LXXIV. — AUX SEIGNEUllS ET DIGNITAIRES
5. 0 doux Verbe, Fils de Dieu, vous avez déposé ce Sang dans le corps mystique de la sainte Église, et vous voulez qu'il soitdistribué par votre Vicaire! La bonté de Dieu a pourvu aux besoins de l'homme, qui, tous les jours, perd sa puissance sur lui-môme en offensant son Créateur. Il a mis le remède dans la sainte confession, qui n'a de valeur que par le sang de l'Agneau ; et il lui donne ce moyen, non pas une fois, deux fois, mais toujours. Combien est insensé celui qui s'éloigne de son Vicaire, ou se révolte contre celui qui tient les clefs du sang de Jésus crucifié ! A moins que je ne sois un démon incarné, je ne dois pas lever la tête contre lui , mais je dois toujours m'humilier, demanderle sang de la miséricorde. Vous ne pouvez l'obtenir d'une autre manière et participer aux fruits de ce précieux Sang.
6. Je vous prie pour l'amour de Jésus crucifié de ne plus rien faire contre votre chef (l). Ne vous étonnez pas si le démon a voulu vous tromper sous des apparences, et en vous poussant à punir de leurs défauts les mauvais pasteurs. Ne croyez pas le démon, et ne faites pas justice de ce qui ne vous regarde pas. Notre Seigneur le défend, il a dit qu'ils étaient ses oints; il ne veut pas qu'aucune créature exerce une justice qu'il se réserve à lui-même. Combien serait coupable le serviteur qui voudrait prendre des mains du juge le pouvoir de faire justice du malfaiteur! Celane le regarde pas : c'est au juge d'agir.
(1) Baruabó Visconti, pour agrandir ses États, avait fait la guerre à Innocent VI, à Urbain V et à Grégoire XI : c'était un des ennemis les plus acharnés do l'Église.
ri LETTRES DE SAINTE CATHERINE
Et si nous disons: Le juge ne le fait pas, n'est-il pas bien que je le'fasse? Non, car tu en serais repi'is, comme tu serais condamné si tu tuais quelqu'un qui le mériterait. La loi n'excuserait pas la bonne intention de délivrer la terre d'un malfaiteur. La loi et la raison s'y opposent, lors même que le juge serait mauvais, et ne rendrait pas ta justice comme toi. Tu dois laisser punir le souverain Juge ; il ne laisse jamais passer les injustices et les fautes, qui sont punies en leur lieu et en leur temps, surtout au moment de la mort, lorsque se dissipent les ténèbres de la vie ; alors tout bien est récompensé, tout mal est puni.
7. Oui, je vous dis, mon très cher Père et Frère dans le Christ, le doux Jésus, Dieu veut que ni vous ni les autres, vous ne vous fassiez les justiciers de ses ministres (1). Il s'est réservé ce droit, et il l'a confié à son Yicaire; et si ce Vicaire ne l'exerce pas (il doit le faire, et il fait mal s'il ne le fait pas), nous devons attendre humblement la sentence et la punition du souverain Juge, du Dieu éternel. Et si les coupables nous enlèvent nos biens, nous devons préférer perdre les choses temporelles et la vie du corps que les choses spirituelles et la vie de la grâce. Car les choses de la terre sont finies, tandis que la grâce de Dieu est infinie, puisqu'elle nous donne un bien infini, et en la perdant nous tombons dans un mal infini. Pensez que vos bonnes intentions ne vous
(l) Barnabe s'immiscaiL dans les affaires de l'Kglisc, et niellait ses ministres en prison pour pouvoir s'emparer de leurs biens.