GXXXIV (88). - AU FRÈRE RAYMOND DE
CAPOUE , à Avignon. — Les tentations sont des moyens d'acquérir les vertus.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1 . Mon révérend Père dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir, vous et les autres enfants , revêtus du vêtement nuptial, de ce vêtement qui couvre toute notre nudité. C'est aussi une arme qui rend impuissants les coups mortels de notre ennemi, qui nous rend forts, et qui affaiblit tous les coups et les tentations du démon, du monde et de la chair qui veut se révolter contre l'esprit. Ces coups non seulement ne seront pas nuisibles, mais ils deviendront des pierres précieuses et des perles sur le vêtement de l'ardente charité. Si l'âme ne supportait pas les peines et les tentations que Dieu lui accorde d'une manière ou d'une autre, sa vertu ne serait pas éprouvée, car la vertu s'éprouve par son contraire. Comment s'acquiert et se prouve la pureté ? Par son contraire, c'est-à-dire par les tentations d'impureté. Car celui qui est livré à l'impureté n'a pas besoin d'être tenté , mais si la volonté est exempte de ses chutes, si elle est purifiée de toute souillure par le saint et vrai désir qu'elle a de plaire à son créateur, alors le démon, le monde et la chair la tourmentent : ainsi toute chose est vaincue par son contraire.
2. L'humilité aussi s'acquiert par l'orgueil. Quand riiomme se voit tenté par l'orgueil , il s'humilie aussitôt, en se reconnaissant plein de défauts et d'orgueil ; s'il n'avait pas été tenté, il ne se serait pas si bien connu ; et dès qu'il s'humilie et se connaît, il conçoit une telle haine contre lui-même, qu'il se réjouit de toutes les peines et de toutes les injures qu'il souffre. Il fait comme le vaillant chevalier, qui ne fuit pas les coups ; et il se trouve indigne du bonheur qu'il a de souffrir les peines , les tentations et les persécutions pour Jésus crucifié, parce qu'il se hait lui-même, et qu'il ressent l'amour de la vertu. Comprenez bien qu'il ne faut pas fuir et se plaindre dans le temps des ténèbres, car des ténèbres naît la lumière. 0 Dieu, mon doux Amour, quelle belle doctrine vous nous donnez! La vertu s'acquiert par ce qui lui est contraire; de l'impatience vient la patience. L'âme qui souffre du vice de l'impatience devient patiente au milieu des injures qu'elle reçoit, et impatiente contre le vice de l'impatience; elle se plaint plus de se plaindre que de toute autre chose. Ainsi, par les choses contraires, elle acquiert la perfection, et elle ne s'aperçoit seulement pas des progrès qu'elle a faits au milieu de toutes les tempêtes et des tentations, sans lesquelles elle ne serait jamais arrivée au port de la perfection. Vous voyez que l'âme ne peut recevoir et désirer la vertu, sans désirer et sans souffrir les épreuves et les tentations avec une vraie et sainte patience pour l'amour de Jésus crucifié. Nous devons donc nous réjouir au milieu des ténèbres et des combats, puisqu'ils sont la cause de la vertu et de la récompense.