MINUS CELSUS
SECTION 2** DU TRAITE INTITULÉ : QU^L NE FAUT PAS CONDAMNER A MORT LES HERETIQUES.
(( Mais Calvin ne nie pas que les églises papistiques ne soient vraies églises du Christ ; encore qu^'l reconnaisse que leurs évèques sont des loups et membres
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<i du diable. Et, par conséquent, si elles sont églises
a de Christ, Ton ne peut pas dire quelles soient dehors;
c( car elles appartiennent à Christ aussi bien que les
« ndtres. »
LA CONFESSION D^USBOURG.
c( ART. XXI. — C^est l^abrégé de la doctrine qui est II enseignée dans nos églises , et que nous jugeons être <f conforme à TËcriture prophétique et apostolique , à <c TEglise catholique , et enfin à TEglise romaine , « en tant quMle nous est connue par les écrivains <c approuvés. »
Si les protestants ou les luthériens n^eussent été convaincus que TEglise romaine est vraie E^ise de Jésus- Christ, et que chacun y peut faire son salut, ils nVussent pas mis dans leur confession de foi , appelée com-^ munément la confession d^Ausbourg , parce que ce fut à Ausbourg qu% la présentèrent à Tempereur Charles-» Quint j que leur créance et leur doctrine est conforme à celle de PEglise romaine.
Mettre en même rang PEcriture prophétique et apostolique , la créance de PEglise catholique , et la doctrine de TEglise romaine , c^est avouer que TEglise romaine n^euseigne rien de contraire , ni à TEcriture prophétique et apostolique , ni à la créance de TEglise catholique. C^est condamner tout ce que les Prophètes et les Apôtres condamnent, tout ce que TEglise catholique u'admet point , et tout ce que TEglise romaine rejette; c^est, enfin, dire que vivre et mourir dans la profession
de la créance de T Eglise romaine, cVst vivre et mourir dans la profession de la créance des Prophètes , des Apôtres et de PEglise catholique.
Donner cette louange à un conquérant dont on fiait le panégyrique, que sa vie a été semblable à celle de César et d'Alexandre , c'est avouer que la plus grande gloire de ce conquérant est d^avoir été un autre Alexandre et un autre César. Les protestants soutiennent dans leur confession de foi que leur doctrine est conforme à celle de l'Eglise romaine ; ils sont donc persuadés et déclarent ouvertement que le phis grand avantage qu'une doctrine puisse avoir y c^est d^étre la même avec celle de TEglise romaine , et que la marque visible de. la faus« seté d^une créance , c^est d'étce opposée à celle de cette Eglise romaine. Enfin c'est faire savoir à toute la terre que la doctrine de TEglise romaine est sans erreur y saine et orthodoxe^
En effet , si on la soup<;onne entachée de quelque erreur et de quelque dogme contraire aux vérités de PEvanglle , protester dans une confession de foi qu'on tient une doctrine qui lui est conforme , ce serait se condamner soi-même , et avouer faire profession d'une créance erronée et contraire à l^criture ; ce serait se^ déclarer hérétique.
LES EGLISES PRETENDUES REFORMEES DE FRANCE y ASSEMBLÉES EN SYNODE NATIONAL A CRARENTON ,, l\n 1 631 .
« Sur la demande faite par la province de Bourgogne^, « si les fidèles, suivant la confession d'Ausbourg , pour-
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(f ront être reçus à contracter mariage , et présenter
c( des enfants au baptême de nos églises , sans abjura-
(( tion précédente des opinions qu^ils tiennent contraires
<( à la créance desdites églises : le Synode déclare qu^at-
H tendu que les églises de la confession d^Ausbourg
<f conviennent avec les autres réformées es principes et
(f points fondamentaux de la vraie religion , et qu^il n^y
<i a en leur culte ni idolâtrie ni superstition , les fidèles
« de ladite confession qui , avec esprit de charité et
« vraiment paisible , se rangent aux assemblées publi-
(c ques des églises réformées de ce royaume et désirent
a leur communion , pourront sans faire abjuration être
<c reçus à la sainte table et contracter mariage avec les
<f fidèles de notre confession , et à présenter en qualité
« de parrains des enfsints au baptême, en promettant
« au consistoire qu^ils ne les solliciteront jamais à
c( contrevenir, soit directement^ soit indirectement, à
4( la doctrine crue et professée en nos églises , mais se
<( contenteront de les instruire es choses desquelles
« nous convenons tous. )>
LES ÉGLISES PRETENDUES REFORMÉES DE FRANCE , ASSEMBLÉES EN SYNODE NATIONAL A LOUDUN , L^AN 1659.
(( En exécution de Particle du synode national de « Charenton de Tan 1 631 , lorsqu^il se rencontre quel- <( ques-uns de la confession d^Ausbourg qui sont apte pelés luthériens , pour présenter des enfants an bapu têmC; n^ayant point auparavant participé à la sainte
Cl cène avec nous ; la compagnie ordonne que les consis^ « toires prendront une particulière connaissance de leurs <c dispositions , s'ils se rangent à nos assemblées avec € cet esprit de charité et vraiment paisible que ledit (f article requiert y auquel cas les recevront ; ce qui sera. <f pareillement observé à Tégard des mariages. )>
Le premier des deux articles que je viens de rappor-^ ter, est celui de cette union si célèbre contractée par lescalvinistes de France avec les luthériens^ qu^ils tenaient auparavant pour hérétiques y à raison particulièrement de la présence corporelle du corps de Jésus^Christ en TEucharistie , et de la manducation réelle de sa chair et de son sang en la participation de ce sacrement, dont ceux de la confession d^Ausbourg sont d^accord avec les catholiques comme d^un point fondamental de religion, qu^on ne peut rejeter sans perdre la foi ; le deuxième n^est que la confirmation du premier.
Les ministres et les anciens du consistoire qui composaient ces deux synodes nationaux de Charenton et de Loudun , et qui y représentaient toutes les églises prétendues réformées du royaume, auraient sujet de se plaindre de moi, et de se croire cruellement offensés^ s; je les soupi^onnais d^avoir fait cette union sans avoir lu auparavant et étudié la confession d^Ausbourg , sans en avoir examiné tous les articles , pesé tous les mots , conté toutes les syllabes ; et enfin sans avoir du moins considéré s'il n^y avait aucune proposition contraire à la foi.
En effet , c'eût été non-seulement une extrême imprudence f mais encore une stupidité qui tiendrait de la
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bétise , et une déclaration ouverte qu^en matière de religion on n^a point d^autre règle que la politique , si avant de conclure et de décider en faveur de ceux de la confession d^Ausbourg , qu^ils peuvent être reçus à la cène , à tenir des enfants au baptême , et àlontracter mariage sans faire abjuration de leurs erreurs , on n^eùt vu leur confession et demeuré d^accord , après un grand examen de tous les articles , qu^il n^ a aucune erreur capable de détruire la foi , et incompatible avec les espérances de Téternité bienheureuse.
Bien loin de soupçonner ces deux synodes d^une telle imprudence et d^un tel aveuglement , je suis persuadé qu^en cette affaire , les règlements de leur discipline furent, exactement observés.
Touchant les synodes nationaux et les articles qui doivent y être décidés , elle ordonne par un règlement exprès « Que s^il survient en quelque province quela que difficulté , on aura soin d^en donner avertisse- (( ment à la province qui aura la charge de la convoca-* (( tion du synode national , afin que celle-ci puis après, i' faisant ladite convocation , en donne aussi les averse tissements aux provinces, et que, par ce moyen, cha- (c cun puisse venir prêt au synode pour en faire réso- <c lution (1). B
La grande difficulté de savoir si ceux de la confession d^Ausbourg doivent être reçus à faire la cène , i présenter des enfants au baptême, et à contracter mariage sans faire auparavant abjuration de ce qu^ils croient,
(i)Ch. IV, an. 2,
Aé L^ÉGLISB
survint dans la province de Bourgogne ; elle en donna sans doute avis à la province de France, qui devait convoquer à Charenton le synode national. La province de France le fit savoir à toutes les autres provinces ^ afin qu^on y examinât cette question , et que chacun des députés au synode y vint muni des lumières qui lui auraient été données dans la province , et prêt à opiner sur cette affaire , qui était de la dernière conséquence. Ainsi la confession d^Ausbourg fut alors examinée, nonseulement au synode national de Charenton , où Tunion fut faite , mais encore en tous les synodes provinciaux qui envoyèrent leurs députés à ce synode national.
Tout ici dépendait de la confession d^Ausbourg ; et il s^agissait uniquement de savoir si elle est orthodoxe ^ ou du moins si elle ne contient aucune erreur contraire à la foi. Elle fat donc lue , relue et examinée ; on tâcha d'en pénétrer le sens, et d'y chercher le fort et le faible; enfin des années entières furent employées pour décou^ vrir si elle cachait quelque hérésie ou quelque erreur contraire à la foi.
Dans Texamen de cette confession, les provinces s'ar. rètèrent particulièrement aux articles qui sont opposés contradictoirement à leur créance , et qui la condamnent.
La confession d'Ausbourg (1 ) s^élèye par exemple contre les anabaptistes , et contre Terreur dans laquelle ils sont , que les enfants peuvent être sauvés sans le baptême : il y eut indubitablement grand feu sur cette condamnation ; les ministres ne manquèrent pas de faire
(I) Art. il.
réflexion que leur créance touchant les enfants morts sans baptême est la même que celle des anabaptistes, et que TEglise romaine condamne, comme la confession d^Ausbourg 9 cette créance ; que faire union avec ceux qui les traitent d'anabaptistes serait se dégrader soi-même et se condamner d^hérésie ; néanmoins il fut conclu que cette difficulté ne devait point empêcher Tunion , et quo Ton peut croire , sans avoir d\)pinion contraire à la foi , le baptême absolument nécessaire aux enfants pour le salut.
La confession d^Ausbourg (1 ) admet Fexistence corporelle et locale de Jésus-Christ , et la manducation orale de sa chair et de son sang en l'Eucharistie. Cet article fut fort contesté , msds enfin il fut arrêté que la créance de la réaUté et de cette présence corporelle n^est pas un point fondamental de religion , ni contraire à la foi et au salut.
La confession d^Ausbourg (2) dit , touchant la confession des péchés , que l'absolution privée doit être re* tenue dans Téglise. Les ministres et les anciens du con« sistoîre virent bien que cet article est opposé à leur confession de foi , qui ne reçoit que deux sacrements communs à toute l'Eglise , et trdte la confession d'invention humaine ; mais ce nouvel obstacle ne fut pas capable d^arrêter le dessein d^union , et Ton fut d^accord que la confession et Pabsolution privée ne pouvaient pas nuire à Pâme et lui fermer le ciel.
On vint enfin à Tarticle dont il est question à pré«
(A) An. 10. — (2) Art. 2.
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sent , à ces grands mots : « Conforme à PEcriture pro-* « pfaétique et apostolique , à FEglise catholique , et a enfin encore à TEglise romaine. » Cet article sans doute parut le plus difficile et le plus embarrassant ^ parce quMl ne faut pas être fort éclairé pour voir d^abord que faire union avec des gens qui, dans leur confession de foi y proclament leur doctrine conforme à celle de PEglise romaine , c^était approuver la doctrine de TEglise romaine , ou du moins avouer qu^en sa doctrine il n^ a rien qui choque la foi , et qui puisse être condamné d%érésie ou d^erreur contraire au salut.
En chacun des autres articles de la confession d^Aus-* bourg il n^est parlé que d^un point particulier de créance: du baptême , par exemple, en celui du baptême, de la réalité en celui de la cène 9 et de la confession en celui de la confession. Mais dans ^article 21 et dans ces paroles : <( Conforme à l^glise romaine , » il est ques-* tion de toute la créance de FEglise romaine et de toute sa doctrine.
La confession d^Ausbourg met cette doctrine en pa-* rallêle avec celle des Prophètes et des Apdtres, et avec celle de llSglise catholique ou universelle, ou plutôt la considère comme la même doctrine , ainsi qu^elle Test en effet ; car l^glise romaine n^a point d^autre doctrine que celle des Prophètes , des Apôtres et de TEglise catholique. Avoir donc reçu la confession d^Aus« bourg , ravoir approuvée et avoir déclaré qu^elIe n^a aucune erreur contraire à la foi et dont Tabjuration soit nécessaire pour être sauvé , c^est avoir déclaré qu^on peut être sauvé , faisant profession d^une créance et
d'une doctrine conforme à celle de TEglise romaine.
Je sais bien que dans la confession d'Ausbourg , il y a des articles que PEglise romaine rejeté ; qu'elle condamne d'hérésie ; et qui sont opposés contradictoirement à sa doctrine. Je suis d'accord que cet article même 21 , dont il est maintenant question , contient une insigne fausseté; car c'est sans raison et contre la vérité que les luthériens s'y vantent d'avoir une doctrine conforme à celle de FEglise romaine ; mais cette fausseté n'empêche pas qu'il ne soit vrai que, selon le sentiment des luthériens, la doctrine de l'Eglise romaine est orthodoxe, et mise dans leur confession de foi en parallèle avec la doctrine des Prophètes , des Apôtres , et de l'Eglise catholique.
Une dame , dont les infldélités , pour être cachées à son mari, ne laissent pas d^être véritables , se vante impudemment d'être aussi innocente et aussi chaste que Suzanne ; la fausseté de cette gloire qu'elle se donne , n'empêche pas qu^il ne soit certain qu'elle est persuadée de l'innocence et de la vertu de Suzanne, et qu'elle ne la regarde comme un modèle de fidélité conjugale proposée au sexe par la sainte Ecriture.
Un lâche fait le fanfaron et se vante d'avoir le cœur d'Alexandre et le bras de Scanderberg ; quelque vanité et quelque fausseté qu'il y ait dans sa fanfaronnerie, il est toujours vrai que le lâche adtnire, et le bras de Scanderberg, et le cœur d'Alexandre.
Les luthériens, en leur confession de foi, soutiennent que leur doctrine est conforme à celle de PEglise romaine; cette proposition est fausse ; mais pour être fausse, elle
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ne laisse pas d^ëtre une preuve convaincante de la haute idée que les luthériens ont de la doctrine et de la créance de TEglise romaine.
Cette haute idée de la doctrine de TEglise romaine n^a point paru contraire à la foi et au salut , aux Eglises prétendues réformées de France assemblées en synode national ; elles y ont décidé que la confession d^Ausbourg , où cette doctrine est mise en même rang que celle des Prophètes , des Apôtres et de TEglise catholique , ne contient aucune erreur dont Tabjuration soit nécessaire pour être reçu h la participation des sacrements , et par conséquent , pour être sauvé. Elles ont donc décidé qu^on peut faire son salut avec la profession de la doctrine et de la créance romaine.