LXXII. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES
hommes, que le bras de la sainte Église, pour s'être allai bli, n'est pas brisé, et que cette faiblesse môme fait sa force et celle de celui qui s'y appuie. Nous appellerons ensuite les châtiments divins sur nous en montrant une pareille in^j^ratitade : Dieu s'irriterait justement contre nous et nous frapperait desa verge, parce que nous ne secourons pas notre Père, le Pape Urbain VI, et notre Foi, où nous voyons que des hommes coupables ont répandu les ténèbres dans leur cruelle méchanceté. Mais la lumière confondra leurs ténèbres, et la vérité leur mensonge.
3. Ne tardez plus; secouez le sommeil de la négligence, et faites avec zèle ce que vous pouvez faire pour le bien de la sainte Eglise. Ce bien est le nôtre, et chacun doit y travailler pour soi-même, puisque nous en profitons autant que notre Père, comme je l'ai dit. Soyez courageux et ne reculez par aucun motif de crainte servile, car il ne faut avoir d'autre crainte que la sainte crainte de Dieu. Si nous sommes des fils véritables et si nous voulons l'héritage, nous secourerons notre Père en nous étant utiles à nousmêmes, et nous donnerons non seulement notre fortune, mais notre vie même s'il le faut. Hélas! je vois que le froid engourdit nos cœurs, et que l'aveuglement obscurcit l'œil de notre intelligence; nous ne pouvons plus sentir et connaître le danger que nous avions vu d'abord. Nous sommes comme des insensés méconnaissant notre malheur et les grâces que nous avons reçues jusqu'à présent, comme le prouvent nos actes; nous n'avons donné pour tout secours que des paroles. 11 faut porter enfin des fruits, et je verrai par ces fruits si vous aimez et si vous honorez notre
Foi par une vraie et prompte obéissance, en secourant la sainte Église-. Unissez-vous ensemble par Jésus crucifié; puis ne craignez aucun tyran, car le secours de Dieu, pour Tamour de qui vous assisterez son Épouse, vous délivrera. Ouvrez les yeux, mes très chers Frères, sans vous laisser égarer par l'amour sensitif ; voyez le bien qui peut en résulter et qui en résultera si vous agissez comme je l'ai dit, et le mal qui vous menace du côté de Dieu et des hommes; si vous ne le faites pas, vous devez attendre les châtiments delà justicedivine. J'espère de la bonté de Dieu qu'il vous fera connaître cequevous devez faire; en le connaissant, vous le ferez; en le faisant, vous vous attacherez au bien, et vous éviterez le mal. Je prierai Dieu pour cela de tout mon cœur, de toute mon âme. Je ne vous en dis pas davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Pardonnez-moi si je vous ai fatigués de mes paroles; le besoin de la sainte Eglise et de votre salut m'y a forcée. Je vous salue humblement. Doux Jésus. Jésus amour.