmes ; car en lui étant utiles, vous êtes utiles à votre salut spirituellement et temporellement : spirituellement, puisque vous servez cette douce Épouse du Christ, la sainte Église, et le Pape Urbain VI; vous acquittez la dette que tous sont obligés d'acquitter, et en le faisant, nous montrons que nous sommes reconnaissants à l'égard de Dieu et à l'égard

(1) Les magistrats qui gouvernaient Pérouse s'appelaient les prieurs du peuple, et étaient au nombre de dix.

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