‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 35 sur 78 · LXXIV. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES · texte numérisé non relu

LXXIV. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES

temps, et non pour toujours, selon le bon plaisir de notre doux et véritable Soigneur.

3. Si vous me dites : L'homme en cette vie, n'a-t-il rien dont il soit le maître ? Je vous répondrai : Il a le plus doux, le plus agréable, le plus solide des biens : c'est la cité de notre àme. Ohi oui, quelle chose plus grande, plus précieuse, que d'avoir une cité que Dieu habite, lui qui est le Bien suprème, où se trouve la paix, le repos de toute consolation. Et cette cité est si forte, vous y êtes si puissant, que ni le démon ni les créatures ne pourront vous l'enlever, si vous ne voulez pas. Elle ne se perd jamais que par le péché mortel. Le maître alors devient le serviteur et l'esclave du péché; il est avili et perd toute sa dignité. Mais personne ne peut le forcer à commettre le moindre péché, parce que Dieu Ta placé dans la plus forte chose qui soit au monde, dans la volonté. Si elle dit oui par le consentement, elle pèche aussitôt en prenant plaisir au péché; si elle dit non, elle aimera mieux la mort que d'offenser Dieu en son âme. Celui qui fait ainsi ne pèche jamais ; il garde la cité, il est maître de lui-même et du monde entier. Il méprise le monde et toutes ses délices, les estimant choses corruptibles et pires que la fange. Aussi les saints disent que les serviteurs de Dieu sont de vrais souverains qui ont remporté la victoire. Il y en a beaucoup qui se rendent maîtres de la cité et de la forteresse. Celui qui n'a pas triomphé de lui-même et de ses ennemis, c'est-à-dire, du ra*onde, de la chair et du démon, peut bien dire qu'il ne possède rien.

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