IV
Cl*est très volontairement que le plus grand nombre embrassent le oélibût chrétien.
A cela y disons d'abord par rapport aux premiers que le nombre de ceux qui y sont forcés n'est pas à beaucoup prôs aussi considérable qu'on se plait souvent à le représenter; que dans dix mille on aurait souvent peine à en montrer un ou deux : car il est peu d'états auquel le monde soit moins porté à y forcer les autres. Disons ensuite qu'il est encore peu d'états ^ surtout lorsque l'engagement est perpétuel et solennel^ où l'on demande plus d'épreuves, et pendant des temps assez raisonnables pour empêcher d'y être forcé. Car dans les couvents il y a toujours un an, sou* vent dix«huit mois d'épreuves , et avant de faire leurs vœux, celui qui leur donne le voile leur demande : « Voulez-vous ce persévérer dans le dessein de la sainte virginité?» A quoi elles répondent : « Nous le voulons (i). » a Promettez-vous a de garder perpétuellement la virginité? Je le promets (S).» « Voulez^vous recevoir la bénédiction, être consacrées |i « Jésus-Christ notre Seigneur, et prendre pour votre époux a le Fils du Dieu très haut ? Nous le voulons (3). » A l'égard
(i) VuUis in sancta virginitatift proposîlo pcrseverare? Volumus. (9). Promittis te virginitatem perpetuô servare? Promilto. (3) Vultisbenedici et consecrari^ac Domino oostro |Jesus-CIiriâlo» summi Dci niio desponsari ? Volumus, Pontificale, de consecraiiouc virgînem.
des ordres sacrés^ l'on n'y est reçu qu'à l'âge de vingt et un ans accomplis; et avant d'être élevé au sous-diaconat, l'évéque adresse ce discours aux acolytes ; «Mes très chers fils qui vous présentez pour être élevés à l'ordre de sous^ diacre, considérez encore une fois et avec la plus grande attention , l'obligation que vous voulez contracter aujour^ d'hui. Car vous êtes libres maintenant, et il vous est très permis de retourner dans le siècle pour y prendre des engagements ; mais dès que vous aurez reçu cet ordre, vous ne le pourrez plus ; vous serez obligés de vous livrer pour toujours à Dieu, dont le service vaut un royaume; et vous serez obligés , avec le secours de sa grâce , de garder la chasteté, afin de ne vous occuper dans son Eglise que des fonctions du saint ministère. Pensez-y donc pendant qu'il est temps ; que si vous voulez perses vérer dans le saint engagement que vous avez choisi , approchez au nom du Seigneur (1) ?
Mais si ceux qui parlent de violence, avaient plus d'ex-» pérîence du monde , s'ils consultaient davantage les fa« milles , bien loin de dire que quelqu'un y est forcé par les parents , le plus grand nombre leur apprendrait que leurs enfants n'ont pris cet état que très volontairement, et quelquefois même contre le gré de leurs père et mère* Si après tout , malgré les plus sages précautions , l'on est parvenu à y violenter quelqu'un (ce que défend, comme on Fa vu, très expressément le concile de Trente (8) } , l'on r^iquera que les lois ne sont nullement garantes de ceux qui y sont assujettis malgré eu^ , et qu'elles ne peuvent
(1) Fîlif dîIectDsfmi , ad sacram Sab-HliiiGonatus Ordinem promovendi, iterùm atque iterAm considerare debetis attenté , quod onus hiodié ullrà àppetitis. HactenAs enim liberi estis , lieetque vobîs pro arbitrario ad sae? calaria vota transire ; quod si hune ordinem susceperitis , ampli us noa licébit à proposito resilire , sed Deo, cui servire, regoare est, perpetuô Ihmalari; et castitatem, illo adjuvante , servare oportebit, atque in Ecclesiae ministerio semper esse mancipatos. Proindé dùm tempus est , cogîtate , et si in sancto proposito perseverare placet , îo nomine Domiai , hocaccedilc.Id. dcordinalionesub'diacon. • : t
(2) Chap. an. 22, ' ■ ,-.uj
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pour un seul renverser Tordre et Féoonomié.uiliYerselle. Car si cela était , combien de lois inrudentes éilS^sages ne faudrait-il pas renverser! lorsqu'on conidd@ï'e;':{br exeikiple^ quelquefois la précipitation et le* peu de réflexion avec lesquelles se contractent certains inariages, les Ipis de l'Eglise et de l'Etat sont-elles responsable des incon-r vénients auxquels s'exposent les contràdtaibits ? Et lorsque d'ailleurs toutes les formes prescrites ont été obserrées , ira-t-on dissoudre l'indissolubilité de cette alliance , parce que quelqu'un prétendra y avoir été forcé qu trompé ?
P4mrquoi quelques -une te dégoûtent de leur
engagement.
Quant aux seconds que Ton dit se repentir d'avoir choisi cet état y et qui voudraient pouvoir être dispensés de leur engagement ^ il y a d'abord toute apparence que ceux-li ne grossissent que trop encore lé nombre des dédamateura de la sainteté du célibat cbrétien. Mais y leur dira charitablement l'Eglise^ ne vous conviendrait-il pas plutôt de cacher votre honte et de faire pénitence de vos fautes, que de la laisser entrevoir et divulguer par de tels dis* cours ? et de faire connaître que votre regret ne vient ou que de lâcheté, ou que d^un dégoût mal placé, ou que d^m esprit d^nconstance , ou enfin parce que vous n'avex nullement employé les sages précautions que vous deviez prendre pour ne pas vous exposer au péril, ou parce qu'en un mot, vous n'avez choisi un état aussi saint que par le^ vues les plus mondaines? Car il est certain que ces derr niers surtout auront toujours beaucoup moins 4^ force pour résister aux tentations^ que ceux qui ne s'engagent dans cet état que par les vues les plus pures et dans le seul dessein de glorifier le Tout-Puissant, et de servir l'Eglise. Mais si d'autres encore ne prennent ces engagements que pour jouir des privilèges , des honneurs et de$ avantages temporels de l'Eglise, conviendrait-il pour eux
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de détruire ta discipline sage et céleste qu'elle n'a établie que pour ceux qui ne sont employés qu'aux fonctions sacrées du saint ministère ?
Ainsi , pour remédier à tant dp maux , les véritables réformes que l'on devrait proposer seraient, par exemple, d'obliger tous ceux qui possèdent des bénéfices ou à y renoncefj ou à s'engager d'une manière utile et édifiante pour la maison du Seigneur : ce serait d'éprouver plus que jamais les dispositions de ceux qui se présentent ; rédaire l'état ecclésiastique uniquement à ceux qui sont utiles i ITglise, soit par leurs fonctions, soit par leurs bonnes œuvres et prières ; ce serait de diminuer peut-être la multitude de places qui ne sont briguées qu'à cause du repos et de l'indolence dont on y jouit; ce serait, non pas comme le voudraient plusieurs , détruire l'ordre monastique , mais en modérer le trop grand nombre ; ce serait enfin de faire rester dans le monde tous ceux en qui l'on ne voit aucune des dispositions requises pour honorer l'état ecclésiastique et en remplir les engagements. Dès lors on trouverait encore par toutes ces réformes un grand nombre de snjeli plus utiles aux vues politiques des souverains et moins nuisibles à l'Eglise. Car elle n'a établi le célibat que pour que ses ministres, dégagés des sollicitudes de ce monde, en fussent plus libres à ne s'occuper que de Dieu et des moyens de le servir d'une manière qui lui soit agréable. Elle a toujours condamné la conduite des autres, mais elle a toujours soutenu la dignité du sacerdoce et la pureté nécessaire à ses ministres. Elle a toujours regardé les premiers comme des usurpateurs des biens ecclésiastiques et des hommes qui n'excitaient que ses larmes ; mais elle n'a cessé de louer ceux-ci, de les encourager dans la vie angélique qnlls ^efforcent de inener , et dans les saints travaux qu'ils entreprennent pouf conduire les Ames dans la Toie du salut
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