LX. — AUX SEIGNEURS ET DIGNITAIRES
clinerai la tête selon que le Saint-Esprit me permettra d'obéir à vos ordres et d'aller où voudra votre bon plaisir, car je mettrai toujours la volonté de Dieu avant celle des hommes. Jusqu'à présent, je ne vois pas qu'il me soit possible de venir, parce qu'il faut que je traite une affaire importante pour le couvent de Sainte-Agnès, et que je reste avec les neveux de messire Spinello pour la réconciliation des fils de Lorenzo. Voilà bien longtemps que vous avez commencé à vous en occuper, et rien n'est encore terminé (1). Je ne voudrais pas que, par ma négligence ou par mon brusque départ, tout fût arrêté; je craindrais de déplaire à Dieu. Je reviendrai le plus tôt que Dieu m'en fera la grâce. Ayez patience, vous et les autres ; ne laissez pas remplir votre esprit et votre cœur de toutes ces pensées qui viennent du démon ; il voudrait empêcher l'honneur de Dieu, le salut des âmes, votre paix et votre repos. Je déplore la peine que mes concitoyens se donnent de me juger; il semble qu'ils n'ont pas d'autre chose à faire que de dire du mal de moi et de ceux qui m'accompagnent. Pour moi ils ont raison, car je suis pleine de défauts ; ils ont tort pour ceux qui m'accompagnent. Mais nous vaincrons par la patience ; la patience n'est jamais vaincue, elle est toujours victorieuse, et elle reste maîtresse. Ce qui m'afflige, c'est que les traits retombent sur ceux qui les lancent; souvent ils pèchent, et ils en sont punis. Je ne vous en dis pas davantage'.
(1) Sainte Catherine travaillait sans cesse à apaiser les inimitiés (le fiimille qui 'lésoiaient l'Itaiie au moyen âge. ( Voir la lettre d'Etienne Maconi. )
Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.
LXI (203). - AUX SEIGNEURS DÉFENSEURS DU PEUPLE ET DE LA COMMUNE DE SIENNE, lettre écrite en extase. — De la justice que nous devons à Dieu, à la sainte Église, et à nous-mêmes. — Le Pape Urbain YI est le vrai Souverain Pontife.
AU NOxM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Très chers Frères dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang avec le désir de voir hriller en vous la perle précieuse de la justice, afin que vous rendiez fidèlement à chacun ce qui lui est dû. A qui devons-nous? A Dieu, à la salate Église, à notre prochain comme Dieu l'ordonne, et à nous-mêmes. Voyons en quoi consiste cette dette. D'abord, nous devons rendre à Dieu, par l'amour, honneur et gloire à son Nom. Il nous adonné l'amour, car il nous a aimés avant notre naissance, et il nous a donné l'honneur en nous ôtant la honte où nous étions toaibés parle péché d'Adam. Il nous en délivre par le sang de son Fils qui donne le fruit de la grâce ; et c'est le plus grand bien que nous puissions recevoir, car il nous ôte la mort et il nous donne la vie. Nous devons lui rendre honneur et amour ; mais nous ne pouvons pas lui être utiles, et ce que nous ne pouvons pas faire pour lui, nous de-