HENRI BULLINGER
MINISTRE DE ZURICH , EN LA CINQUIEME DECADE DE SES SERMONS, TRADUITS EN FRANÇAIS l'aN 1565. '
SERMON ir DE L^EGLISE.
(c Nous voyons quil est advenu par une bonté singu- <( Hère de Dieu, que tout ainsi que jadis la circoncision <( était baillée au peuple de Dieu au milieu de Tapos-* (( tasie , en signe de Palliance faite avec Dieu , ainsi ce aujourd'hui , au milieu des ténèbres profondes et obs- « cures de TAntechrist , le saint baptême a été donné )> aux Chrétiens pour un sceau de la rémission des pca chés et de Théritage des enfants de Dieu. Il est bien H vrai que la pureté de la doctrine a été profanée de <v vilaines et infinies ordonnances et traditions par les n suppôts du pape ; cependant toutefois , on ne peut dire (( que la doctrine y ait été du tout abolie , et encore que n je ne répète rien de ce que je viens de dire, des bons « et savants personnages qui ont été envoyés de Dieu <( requérant la réformalion de l'Eglise, et profitant « grandement entre tous les enfants de Dieu. Ceci nV <c t-il point été reçu comme par un consentement unice verscl pour une chose très certaine et indubitable ,
H que nous avons on abrégé très accompli de tous les
<i commandements de Dieu, au décalogue, et qn\n
K l'Oraison dominicale, nous avons un (rès entier foi^
n mulaire de prier Dieu, et qu'au Symbole des ApAtres
•I est contenue une règle très parfaite de toutes les
« choses que nous devons croire , ou de la foi. Il est
•I certain qu'on a accoutumé de réciter le Symbole pres-
« que à tous ceux qui décède de ce monde , et qui sont
H au combat de la mort, comme une règle très parfaite
« de la foi , en laquelle glt leur salut , et nous ne dou-
■( tons point que notre bon Dieu et père des miséri-
n cordes , qui a sauv^ ce pauvre brigand sur la fin de s3
<i vie, n'ait eu aussi compassion de ceux qui ont été op-
« primés sous la tyrannie de l'Antéchrist^ et qu'il n'aif
n touché par sa grâce et bonté les cœurs , tant de ceux
a qui étaient encore en pleine vie , que de ceux qu;
N étaient prochains de la mort, et qu'il ne les ait ensei-
« gnés par son esprit, et qu'eux faisant confession et
n croyant en un seul Dieu , le père créateur de toutes
n choses, et en Jésus-Chnst, Fils unique de Dieu,
« rédempteur du monde , mort et ressuscité; et au
Il Saint-Esprit, seul consolateur, et finalement croyant
ff la sainte Eglise universelle, n'aient été sanctifiés
« après avoir obtenu pardon de tous leurs péchés , et
« que les âmes de tous les saints et fidèles selon la fo;
•' qu'Us ont eue , n'aient été transportés en la vie éter-
H nelle , où nous croyons aussi ([ue notre chair sera
« transférée t la fin du monde ; car volontiers on fî
<< cette demande : Tous nos prédécesseurs qui
« décédés de ce monde devant ces derniers temps
5A i/kclise
cf quels PEvaugile a été révélé sont-ils damnés ? Leur (c réponse est toute prête : plutôt quMls considèrent ceuk « qui sont vivants, aGn que par le mépris de la parole de H Dieu et en entreprenant dissensions et débats contre K icelle , ils ne viennent tomber en une fln toute autre « que celle de leurs prédécesseurs. »
Ce ministre de Zurich ne se contente pas d^avancer , que Ton peut faire son salut dans PEglise romaine, qu^il appelle le royaume de TAntechrist , et que ceux qui y sont décédés sont sauvés y mais encore il le prouve par des raisons quMl croit convaincantes , savoir :
1° Qu'il est indubitable que « le Décalogue est un « abrégé très accompli de tous les Commandements de <c Dieu. »
2*^ Qu'yen TOraison Dominicale « nous avons un très i( entier formulaire de prier Dieu. »
S"" Que le Symbole des Apôtres contient « une règle « très parfaite des choses que nous devons croire, ou de <( de la foi , » et que tous ces points se trouvent dans l^glise romaine.
A"* Que la foi suiBt pour être sauvé , et qu^on ne peut pas nier que ceux qui meurent dans cette Eglise niaient la foi , puisqu^on a accoutumé h de réciter le Symbole <i presque à tous ceux qni décèdent de ce monde , et qui <( sont au combat de la mort , comme une règle très « parfaite de la foi. )>
Voilà le raisonnement de ce ministrei d^où il tire cette conclusion, que ceux qui ont vécu et sont morts dans la profession de la créance de FEglise romaine , ayant cru « en un seul Dieu le Père , créateur de toutes choses ,
<( et en Jësus-Cbrist, Fils unique de Dieu, rédempteur c( du monde^ et ressuscité, et au Saint*Esprit, seul ccmh n solateur , et flnalement croyant la sainte Eglise unice verselle , ont été sanctiflés et transportés en la yie <f éternelle. ))
II se fait même cette oLjection : « Tous nos prédé- (( cesseurs qui sont décédés de ce monde devant ces der-^ f( niers temps auxquels l^vangile a été révélé , sont-jls a damnés, n
Nous la faisons aux protestants pour leur faire voir que leur prétendue réforme est une illusion et une véritable apostasie de la foi ; qu^'l y a eu toujours une Eglise de Jésus-Christ , visible et connue de tout le monde ; que cette Eglise était , et que chacun y pouvait faire sou salut , lorsque Luther , Zuingle et Calvin allaient à Fécole pour y apprendre à lire ; et que c^est la plus extravagante de toutes les folies de croire que PEyangile n^a été révélé , que la vérité n^a été connue , et que la foi n^a étéprèchée qu^au moment où ces trois hommes, ennemis déclarés l^un de Pautre, toujours occupés à se déchirer dans leurs écrits , et à s^ traiter d'hérétiques , d'^enragés et de visionnaires ^ ont entrepris de faire chacun une religion.
Mais Bullinger a reconnu que Tobjection était si forte et si pressante , quMI ne pouvait pas y répondre nettement et clairement , sans se jeter dans un grand embarras et dans de manifestes contradictions.
En effet , répondre que nos prédécesseurs qui ont vécu cl qui sont morts dans TEglise romaine sont damnés , estait se contredire ; outre que sa conscience ne lui p^
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mettait pas d^avancer ce blasphème, que Dieu pour sauver les hommes , que Jésus-^Christ , pour à?oir uue Eglise où Ton put faire son salut, a attendu que Luther eût quitté le froc en Allemagne , pour épouser une reli-^ gieuse , que Zuingle se fût dépouillé de son surplis e| de son aumusse de chanoine , en Suisse, pour paraître à
la tète des armées, ou que Calvin eût mis à la tète de
ses livres nne main armée d^une épée au milieu des flammes , pour faire entendre que sa prétendue réforme n'^inspirait que le fer et le feu.
Répondre nettement qu^ils sont sauvés , c^était condamner les luthériens, les zuingliens, les calvinistes avec toutes leurfr nouveautés , et exhorter tous les protestants à revenir dans TEglise romaine; car il n'est pertonne assez dépourvu de lumière pour ne pas voir que eette Eglise , où Ton peut faire son salut , est la vraie Eglise de Jésus-Christ, et que puisqu'^au jugement de ses ennemis mêmes, nos parents et nos prédécesseurs Vy ont fait , nous pouvons Vy faire également nous-mêmes.
Dans cet embarras, BuUinger a pris le parti de biaiser, et au lieu de parler des morts , il s^adresse aux vivants , et leur di.t de prendre garde n que leur On ne soit toute a autre que celle de leurs prédécesseurs. »
Mais il ne pouvait point faire de réponse qui portât plus visiblement la condamnation de la religion protes-^ tante, ni dire plus ouvertement aux protestants, que s^ils veulent être sauvés ils doivent revenir dans PEglise romaine.
C^était avant Pan 1 565, qu^il Gt ce sermon à Zurich ; car, ainsi que je Pai déjà dit, la traduction française, de
laquelle je me suis servi , est de cette année-là : les prédécesseurs de ceux à qui il parlait en ce sermon , étaient morts dans TEglise romaine, et dans la profession de sa créance et de sa foi ; pour rendre sainte la fin de leur \ie , ils s^étaient préparés à la mort par la participation des Sacrements de TEglise romaine , par la confession auriculaire, qui est le sacrement de Pénitence, par Padoration de Jésus-Christ en TEucharistie , par la manducation de sa chair et de son sang en leur dernière maladie , et par rExtrëme-Onction , qui est ce Sacrement des malades dont parle saint Jacques en son Epitrc canonique. Enfin , leurs prédécesseurs avaient rendu Time , en faisant cette protestation qu'ils mouraient dans la profession de la religion catholique , apostolique et romaine. Voilà la fin et la vie des prédécesseurs de ceux qui étaient auditeurs de BuUinger, et qui le reconnaissaient pour leur pasteur; or, il les exhortait de prendre garde <f à ne point tomber en une fin toute autre « que celle de leurs prédécesseurs. » N^était-ce pas les exhorter à mourir comme eux dans la profession de la religion catholique , apostolique et romaine ?
PHILIPPE DE MORNAI ,
SEIGNEUR DU PLESSIS-3f ARLY, TRAITE DE L^EGLISE (l).
<c Nous appelons Eglise universelle , la compagnie «< de ceux qui font profession de servir au vrai Dieu e4 « Christ. »
(1) Chap. I.
58 lV:glisb
(c Cette Eglise universelle comprend sous^Ile toutes
if les Eglises particulières , recueillies en diverses parts
H du monde , Iesq[uelles pareillement nous appelons
a Eglises chrétiennes , assemblées qui invoquent un seul
n Dieu par Jésus-Christ , comme PEglise orientale ,
'( TEglise occidentale, PEglise grecque, PEglise latine,
(( l'Eglise de Corinthe, de Gatatie, d^Ephèse, de Rome^
« de Carthage ; non toutefois à proprement parler ca-
c( tholiques ou universelles , mais partie de la catho-
(( lique ou universelle. Ni plus ni moins que quand
(( nous parlons de quelques parties de la mer Océane ,
(( nous appelons toutes mer ; comme la mer du Sud ,
(f la mer du Nord, la mer Atlantique, Cantabrique,
(( Britannique, etc. , et disons à toutes que c^est TOcéan,
H et toutefois nous savons qu'il n'y a qu'un Océan. »
<( L'Eglise universelle ou catholique visible est Tasce semblée de tous ceux qui font profession de l'Evanu gile de Jésus-Christ par tout le monde , distinguée (( comme nous avons dit , en plusieurs Eglises particu- « Hères lesquelles toutes ne font qu'un corps. De ces i( particulières comme de membres et parties d'un même c( corps , les unes sont pures , les autres impures ; les (( unes plus , les autres moins saines , et telle malade à <( la mort aujourd'hui , qui auparavant avait été la plus <( saine , selon que toutes sont composées d'hommes , <( et partant sujettes à participer aux défauts d'iceux ; (( celles qui sont pures et saines nous les appelons « Eglises orthodoxes, droites, consentantes à la vraie <( doctrine , qui est le nom que les anciens leur attri- « buent ; les autres nous les appelons Eglises errantes,
<( hérétiques ou schismâtiques , selon qu^elles errent en K la foi , ou en la charité , à Tendroit de Christ , ou à (f l'endroit de son Eglise , ou même en Pune ou en Tautre , (( chacune en son degré y les unes et les autres toutefois a vraiment Eglises; c'^est-à-dire assemblées qui font (( profession , mais non pures Eglises servant Dieu , un « seul Christ , en pureté et en vérité : tout ainsi qu^un (( menteur est vraiment homme, encore qu^il ne soit pas « homme véritable. »
Toute la France sait que PEglise romaine n^a point eu dans le royaume d^ennemi plus déclaré que Philippe de Mornai ; son épée et sa plume ont été toujours dévouées|au service des protestants ; Tépée était fort bonne et il la portait avec honneur , sa plume néanmoins a fait plus de bruit et une plus cruelle guerre aux catholiques que son épée ; ou plutôt sa plume a été Tépée avec laquelle les plus savants ministres de son temps ont attaqué les plus sacrés et les plus augustes Mystères de la religion catholique; car il est certain, et les calvinistes en sont d^accord , que ce cavalier dans ses livres de controverse , n^a fait que copier les mémoires que les ministres lui donnaient.
La conférence de Fontainebleau fit assez voir qu^il n^avait lu les anciens docteurs de l^glise que par leurs yeux ; et les avantages que le cardinal du Perron y remporta sur lui , en présence de Henri-le-Grand , firent connaître qu'un gouverneur de Saumur était inexcusable et devant Dieu et devant les hommes , de s^étre fié en une affaire où il s^agissait du salut de son àme et de son honneur, à des personnes à qui il nVùt pas
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voulu fier la garde d^une des portes de ce passage sur la Loire.
Ce grand ennemi néanmoins de TEglise romaine n^a pu s^empëcher de la mettre parmi celles « qui font pro- (( fession de servir au vrai Dieu en Christ, et qui invo- (( quent un seul Dieu par Jésus-Christ. »
Quelque dessein quMl ait eu de la dégrader et de porter ses enfants à Tabandonner y il a été contraint de lui faire justice et de donner rang à TEglise latine , à PEglise de Rome , parmi celles qui sont c( vraiment <( Eglises , c'^est-à-dire assemblées qui font profession « de Christ. )>
Je sais bien que cette erreur de Duplessis , dans laquelle sont aussi tous les ministres , a que les Eglises (( errantes, hérétiques et schismatiques » ne laissent pas d^ètre vraies Eglises de Jésus- Christ , est insoutenable, et qu^on renyerse PEvangile et tous les fondements du christianisme en avançant que , si une Eglise n^a point de créance contraire à Tunité d^un être souve-* rain , et à la vérité du mystère de Tlncarnation , elle ne laisse pas d^ëtre vraie Eglise de Jésus-Christ.
Mais cette illusion , tout insoutenable qu^elIe est , rend évidente ma proposition , que FEglise romaine a été toujours tenue des luthériens et des protestants réformés pour vraie Eglise de Jésus-Christ.
Persuadés , en effet , de ce sentiment , que pour être vraie Eglise de Jésus-Christ , il suffit de croire en un seul Dieu et en Jésus-Christ , et voyant d^ailleurs que l'Eglise romaine croit par Jésus-Christ en un seul Dieu, et qu'elle condainnc et foudroie de ses anathèmes toutes
les hérésies qui attaquent le mystère de rincarnation ^ la divinité du Messie , son humanité et Punion des deux natures divine et humaine en la personne du Verbe , ils sont contraints , quelque dessein qu'ils aient , de demeurer dans le schisme , et de ne point se réconcilier avec elle , d'avouer qu'elle est vraie Eglise de Jésus-Christ? et qu'un chrétien y peut faire son salut.
LE MÊME