‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 58 sur 78 · II. — SMMi: GMiiEi'.i.v · texte numérisé non relu

II. — SMMi: GMiiEi'.i.v

2o4 LÈTTl'vIiS DE SAINTE CATHERINE

Dieu et du prochain toutes les vapeurs de l'amourpropre spirituel et temporel, tellement que i'àme ne cherche plus autre chose que Jésus crucifié. Elle veut le suivre par la voie des soutirances, comme Dieu le voudra, et non comme elle le décidera ; elle se laisse entièrement et librement aller à la douce volonté de Dieu.

4. Alors les ennemis ne peuvent plus la blesser; le bon Maître leur permet bien de frapper à la porte, et il le permet pour qu'elle soit plus attentive, qu'elle ne dorme plus dans le lit de la négligence, mais qu'elle veille avec prudence. C'est aussi pour éprouver si sa demeure est forte ou non, afin que si elle ne la trouve pas forte, elle prenne les moyens de la fortifier, qu'ehe voie à la lumière ce qui peut la rendre forte et persévérante, et que, l'ayant vu, elle s'y emploie avec un grand zèle. Qui est-ce qui nous rend forts et persévérants? C'est l'humble et conti-, nuelle prière faite dans la connaissance de nousmêmes et de la bonté de Dieu à notre égard. Si la prière était faite en dehors de cette connaissance, rame en retirerait peu de fruit. Cette prière a pour fondement l'humilité, et cette humihté s'acquiert dans la connaissance dont nous avons parlé. Elle est revêtue du feu de la divine charité, qui se trouve dans la connaissance que nous recevons de Dieu. Quant à la lumière, l'âme voit qu'elle est aimée de lui d'un amour ineffable. Cet amour se manifeste d'abord par la création, puisqu'elle a été créée à l'image et ressemblance de Dieu, et ensuite par le sang de l'Agneau sans tache, qui la fait renaître à la grâce. 5. Ces deux grâces principales renferment toutes

les autres grâces spirituelles ou temporelles, générales ou particulières. Cette lumière revêt lame do feu, et peu à peu viennent les larmes, parce que l'œil, quand il sent la douleur du cœur, veut y satisfaire. Il pleure comme le bois vert quand il est mis au feu; la chaleur lui fait répandre de l'eau. lien est de même pour l'âme qui sent le feu de la divine charité. Ses désirs et son affection s'enflamment, et l'œil pleure et montre extérieurement, autant qu'il est possible, quelque chose de ce qui est à l'intérieur; cela vient des divers sentiments qu'éprouve l'âme, ainsi que vous pouvez le voir dans le Traité des Larmes (1). Aussi je ne m'étends pas davantage sur ce sujet.

6. Je reviens en peu de mots à la prière. Je dis en peu de mots, parce qu'il en a été déjà question longuement. Nous pouvons prier de trois manières : la première est la prière continuelle que toute créature raisonnable est obligée de faire ; cette prière est le feu du bon désir, alimenté par la charité de Dieu et du prochain, qui fait accomplir pour l'honneur de Dieu toutes les œuvres en soi et dans les autres. Ce désir prie toujours, parce que le zèle de la charité s'élève sans cesse devant le Créateur, en quelque lieu, en quelque circonstance que l'homme se trouve, et quelque chose qu'il fasse. Quel fruit en reçoit-il? 11 reçoit une grande tranquilité d'âme; sa volonté est unie et soumise à la raison, et il ne se scandalise de rien. Il no trouve pas dur de porter le joug de la vé-

(1) Sainte Catherine cite elle-même son iJialogun, où elle traite des larmes depuis le chapitre LXXXVIII jusqu'au chapitre XCVIII. Cette lettre est sans doute (3crite de Rome.

ritable obéissance. Quand on lui impose des fardeaux ou des exercices manuels, ou quand il faut servir ses frères, selon les cas et les moments qui se présentent, il n'en éprouve ni ennui, ni trouble d'esprit, et il no se laisse point tromper par le désir de l'âme, qui voudrait jouir de sa cellule, des consolations et de la paix, et qui voudrait réciter des prières quand il faut faire d'autres choses. Je dis qu'il ne se laisse pas tromper par ce désir; il n'en éprouve ni ennui, ni chagrin, mais il exhale les parfums d'une humilité sincère et le feu de la charité envers son prochain. C'est à cette prière que nous a invités le glorieux apôtre saint Paul quand il dit que nous devons toujours prier (1) ; celui qui ne le fait pas, ne peut avoir ce qui donne la vie; et celui qui veut quitter cette prière, pour conserver la paix, perd la paix.

7. Il y a une autre prière, qui est la prière vocale que l'homme fait quand il dit l'office et récite quelques prières spéciales : cette prière est une préparation à la prière mentale. C'est le fruit qu'elle produit, si elle est fondée sur la première, et si l'esprit s'applique avec persévérance à recevoir et à augmenter le sentiment de le charité divine plutôt qu'à écouter le bruit des paroles. Il faut agir avec prudence; et quand on sent que l'âme est visitée, on doit cesser de prier des lèvres, à moins que ce soit un office auquel on est obligé.

8. On arrive ainsi à la troisième prière, qui est la prière mentale. Elle élève l'àmc et son désir au-dessus d'elle-même par la considération de la bonté divine et

(1)1 Thés., V, 17.

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