‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 2)Chapitre 13 sur 108 · CALVIN · texte numérisé non relu

CALVIN

m SON INStiTUTlON (1).

41 Comment que ce soit , partout où la pafole do (( TËvangile est révéremment écoutée et les sacrements- « ne sont point négligés , là parait pour ce temps cer^ (( taine forme d^EgUse dont on ne peut douter, et de « laquelle il n^est pas licite de condamner l'autorité , ni <c mépriser les admonitions , ni rejeter le conseil , ou <( avoir lès càstigations en moquerie.

Cl Quant à ce que nous disons que le pur ministère f( de là parole , et la pure manière d^adminiistrer les Sa- (( erements e^t bon gage et arrhe pour nous assurer qnlt H y a Eglise en tbutes compagnies oû nous verrons Tunl <c et Tautre , cela doit avoir telle importance , que ûoui <t ne devons rejeter nulle assemblée laquelle retienne «c rune et Tautre , combien qu^elle soit sujette à ptu- ^ sieurs vices. Qui plus est; il y pourrait avoir quelle que vice ou en la doctrine ou en la façon d^admiiiistrer « les sacrettientSy qui ne nous devra point du tout aliéner <f de la communion d'une Eglise , car tous les exercices f( de la doctrine de Dieu ne sont point de la même (c sorte ; il y en a aucuns dont la connaissance est tel- <r lement nécessaire , que nul n^en doit douter non plus «f que d^arrët ou de principe de la chrétienté, comme, « pour àemple , qu^il est un seul Dieu, que Jésus-Christ « est Dieu et Fils de Dieu , que notre salut est en sa

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(c seule miséricorde , et autres semblables. Il y en a c( d'autres , lesquelles sont en dispute entre les Eglises y <( et néanmoins ne rompent pas Tunité d'icelles. »

Ce sont , non-seulement les sentiments , mais encore les propres termes de Calvin , qui a lui-même traduit en français le latin de son institution touchant la véritable Eglise.

Il veut que « la parole de TEyangile y soit révérem- « ment écoutée. »

Que <( les sacrements n'y soient point négligés. »

Et que l'on y retienne du moins ces articles de la divine doctrine^ ce dont la connaissance est tellement né- <( cessaire à salut (pie nul n'en doit douter , » qu'il appelle c( arrêts bu principes de chrétienté , )) et qui sont proprement ces points de créance et de religion que les ministres appellent fondamentaux.

Or , ni Calvin ni ses sectateurs ne peuvent pas nier que ces trois privilèges ne soient dans l'Eglise romaine, et par conséquent qu'elle ne soit vraie Eglise de Jésus- Christ,

La parole de Dieu y est écoutée et reçue avec tant de respect ^ qu'il n'est point de catholique qui dès l'enfance n'ait été formé à voir dans la chaire des prédicateurs la chaire de vérité y et Dieu même dans ceux qui parlent en son nom ; elle y est prèchée avec tant de zèle, d'onction et de fruit , qu'il est impossible de faire une sérieuse réflexion sur le feu que ce zèle allume dans les ftmes, sur la dévotion que cette onction répand dans les cœurs , sur les merveilles que produisent ces heureux fruits , et sur les autres avantages que les sermons des^

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catholiques ont. sur les prêches des. ministres , sans JÈtre convaÎApu que des deux religions , la seule caitboUque e$t la religion de J^sus-Clhrist.

Les ministres prêchent d^une manière pesante , intir pide et tout-à-fait, glacée f il n^ & en leurs prêches ^ ni mouvements , ni onction , ni dévotion , ni ardeur ; cjs sont des disooui's académiques plutôt que des prédicar tiipns. Durant les quarante premières années de leur prétendue reformations la plupart ne prêchèrent que sm TApocalypse^ et on n^entendit parler dans les temples que de sauterelles sortir du puits ;de rablme, de la grande Babylone et de la bête à plusieurs cornes ; leurs audi^ teurs furent si ennuyés des rêveries qu'ails entendaient sur ce sujet , et des fausses interprétations que Ton donnait aux mystérieuses révélations de .saint Jeap^/qu^iis furent contraints en leur synode national de Charento^i, en Tannée 4 596 , d^ordonner que nul ministre ne pourr rait à Tavenir exposer TApocalypse, « sans Favis ou (( conseil du colloque ou synode provincial. ».

A-t-on jamais vu après le prêche d'^un ministre ^ dfi& ennemis se réconcilier et s^embrasscr : des usuriers &ire restitution du biep mal acquis ; des débauchés changer de vie , renoncer au libertinage et faire profession publique de la dévotion et de la sainteté ; ou des femmes abandonnées , soit publiquement j soit secrètement , pleurer leur péché , avoir horreur du désordre de leqr vie,.et devenir, comme Magdeleine , des victimes de pé' nitence et de véritables amantes de Jésus-Christ ?

Les Hollandais ont aujourd'hui le grand commerce des Indes ; leurs ministres y vont avec eux , y flxent

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leor éC^ouf , i^y mriettt «t y bercent le»rs foiictioi»^ parmi tant 4d «niÉistfeftipn eut passé aux Iiid€s, m cM^ il aucun qui par ses prèehes et par son zète dt tiOfiTerli im seul MUage du ncuveau-monde; qui ait porté we seule bouv^aâe de oes idolâtres, à ibriser et à brûler se» idole» ;, ft risiioiieer A la fteraUté des^femnes , à detM»der U tèptMM et ^ embrasser la ibt de Jéi^^canîst ?

Ces eonver sions de^ particiiliers^t des natiôlDs^ntièi^ BOUt d«s ouftoges et des ttiiiaeles de la gràee^ '<)ue tNeo M> ftift que éOA tk véritable ËgRse de son Fits , et par )b niittiMère de ceux qiii oùt mfS^fdii M qui prédirent rÊvàftgile dans sapuretéé II tte faut pas attendre ces toètrerlles dans une Istusseteligtofi; le Saint-Ë^t ne saurait, pour toueber les eceurs , en arracher tliifidéifté^ y détruire le tieo et y faire régner la fol et ta «atâtété> se «er^r de ces bouches 'corrotfipifres et de ces langues perfereeë qui ue prèdieÉt^ue Terreur M le fnensonge.

Quant aux sacremenb, que Calvin donne pour une atttre marque de la vraie Eglise , s^ils u^ sont pas négligés , la prétendue réforme nVu adfâet que deux , le baptême et k cène; mais ces deux sacrements peuvent-ils 6tre phis ouvertement négligés , méprisés et dégradés quHs le sont dans le calvinisme? et peut-on les avoir en plus grande vénération , tes recevoir atee plus de respect et leur teudre de plus grands honneurs qu\)n ne le fait dans l^^se romaine ?

• Dans la prétendue réforme on eroit et on prêche que le baptême n^^t point ùéeessaire au salut , et ou laisse mourir les enfetttsisans les baptiser. Mettre ce sacrement parmi les pratiques iodifférentes peut la vie étemelle »

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n*eftl-M pas le.n^igsr et)ie mépmtr ? Dtnsif^lise BOQiainey au. Qontram^ lon leimit si. nécessaire^ ^aen*- .seubmiefit auK adultes,, mais eacoreMs enfants^ qu?a6n ,<pi^jaueim ne imeare sans falloir r^u f Où permetiè ehi^ onnde Tadmiittstrer lersqn'H y. a dange^^ de morL Peuton rarôir en iplus. grande esUtne que de soutenir ifne sans sa vertu nul nepeutAtneunii iésua^CbrîBt nitn«tr^r.dans le cid ?

Dans la prétendue réforme II nV a point de cène^jHmr les maladesi, et on Jes laisse mourir sans>la leur donnei^ n^esl*ce pas lui» entendre à tout le monde qu'on ne met pas grande (différence entre k pain de la cène et celui <pi^<m vend chez le boulanger , et que Fim n^a pas plus d^eificaeité que Tautre pour sanctifier TAnie etJa nnlliie en état de paraître doraMt scm.Oieu ? Dans ISgUse ta. maineon donne r£udharistie aux malades, étionn'y soirffre point que leS'âdèles parlent de ce monde sans ce viatique. Cmre que Jésus-Gbrist est présent dans ee sacrement, non pas d^une présence métapliorique, mais dVme présence aussi véritaMe ^que dans leeiél, l^dorar jusqu'au dernier moment de h vie, et s^ostimcr beureut de rendre l'àme après Tavoir reçue ,'est-HDe le négliger i estHse le mépriser?

Bien loin que la prétendue réforme ptrisse se flatter et se vanter de ne point négliger et ^ ne peint m^ser les sacrements , pour être convmncu de ia Aiosseté iè sa Déformation , il suffit de foire nSDexinn mr ia tim^ geanee que la justice divine exerce sur «die par fe mépris de ces deux sacrements i, et par les marques sen>^ sildes de réprobation que «ette funeste prîvntion fait porter aux calvinistes.

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Notre vie a son eommeoeetnent et sa fin : Pâme entre en ee monde par la naissance et elle en sort par la mort; elle y entre criminelte et esclave du péché d'origine; elle en sort, si la divine miséricorde ne lui fait gràee, souillée des péchés qu^elie y a commis , et ordinairemmt plus coupable quMle n^ est entrée. Jésus-Christ a institué le baptême pour la sanctifier et la laver du péché originel quand elle y entre , et Peucharistie pour la pihrifier et la fortifier quand elle en sort; mais la divine justice, par une vengeance visible et sensible, a tellement abandonné ceux qui se sont séparés de TEglise romaine et les a laissés tomber dans un aveuglement si profond , qu^eux-mëmes ont condamné ceux qui naissent dans leur religion à être privés du baptême ^ et ceux qui y meurent À ne point faire la cène ; laissant mourir les enfants dans le péché originel avec lequel ils sont nés , et les adultes dans les crimes qu^ils ont commis durant le cours de leur vie sans leur en donner le remède ; et ce remède , en vain s'efforceraient-ils de le leur donner, puisque leur cène étant un pain commun et non le corps de Jésus* Christ , ne serait pas capable de les aider à mourir chrétiennement.

Qu^on laisse mourir les enfants isans leur donner le baptême, il n^est pas héeessaire pour le salut ; qu^on ne donne point la cène aux malades , elle est inutile pour là rémission des péchés et pour rendre sainte la mort. Voilà la créance et la: discipline des calvinistes touchant ces deux sacrements. Peut-on les négliger, pour me servir du terme de Calvin , plus ouvertement ? ou plutôt» peut-on les traiter avec pjius de mépris? n^est-ce pas

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Ie$ dégrader eotièrement et les mettre au rang de simples cérémonies ? Mais peut-on porter les marques plus ^sibles de la réprobation que d-étre d^une religion où, s(Ht que Ton y meure enfant, soit que Ton y meure avancé en âge , il est de la dernière indifférence pour le salut de mourir sans avoir reçu aucun sacrement ?

Quant aux points fondamentaux de la religion chrétienne; qui sont la troisième qualité que Calvin demande à une Eglise pour être vraie Eglise de Jésus-Christ , les protestants donnenfcette louange è TEglise romaine^ de les retenir tous ; les ministres même de ce temps , bien loin de Paccuser dVn rejeter aucun j lui reprochent d^en avoir un trop grand nombre; ils lui reprochent, non pas le défaut , mais Texcès de créance ; ils la condamnent , non pas dVoir retranché aucun des articles de foi né^ cessaires au salut, mais d'y en avoir ajouté. Ainsi il n^est personne dans FEglise romaine qui n'ait la con«solation d'être assuré que j même de Taveu de ceux qui s'en sont séparés , il a tous les principes du christianisme , toute la divine doctrine , tous les points Iodk damentaux de la religion et tous les articles de foi nécessaires pour être sauvé ; un calviniste , au contraire , est contraint d^avouer que jusqu'à maintenant il lui a été impossible de savoir dans son parti quels sont les points fondamentaux de religion et les articles de foi , dont la créance est absolument nécessaire , leurs ministres n'ayant pu encore être d'accord, dans leurs synodes, touchant ces points fondamentaux.

Il a beau se flatter ; il a beau faire des efforts pour étouffer la voix de la conscience et émousser la pointe

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de ses remords ; sa ccmscienoA bii dît toq'ours au fond de rame: « li est Traite tes ministres te font accroire « que ta as la créance nécessaire pour le salut ; mais it les catholiques n^en sont pasd^accord; ils soutiennent, fc non-seulement que tuue crois pas ce qu^il faut croire^ (f mais encore que tu crois ce que Dieu Ta défendu de « croire. » Ainsi il y a bien de la difiérence entre un catholique et un protestant :. le protestant avoue que le catholique peut être sauiné ; que la créance de l'Eglise romaine ne détruit pas la foi et ne le rend pas digne de la damnation étemelle , et en ce point le catholique et le protestant sont d^accord. Mais le catholique soutient que le protestant est hérétique; que sa créance est contraire à TËvangilCvet qu^il sera damné, quand il n Wait point d'autre crime que celui de rejeter les articles, que l'Eglise , de laquelle il s'est séparé , reçoit comme articles de foi f et en ce point , le protestant n'est pai d'accord avec le catholique. Or , lequel des deux a plus de sujet d'être persuadé d'avoir la foi, d'être dans te vraie Eglise , et de marcher dans le chemin du salut? j'en laisse le jugement à ceux qui sont capables de raisonner^

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