EN SON INSTITUTION
<( Encore que f accorde que Rome ait été jadis mère «< de toutes les églises , depuis qu^elle a commencé <( d^étre le siège d^Antechrist ^ elle a laissé d^tre ce <( qu'elle était. >»
Il a été impossible à Calvin , quelque rage qu'il ait eu contre TEglise romaine et contre le pape , de s^empè-* ther d^avouer que Rome est la mère de toutes les églises^ et que c^est de Rome que toutes les églises ont reçu la foi. Etre donc de TEglise romaine ^ c'est être enfant de la mère de tous les chrétiens et de tous les fidèles § et peut-on refuser la qualité de vraie Eglise de Jésus-^ Christ à celle qui est la mère de tous ceux qui sont frères de Jésus-Christ , et qui les a enfantés tous à Jésus-Christ par le moyen de la foi qu^elIe kur a corn* inuniquée, de la doctrine qu^elle leur a enseignée, et des sacrements à la participation des^els elle les a reçues ? Se peut41 faire que la mère de toutes les églises chrétiennes et catholiques ne soit pas elle-^mème chrétienne et ^tholique ?
Mais TAntechrist lui a ravi cette qualité de mère depuis qu^elle en est devenue le siège ? Il faut avouer que cet Antéchrist a rendu de grands services à Calvin et aux ministres : et encore qu^l ne soit pas né encore , et que Ton ne sache pas en quel siècle il doit naître , néanmoins
(1) L.IV,c, vii,n. 24.
il à bien fait parler de lui dans les temples des protestants^ et il est bien vieux, puisque, si nous en croyons Luther et Calvin, il y a déjà plusieurs siècles que Rome est devenue son siège. Il est vrai quMl n^est pas meir^ veille si les ministres parlent si souvent de cet Antéchrist, et sMI est en leur bouche ce que le loup est en celle des mères et des nourrices , pour intimider les enfants et les empêcher de sortir de la maison. Si les ministres ne criaient continuellement que le pape est PAntechrist et que Rome est son siège , ils se verraient bientôt abandonnés , et les enfants retourneraient bientôt dans le sein de la mère dont Thérésie les a arrachés*
Mais cet Antéchrist n^a-t-il pas de grands avantages^ non-seulement sur tous les hommes , mais encore sur Jésus-Christ, tout Dieu qu^il est? Les hommes meurent et ne ressuscitent qu^à la fin des siècles ; Jésus^Christ est mort et n'est ressuscité qu^me fois ; mais cet Antéchrist dont Rome est le siège , meurt et ressuscite or-» dinairement quatorze ou quinze fois dans un siècle. En effet , un pape meurt, voilà PAntechrist mort ; un autre lui succède en la papauté , voilà PAntechrist ressuscité. Or , il est peu de siècles qui ne donnent quatorze ou quinze nouveaux papes.
Ce n^est pas sans dessein que Calvin a traité le pape d^Antechrist, et que les ministres veulent le faire passer pour tel. Grotius, dans le traité où il donne la véritable et littérale explication des textes du nouveau Testament où il est parlé de l'Antéchrist^ a découvert le secret de leur politique sur ce point. <( Les intérêts , dit-il , de « ceux qui souhaitent que le schisme soit perpétuel et
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« qui tremblent au seul nom d'unité de TEglise et de « concorde, demandent que le monde croie que le pape « est rAntechrlst, et qu^il est impossible qu'il ne le soit « jusques à la fin des siècles ; s'il n'y avait point de é( schisme, plusieurs n'auraient pas le moyen de vivre. »
En effet , les prétendus réformés ne reviendraient-ils pas en foule à l'Eglise romaine , si les ministres ne les entrenaient dans cette erreur , que le pape est l'Antéchrist et que Rome est la Babylone dont il est parlé dans l'Apocalypse ? Et que deviendraient les ministres , leurs femmes et leurs enfants , si ceux qui leur donnent le pain et qui les nourrissent, revenaient dans le sein de la mère des fidèles ?
Il ne faut pas croire néanmoins que Calvin , Luther^ Bèze et les autres chefs de parti , aient été si ennemis de ce prétendu Antéchrist , que chacun d'eux ne se ftit estimé heureux de l'être. Quelque rebelle que Calvin fût à l'Eglise romaine, Rome lui eût paru un plus beau siège que Genève , et il n'y a point de ministre qui , sans crainte d'être idolâtre et de faire une action indigne du chrétien , ne baisât avec des respects très profonds les pieds de cet Antéchrist , si sa main lui présentait ou un bonnet rouge ou une mitre , et encore quelque chose de moins.
Cet empereur qui se vantait d'avoir deux religions , une pour soi , une autre pour son empire , est assez célèbre : les ministres ont deux créances différentes , une pour la chaire du temple et pour leurs auditeurs , et une ^utre pour eux et dans le fond de leur àme. Mais la conscience et l'Evangile souffrenl-ils que l'on prêche des
erreurs de la fausseté desquelles Ton est eonvaincu , et que Ton perde les âmes par de sottes impressioBS qu'on leur donne sur nos mystères, et sur la créance de PEgltse romaine , et par de faux portraits de celui qui en est le chef visible ; c^est ce dont je laisse le jugement à ceux qui savent que toute àme est le prix des souffrances du - Crucifié , et que la retenir dans le chemin de perdition pour l'envoyer en enfer , c^est se rendre comptable dusang de la victime du Calvaire.
Quand les Catalans présentèrent leurs privilèges au comte duc d^OIivarès , ce premier ministre d^Espagne leur répondit que ces privilèges étaient bons du temps des Arbalestes : lorsqu'un ministre prêche que le pape est FAntechrist , il ne faut pas lui faire cet honneur de se mettre en peine de le réfuter, mais il faut se contenter de lui répondre que ces chansons étaient bonnes du temps que les Psaumes de Marot et de Bèze étaient à la mode 9 et que la fable de la papesse Jeanne passait pour une histoire; mais maintenant que les Psaumes de Marotet de Bèze sont décriés, que Fair Ae petite camtcsetfe, et les autres de la cour de ce temps-là , sur lesquels ils furent mis en musique , ne seraient pas même capables d'arrêter des crocheteurs sur le Pont-Neuf; maintenant que leurs savants Blondel , Grotius et Saumaise ont fait voir que cette papesse Jeanne n'étaient qu'un roman , qu'ils ont écrit en faveur de la primauté du pape, et montré que cette souveraineté spirituelle était légitime , conforme à l'Evangile et reconnue de toute l'antiquité : dire que le pape est l'Antéchrist , c'est passer parmi les savants et parmi les gens d'esprit pour un ignorant qui
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n^a lu que quelque roman , ou quelque livre de Dumouliu et de Drelincourt*
A une personne qui est capable de raisonner et de faire réflexion sur ee qui se passe en France et en Angle-* terre, cet Antéchrist sufBt pour lui rendre visible et sensible la fausseté de la religion prétendue réformée.
En effet , en Angleterre le roi est reconnu des pro-f testants comme chef de toutes leurs églises anglicanes , comme vicaire général de Jésus-Christ dans tous ses Etats , et souverain en ce qui concerne le spirituel ; et néanmoins c^est un crime de lèze-majesté divine et humaine de le soupçonner d^ëtre TAntechrist. En France, le successeur de saint Pierre est reconnu pour le chef visible de TEglise , pour vicaire général de Jésus-Christ en terre , et pour souverain spirituel ; c^est donc TAntechrist , disent les ministres.
Mais ce qui est encore plus surprenant et qui nous paraîtrait incroyable , si tous les historiens modernes n'en étaient d^accord , et si la chose n^était si publique et si notoire, qu'il est impossible, à ceux mêmes qui en rougissent et à qui on la reproche, de la nier : en Angleterre, on a reconnu une femme (i), la reine Elisabeth , pour papesse; les protestants, dans le serment de fidélité qu^elle exigeait d'eux , déclaraient a que cette reine « était seule souveraine et gouvernante du royaume « d^Angleterre, et qu^elle ne Fêtait pas moins en toutes « les choses spirituelles et ecclésiastiques qu^ès causes <( temporelles. » Qu'elle avait le pouvoir a de visiter^ a réformer, corriger , et condamner les erreurs , les
(i) La mène diose se renouvcllo sous nos jens.
(( hérésies etles schismes , et que les personnes quelle a établissait pour la conduite des âmes , étaient légiti-- <( mement établies^ et a>i^aient le pouvoir nécessaire pour « les gouverner. » Et néanmoins les ministres n^ont jamais eu la pensée de prêcher que cette princesse fot FAntechrist. Ne faut-il pas être tout-à-fait aveugle , poor ne pas voir qu'une religron à qui la souveraineté spirituelle parait un monstre en^ France , mais non pas en Angleterre , qui refuse de reconnaître le successeur de saint Pierre pour chef de toutes les églises , en même temps qu^eHe donne à tout le corps des protestants d^ Angleterre une tète de femme , ne saurait être la véritable religion de Jésus-Christ ?
LE MÊME
EN L^EPITAE A LELIVS ZOZIN , ITALIEN.
<c Ce que je dis , que les restes de TEglise sont en« <Y core en la papauté , je ne le restreins pas aux élus « qui y sont dispersés ; mais j^entends que les ruines <c de PEglise dissipée y sont , et aGn de nVoir pas à « disputer , et à donner des raisons qui demandent un « long discours , nous devons nous contenter du té- « moîgnage de saint Paul , qtii dit que l'Antéchrist <( sera assis dans le temple de Dieu : quoique je croie « d'avoir prouvé , par des raisons assez fortes , que « dans la papauté il reste toujours quelque Eglise ^ « quoique ruinée à demi , et si vous voulez tout-à-fait «( ruinée et diiïorme. i»
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LE MÊME
BN L^ÉPITRE AU CARDINAL SADOLBT/
« Mais quelle arrogance , me direz-^vous , est-Hse y n de se vanter que nous seuls sommes l'Eglise ^ et de c( prétendre que tout le reste du monde ne l'est pas ? <t Quant à nous , M. Sadolet , nous ne nions pas que a les églises que vous gouvernez ne soient des églises a chrétiennes ; mais nous disons que Pévëque de Romci. « avec tout le troupeau des faux évêques y sont de a grands loups. »
Calvin , en ces deux épltres , n'en veut qu^au pape ^ et à ceux quMls prétend être indignes de Pépiscopat ; pour le reste de l'Eglise romaine , il avoue que c^est le temple de Dieu , qu^en conséquence les particuliers qui sont enfants et membres de cette Eglise sont des pierres vivantes et animées du temple du Dieu vivant , et que les églises qui sont gouvernées par ceux à qui il donne la qualité de faux évéques et qu^il voudrait faire passer pour des loups , sont de véritables églises chrétiennes,