‹ Lettres de Sainte Catherine de SienneChapitre 76 sur 78 · Je suis allée visiter celui que vous savez, et il en · texte numérisé non relu

Je suis allée visiter celui que vous savez, et il en

reçut tant de force et de consolation, qu'il se confessa et se trouva dans les meilleures dispositions. Il me fit promettre, pour Tamour de Dieu, que, quand viendrait le jour de la justice, je serais avec lui ; et, ce que j'ai promis, je l'ai fait. Le matin, avant le premier coup delà cloche, j'allai le trouver, et il fut grandement consolé. Je le menai entendre la messe, et il reçut la sainte Communion, dont il s'était toujours éloigné. Sa volonté était unie et soumise à la volonté de Dieu. Il lui restait seulement la crainte d'être faible au moment suprême; mais l'infinie bonté de Dieu le trompa, en l'enflammant d'un tel amour et d'un tel désir, qu'il ne pouvait se rassasier de sa présence. Il disait : Reste avec moi, ne m'abandonne pas, et je serai toujours bien, je mourrai content. Et il appuyait sa tête sur ma poitrine. Alors je sentis une joie et un parfum de son sang, qui était comme mêlé avec le mien, que je désire répandre pour le doux Époux Jésus. Ce désir augmentait dans mon âme, et quand je sentais sa crainte, je disais : Courage, mon d oux Frère, car bientôt nous serons au noces éternelles ; tu iras, baigné dans le doux sang du Fils de Dieu, avec le doux nom de Jésus, qui ne doit jamais sortir de ta mémoire, et Je t'attendrai a ieu de la justice.

4. 0 mon Père et mon Fils î son cœur perdit alors toute crainte ; la tristesse de son visage se changea en joie, et, dans son allégresse, il disait : « D'où me vient uune si grande grâce? Quoi ! la douceur de mon âme m'attendra au lieu saint de la justice! » Voyez quelle lumière il avait reçue, puisqu'il appelait saint le leiu de la justice. Et il ajoutait ; « Oui, j'irai fort et joyeux

et il me semble que j'ai encore mille années a attendre, lorsque je pense que vous y serez. » Et il disait des paroles si douces, que j'admirais la bonté de Dieu. Je l'attendis donc au lieu de la justice, et je l'attendis en priant et en invoquant sans cesse l'assistance de Marie et de Catherine, vierge et martyre. Avant son arrivée je me baissai et je plaçai mon cou sur le billot, mais je n'obtins pas ce que je désirais. Je priais et j'invoquais Marie avec ardeur, et je lui disais que je voulais, au moment suprême, pour lui la lumière et la paix du cœur, et pour moi la grâce de le voir retourner à sa fin dernière. Mon âme alors était tellement enivrée de la douce promesse qui m'était faite, que je n'apercevais plus personne au milieu de toute cette multitude.

5. Il arriva enfin, comme un agneau paisible, et en me voyant il se mit à sourire. Il voulut que je lui fisse le signe de la Croix, et quand il l'eut reçu, je lui dis tout bas : Mon doux frère, allez aux noces éternelles jouir de la vie qui ne finit jamais. Il s détendit avec une grande douceur, et je lui découvris le cou. J'étais baissée vers lui, et je lui rappelais le sang de l'Agneau. Sa bouche ne disait autre chose que Jésus, Catherine, et, en disant ces mots, je reçus sa tète dans mes mains.

6. Alors je fixai mon regard sur la Bonté divine, et je dis : Je veux. Aussitôt je vis, comme on voit la clarté du soleil. Celui qui est Dieu et homme ; il était présent, et il recevait le sang. Dans ce sang était un feu du saint désir, que la grâce avait caché dans son âme, et ce feu était absorbé par le feu de la charité divine. Dieu recevait ce sang, son désir,

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