‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 55 sur 78 · II · texte numérisé non relu

II

Il dira : Ces ordres ne sont pas justes, et je ne dois pas en souffrir. Lorsque je voulais rester dans ma cellule pour y méditer en paix, on m'en a fait sortir sans faire attention au moment et à la circonstance. Quel mal cause ce faux jugement! Je cite cet exemple ; je pourrais en citer beaucoup d'autres, que je tais pour ne pas vous ennuj^er. Ou il désobéit et ne fait pas ce qui lui est commandé, ou. s'il le fait, c'est avec impatience, murmure et trouble d'esprit; il perd la fidélité, le respect, la sainte crainte qu'il doit avoir pour Dieu, pour son supérieur, et, par l'apjitation que lui cause sa volonté propre, il se prive de la paix et de la tranquilité d'esprit. Tout cela arrive parce qu'il s'aime lui-même; par amourpropre il s'est fait juge de la volonté de son supérieur en dehors de la douce volonté de Dieu. Mais s'il avait eu la lumière de la Foi, quand même celui qui lui commande serait un démon incarné, il penserait que la bonté du Saint-Esprit le ferait agir à son égard de la manière la plus utile à son salut.

10. La tendresse qu'il a pour lui-même l'empêche de voir ainsi, parce que son regard ne s'est pas fixé sur l'obéissance du Verbe, qui fut obéissant jusqu'à la mort ignominieuse de la Croix. 0 désobéissant, qui juge les autres dans la tiédeur et l'amour de toimême? Pourquoi ne pas considérer le sang répandu avec tant d'ardeur et d'amour pour accomplir les ordres que le Père a donnés à son Fils unique? Ce doux Jésus n'a pas discuté la volonté du Père et ses conséquences; il n'a pas refusé la peine par tendresse pour lui-même, et il n'a pas dit : Mon Père, trouvez un moyen qui m'épargne les souffrances, et

je vous obéirai. Non seulement il ne la pas dit, mais, enivré d'amour pour l'honneur de son Père et pour notre salut, il a pris le joug de l'obéissance, et pour y satisfaire il s'est rassasié d'opprobres, de mépris et d'outrages. Celui qui désaltère toutes les âmes a souffert de la soif. Pour nous revêtir de la vie de la grâce, il s'est dépouillé de la vie de son corps, et il s'est fait élever comme un étendard sur le bois de la très sainte Croix; il s'est offert comme un Agneau immolé dont le sang coule do toute part. Ce sang manifeste sa prompte obéissance, ce sang manifeste cette vérité ancienne et toujours nouvelle pour nous : ancienne, puisque nous avons été de toute éternité dans la sainte pensée de Dieu; nouvelle, puisqu'il nous a créés à son image et ressemblance, en nous donnant l'être pour que nous jouissions de la felicitò parfaite qu'il a en lui-même.

11. Nous ne la comprenions pas, cette vérité nouvelle, nous paraissions ne pas croire qu'elle nous avait créés pour nous donner la vie éternelle; et Dieu, afin d'accomplir cette vérité dans l'homme et la lui faire comprendre, nous a envoyé son doux et tendre Verbe, revêtu de notre humanité; il a frappé nos iniquités sur l'enclume de son corps, et il nous a fait renaître à la grâce dans le Sang. Et ainsi, ce sang nous a manifesté de nouveau la vérité. Dans le sang nous trouvons la source de la miséricorde; dans le sang la clémence, dans le sang le feu, dans le sang la compassion; c'est le sang qui expie nos fautes, le sang qui rassasie la miséricorde, le sang qui détruit notre dureté, le sang qui rend douces les choses am.ères, et légers les pesants fardeaux. Aussi, ceux

qui considèrent ce sang à la lumière de la Foi, portent le poids de l'obéissance avec joie et douceur; et comme ce sang fait mûrir les vertus, l'àme qui s'enivre et se noie dans ce sang se revêt de vraies et solides vertus, pour honorer Dieu et accomplir en elle la vérité qui lui a été montrée de nouveau par le moyen du Sang.

12. Le désobéissant, qui juge la volonté de son supérieur, ne considère pas ces choses; s'il les considérait, il renoncerait en tout et pour tout à sa volonté, et il ferait tous ses etïorts pour connaître la volonté de Dieu et de son supérieur. Mais, parce qu'il ne le fait pas, il est dans une peine continuelle, et reste toujours dans sa tiédeur et son imperfection. 11 est toujours couvert du vêtement de l'amourpropre, parce qu'il ne l'a pas détruit dans le sang, dans le feu et dans l'obéissance du Verbe. C'est pourquoi il ne bénit pas Dieu par l'obéissance que Dieu demande aux séculiers, aux religieux, aux supérieurs, aux inférieurs, aux jeunes, aux vieux, en tout état, en toute circonstant^e, en tout lieu, dans la consolation et la désolation, dans la paix de l'esprit et dans ses agitations et ses tempêtes. Enfin, nous devons bénir Dieu de toute manière, par l'amour de la vertu et par la parole même, quand il le faut. 0 mon cher Fils ! c'est à cela que je vous invite, car c'est la voie, c'est le moyen de rendre gloire à Dieu et de le bénir en tout temps, non seulement par la parole, mais par les œuvres. C'est ce que j'ai désiré voir en vous, ce que je veux voir toujours dans votre cœur, dans votre esprit, dans votre âme.

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