LXXII. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES
du Pape, qui nous fait sans cesse tant de grâces, que nous ne pourrons jamais comparer ce que nous faisons pour lui à ce qu'il nous a donné. Ce qu'il nous donne est un bien qui nous vaut la vie éternelle : ce sont les sacrements de la sainte Église et les autres trésors spirituels qui conservent la vie, et qui nous profitent par les mérites du précieux Sang, si nous les recevons avec une vraie et sainte disposition, et avec la lumière de la très sainte Foi ; car autrement ils nous donneraient la mort, non par la faute de ces dons et de Celui qui les donne, mais à cause de l'état coupable où nous les recevrions. Tous ces sacrements nous sont administrés par lui, et sans lui nous ne pourrions les recevoir ! car il tient les clefs du sang de l'humble Agneau répandu pour nous avec tant d'amour : il nous donne donc un bien infini, pourvu que nous soyons disposés comme nous l'avons dit : et nous devons lui donner, si nous voulons payer notre dette, une chose finie, c'est-à-dire un peu de ces choses passagères, pour l'assister dans ses besoins. Nous devons lui donner notre désir dans une humble prière, nous devons lui donner notre fortune avec amour, comme doit le faire un fils à l'égard de son père. Vous voyez bien qu'on ne peut établir d'autre comparaison que celle d'une chose finie avec une chose infinie. Nous en profiterons aussi temporellcment ; et comment? Nous étions des fils révoltés contre l'obéissance de notre Père, et nous étions justement privés de son héritage , il nous a rendu nos droits, il nous a pardonné l'injure faite à Dieu et ù lui, il a étendu les ailes de sa miséricorde, et il a pourvu au salut de l'âme et du corps. Nous
devons donc être reconnaissants pour alimenter- en nous la source de la piété, et ne pas la tarir.
2. Voici le moment de montrer notre reconnaissance, puisque nous voyons souiller notre foi. En le faisant, nous ferons bien; nous acquitterons notre dette, nous serons obéissants de cette obéissance qui attire la grâce et qui donne la vie. Soyons donc utiles à nous-mêmes en satisfaisant aux besoins spirituels de notre âme. C'est par l'obéissance à la sainte Église et au Souverain Pontife que nous ac^ querrons toutes les grâces dont il est le ministre ; en n'obéissant pas, nous en serons privés, et nous nous ferons tort par notre faute. Vous voyez qu'en assistant notre Père, nous obtiendrons nous-mêmes des grâces spirituelles et temporelles. Comment ? Je vais vous le dire. Vous savez que nous sommes exposés maintenant à de grands embarras, et que nos pays sont menacés par des ennemis puissants. Nous sommes faibles comme le verre, par nos fautes et notre grande désunion. En nous séparant de notre Père et en ne le secourant pas, nous nous exposerons beaucoup ; nous nous séparerons de notre force, et nous serons trop faibles. Si nous ne montrons pas, dans les difficultés, que nous sommes pour lui, nous montrerons que nous sommes contre lui, suivant cette parole de la douce Vérité : « Celui qui n'est pas pour moi est contre moi (1). » Nous lui donnerons sujet, dans les grandes difticultés qui nous menacent, de nous rendre ce que nous lui donnons : et vous ne pouvez douter, à moins d'être les plus ignorants des
(l) S. Matth-, X», 30.