‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 57 sur 78 · II · texte numérisé non relu

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joug de la sainte obéissance, et demeurez dans votre cellule, en embrassant l'arbre de la très sainte Croix. Je termine. Si la vie de votre âme vous est chère, et si vous craignez tant d'ofifenser Dieu, gardez-vous de suivre votre volonté. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

CVIII (6î). — A FRÈRE FRANÇOIS TEBALDI, de Florence, religieux Chartreux dans l'île de la Gorgone (1).— De la persévérance qui couronne les autres vertus. — On l'acquiert et la conserve par la prière et riiumilité.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

J. Mon très cher et très doux Fils dans le Christ Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ , je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir constant et persévérant dans la vertu jusqu'à l'heure de la mort, car la persévérance est la vertu qui reçoit la couronne ; c'est elle qui est la fleur et la gloire de la vie de l'homme; elle est le complément de toutes les autres vertus, qui lui sont fidèles ; elle ne sort jamais de la barque de la vie religieuse, et elle y navigue jusqu'à ce qu'elle soit arrivée au port du .salut. Elle n'est pas seule, mais accompagnée ; toutes les vertus

(1) François Tebaldi, un des plus aimés disciples de sainte Lilherine, était de Florence. Le donnent le titre de bienheureux.

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lui font cortège, surtout deux, la force et la patience. Klle est longue et constante. Pourquoi disons-nous longue et constante? parce qu'elle persiste, depuis le montent où l'arae commence à s'attacher à Dieu, jusqu'à la fin.

2. Elle ne se laisse arrêter par aucun obstacle. La prospérité ne l'ébranlé pas par une joie déréglée, pas plus que la légèreté du cœur, les consolations spirituelles et tout ce qui s'y rapporte. Elle n'est affaiblie ni par la tribulation, ni par l'injure, le mépris, les affronts qui lui sont faits, ni par le poids et les difficultés de la règle, ni par les ordres pénibles qui lui sont imposés ; toutes ces choses ne la font pas tomber dans l'impatience, mais elle supporte avec patience toutes les épreuves. Les combats que le démon lui livre par les fausses pensées, les craintes déraisonnables et les jugements défavorables à son supérieur, ne l'arrêtent pas, parce qu'elle n'est jamais sans lumières ; la lumière de la Foi brille toujours devant elle : la persévérance résiste à la crainte déraisonnable. Elle espère pouvoir tout par Jésus crucifié, et persévérer fidèlement jusqu'à la fin. Elle répond avec fermeté au tentateur qui trouble l'âme : Je ne veux, par aucune de ces pensées et de ces opinions, diminuer le respect que je dois avoir pour mon supérieur. Elle adhère saintement à la douce volonté de Dieu, sans vouloir juger la volonté de la créature, parce que la lumière lui a montré qu'en faisant autrement elle s'afïaiblirait et diminuerait l'amour et le respect de son obéissance. La lumière l'écIaire, afin que l'amour ne se ralentisse pas lorsque le démon . sous prétexte de faire mieux et d'avoir une paix plus

grande, lui conseille d'éviter la conversation et la présence de son supérieur, ou de ceux qui lui déplaisent. 11 faut au contraire s'en rapprocher davantage, et triompher de soi-même en combattant ses faux jugements afin que l'infidélité ne se nourrisse pas dans l'ànie, et ne l'entraîne pas dans le mépris.

3. Mon très doux, mon très cher et bien-aimé Fils, vous que j'aime comme mon âme, la langue de l'homme ne pourra jamais raconter tous les moyens cachés sous l'apparence du bien que le démon emploie pour nous détourner d'une longue persévérance, surtout sur le point dont je vous parlais tout k l'heure ; car, s'il vous fait tomber en cela, il pourra vous surprendre en d'autre choses. Si l'inférieur, dans son obéissance, perd la foi en celui qui lui commande, s'il écoute les suggestions de l'infidélité, le démon est maître du fondement où il devait élev^er l'édifice de ses vertus ; et celui qui par ignorance ne sait pas lui résister, se laisse enlever le principe de son obéissance : il sera négligent et prompt à juger les actions et les choses selon la faiblesse, et non selon la vérité. 11 sera impatient, et tombera souvent dans la colère ; il éprouvera l'ennui et le dégoût dans tout ce qu'il fera. Cette infidélité est un poison qui corrompt tellement le goût de l'àme, qu'une chose bonne lui paraît mauvaise, que ce qui est amer lui semble doux ; elle prend la lumière pour les ténèbres, et ce qu'elle avait vu en beau, elle le voit en mal; elle est véritablement empoisonnée.

4. Mais, mon Fils, vous me direz : Comment l'âme évitera-t-elle ce malheur? Je voudrais bien trouver un moyen de ne pas y tomber. Ce moyen, je vous le

dirai: C'est la simple vertu de la véritable humilité. C'est elle qui détruit tous ces pièges et qui sauve ramo, non pas en l'afTaiblissant, mais en la fortifiant, parce que la lumière lui montre que tout arrivo par la permission de la Bonté divine pour la rendre humble et la faire croître en vertu. Aussi elle accepte tout avec amour, en s'humiliant, en foulant aux pieds ses propres pensées , et elle résiste avec persévérance. Il y a, il est vrai, un autre moyen de résister, qui est lié à celui-ci : c'est de ne jamais fuir l'occasion ; car on ne fuira pas son sentiment intérieur, on le trouvera toujours vivace; et ce n'est pas par la fuite, c'est par le combat qu'on l'arrache. La persévérance, qui l'a vu à la lumière, se tient ferme et constante sur le champ de bataille; elle ne recule devant aucune tentation , mais elle emploie avec succès les armes de l'humble, continuelle et fidèle prière. Cette prière est une mère tout embrasée et enivrée du précieux Sang; elle nourrit les vertus sur son sein. Aussi il faut que l'âme vertueuse s'embrase de son ardeur, et que son cœur s'enivre du même sang. Le démon, les créatures , ou nos sens, qui nous perdent, pourront-ils jamais résister à de pareilles armes ! Quelle chaîne peut arrêter l'humilité? Rien n'est capable de lui résister, parce que la persévérance ne cessera d'agir, comme nous l'avons dit , jusqu'au moment où la charité mettra l'àme en possession de la vie éternelle , où se trouve tout bien, sans aucun mélange de mal. C'est là qu'elle recevra la récompense de toutes ses peines. Elle rend lïime si forte, qu'elle ne faiblit jamais; elle rend le cœur si largo, qu'il est capable de contenir toutes

les créatures, en les aimant pour Dieu comme sa propre vie.

5. Ainsi donc, courage, mon Fils; attachez-vous à la prière comme au sein de votre mère, si vous voulez être persévérant avec une humilité sincère. Ne l'abandonnez jamais, afin d'accomplir en vous la volonté de Dieu, qui vous a créé pour vous donner la vie éternelle, et qui vous a tiré de la boue du siècle pour courir et mourir dans la voie de la perfection. Oh ! que mon âme serait heureuse d*apprendre que j'ai un fils qui vit véritablement morta sa volonté, à son sens propre, et qu'il persévère ainsi jusqu'à son dernier soupir! S'il en était autrement, je ne m'estimerais pas heureuse, mais bien malheureuse; aussi je m'efforce d'éviter ce malheur en la présence de Dieu, où je vous offre par de continuelles prières. C'estpourquoi j'ai dit que je désirais d'un grand désir vous voir constant et persévérant dans la vertu jusqu'à la mort; et je vous prie, je vous conjure de la part de Jésus crucifié, de ne jamais perdre de temps, mais de vous plonger sans cesse dans le sang de l'humble Agneau, afin que l'amertume vous paraisse douce comme le lait, et que le lait des consolations, par une sainte haine de vous-même, vous paraisse amer. Fuyez l'oisiveté comme la mort; que votre mémoire s'emplisse des bienfaits de Dieu et de la brièveté du temps; que votre intelligence se contemple dans la doctrine de Jésus crucifié , et que votre volonté l'aime de tout votre cœur , de toute votre âme , de toutes vos forces, afin que tout votre amour et toutes vos œuvres soient consacrés à la gloire du nom de Dieu et au salut des âmes. J'espère que l'infinie Miseri-

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corde nous fera, h vous et h moi , la grâce qu'il en soit ainsi.

6. J'ai reçu une grande consolation des lettres (jue vous nous avez envoyées, car nous avions un grand désir de savoir do vos nouvelles. Il me semble que le démon n'est pas endormi et ne dort pas à votre sujet. Je m'en réjouis fort, parce que je vois que, par la bonté divine, le combat n'a pas fini par la mort, mais par la vie. Grâces, grâces en soient rendues au doux Maître, à l'Éternel, qui vous a fait une si grande fa* veur! A présent, vous commencez à comprendre que vous n'avez pas l'être, mais que l'être et que toutes les grâces qui y sont ajoutées viennent do Celui qui est. C'est lui qu'il faut remercier et louer; il veut que nous lui donnions la fleur, et il sera notre fruit. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu . Doux Jésus, Jésus amour.

CfX{63). — AU MÊME RELIGIEUX, dans l'île de la Gorgone. — De la coiiuaissanco de soi-mèinc, et de la lumière nécessaire pour l'acquérif, — • Des différentes sortes de prières.

AU NOM DE Jfc:SU;3CilLClFii: ET DE LA DOUCE MARIE

l. Mon très cher et très doux Fils dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir habiter la cellule de la connaissance de vous-même. Par cette

connaissance , vous acquerrez toutes les vertus ; et sans elle, vous vivrez dans toute sorte de vices, et sans aucune raison. Mais vous me direz peut-être : Comment pourrais-je arriver à cette connaissance, et m'y conserver ? Je vous répondrai : Vous savez bien que nous ne pouvons marcher sans la lumière ; nous serions dans les ténèbres, et les ténèbres seraient notre ruine. Dans les ténèbres, vous ne pourriez reconnaître les choses qui vous sont nécessaires pendant le chemin. Nous sommes tous des voyageurs et des pèlerins, qui doivent suivre la doctrine de Jésus crucifié. Les uns vont par les commandements de la charité commune, les autres par les conseils de la charité parfaite, sans oublier toutefois les commanments.Et dans cette route, personne ne peut marcher sans lumière ; car sans la lumière, on ne peut voir le lieu où il faut s'arrêter, et dans ce lieu, on ne peut discerner ce qui est bon et ce qui est nuisible. Ce lieu est la sainte connaissance de soi-même ; dans cette demeure, l'âme voit à la lumière de la très sainte Foi qu'elle est sur la route de la doctrine de Jésus crucifié.

2. Celui qui la veut suivre doit rentrer aussitôt en lui-même. Il y trouvera son principal ennemi, qui veut lui nuire, c'est-à-dire la sensualité recouverte du manteau de l'amour-propre. Cet ennemi a deux principaux compagnons avec beaucoup d'autres vassaux qui l'entourent. L'un est le monde qui s'est fait, avec ses vanités, ses délices, l'ami de l'appétit sensitif et de 865 désirs déréglés; l'autre est le démon avec tous ses artifices, ses pensées fausses et confuses et ses tentations, vers lesquelles la volonté sensitive inclia3

toujours, parce qu'elle se plaît dans ces pensées, quelle que soit la manière dont le démon les lui présente. Ces principaux ennemis ont beaucoup de serviteurs, qui tous cherchent à blesser l'ânic, si par la lumière elle ne se met pas à même de se défendre, lia raison prend la lumière delà très sainte Foi; elle entre dans la maison, elle maîtrise la sensualité, parce qu'elle voit qu'elle ne cherche et ne veut que sa mort, et qu'elle s'unit toujours à ses perfides ennemis. Dès qu'elle a connu ce danger à la vraie lumière, elle se lève promptement, elle tire le glaive de la haine des sens et de l'amour des vertus véritables, elle tue la sensualité.

3. Dès que cet ennemi est mort , les autres sont vaincus, et ne peuvent nuire à l'âme, si elle n'y consent. Cette lumière lui fait aussi connaître ce qui l'a secourue, sauvée de la mort et ramenée à la vie. Elle voit que c'est le feu de la divine charité; car Dieu, par amour, donne la vertu et la puissance à l'ârae, afin que par la force de la raison elle monte sur le tribunal de la conscience, et qu'avec la sagesse du Verbe, à laquelle elle participe, elle rende contre la sensualité la sentence de mort. La volonté, qui participe à la bonté du Saint-Esprit et à la douce volonté de Dieu, exécute la sentence avec le glaive dont nous avons parlé, et avec la main du libre arbitre. En voyant que Dieu est son salut, son secours, son protecteur, rame grandit dans, la connaissance d'elle-même par une lumière de vérité et par un feu ineffable et incompréhensible, qui brùie et consume chez elle tout ce qui est contraire à la raison, et anéantit dans la fournaise de la charité de

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