‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 2)Chapitre 44 sur 108 · GENTILHOMME PROTESTANT · texte numérisé non relu

GENTILHOMME PROTESTANT

MoNSiBtrâ ^

iSi les fréquents entretiens que j^ai eu Thonheur d^avoir avec vous sur différents points dé controverse , vous avaient donné autant d^estimé pour notre sainte religion qulls m^en ont donné pour votre personne , il y a longtemps que vous seriez catholique. Il ne se peut rien ajouter à lldée avantageuse qui m'^est restée de votre bon esprit , de votre politesse et de votre modération. Tai été surpris de trouver dans une personne de votre condition des connaissances si recherchées , qui vous font dire pour la défense de Terreur tout ce qu'il peut y avoir de plus spécieux ; mais en même temps que j'ai admiré les rares talents que Dieu a mis en vous , et le soin avec lequel vous les avez cultivés, je n*ai pu m'empêcher d'être sensiblement touché de voir

Tétrange impression que font sur vous les préîusés de la naissance et de Téducation.

Ces préjugés sont tels , qtie je désespérerais de trouver jamais entrée dans votre esprit pour y faire recevoir la vérité , si d'une part la sagesse et la régularité qui reluisent dans vos actions , et de l'autre les prières des amis que vous avez parmi nous , ne me donnaient de meilleures^esl^érances. Non , le Dieu des miséricordes ne se lassera point de yos longues résistances , et il Voudra bien énfiii en avoir pitié , et lèvera tôt 'ou tard le voile qui vous empêche de voir le tgraiid jour dont vous êtes comme investi.

Voici donc , Monsieur , un dernier effort que 'in'iûspire le zèle dont je me sens pénétré pour vôtre salut. Vous verrez dans cet écrit les raisons les pltis propres à vous convaincre que voud ne sauriez espérer de vous sauver, à moins d'embrasser la foi catholique. Vous pouvez les examiner à loisii* , et les cônmiuniquer aux plus savants docteurs de votre religion. Vous examinerez si leurs réponses ont de quoi contenter un esprit raisonnable et sans prévention; car ^ Monsieur 9 nous ne voulons pas vous surprendre; plus le pas qu'on demande de vous est décisif , plus vous devez vous assurer par une pleine et entière conviction , de la nécessité où vous êtes de le faire. Je dis donc, Monsieur, qu'en restant dans le luthérianisme , dont vous faites profession , il n'y a pas de salut à espérer pour vous , et cela pour six raisons , dont je vais d'abord vous faire le précis , et qufe je développerai ensuite plus au long :

SUR L^ÉGLISe. IBf»

1 ** Parce que voas êtes séparé de la véritable Eglise de Jésus-Christ : or c'est un principe de tout temps incontestable parmi les chrétiens , que hors de la véritable Eglise il n'y a point de salut.

2** Parce qujp ypus tfavez qu'une foi humaine et chancelante , fondée sur de pures opinions , ou sur des interprétations incertaines et arbitraires de PEcriture ; vous n'avez pas la foi divine , sans laquelle y selon saint Paul , il ESt IMPOSSIBLE DE PLAIRE A DIEU (1). Car k foi divine est une foi prudemment ferme et inébranlable, appuyée sur la parole de Dieu , sûrement et infailliblement bien entendue ; caractère de foi bien différent de. la vôtre.

S"" Parce que vous persistez dans la révolte contre les puissances ecclésiastiques établies de Bieu , en refusant de reconnaître le pape et votre évéque , qui sont vos pasteurs légitimes : or PA'pôtre vous avertit que ceux qui résistent AUX puissances établies de dieu y s'attirent euxmêmes UNE JUSTE CONDAMNATION (2).

4** Parce que la confession secrète et-détaillée faite au prêtre , n^étant point en usage parmi vous , vous vous trouvez privé du moyen que Dieu a établi comme nécessaire pour obtenir la rémission de vos péchés , et qu'ainsi toute voie de réconciliation avec Dieu vous est entièrement fermée.

5" Parce que vous ne satisfaites point au précepte de Jésus-Christ , qui vous ordonne , sous peine de perdre la vie éternelle , de recevoir son

(1) ncbr. XL 6. — (2) Rom. XIII. 2.

Corps et son Sang ; ce qqe vous ne faites pas nne seule fois pendant toute votre vie , vos pasteurs ne vous donnant que du pain et du vin , et rien au-delà , faute de caractère et de pouvoir pour consacrer , > comme il vous sera clairement démontré.

6'' Farce que vous adhérez à un corps de doctrine mêlé de plusieurs hérésies condamnée^ par rSglise , et reconnues pour telles par les plus savants docteurs qui , en faisant le dénom-r brement des erreurs suscitées depuis le com-: mencement du christianisnie jusqu^à leur temps, ont mis dans le catalogue quHls nous en ont laissé j une bonne partie des dogmes que vous soutenez aujourd'hui : or vous nlgnorez pas , Monsieur , que Thérésie est un crime daminable et un vice de Tesprit j qui ne ferme pas moin3^ rentrée du ciel , que les péchés les plus gros-, siers de la chair.

Fondé sur ces arguments péremptoires qu^ établissent invinciblement une proposition dont Timportance demande toute Tattention d'un profond examen, je vous dirai sans déguisement qu^en restant dans votre religion , vous ne pouvez espérer de vous y sauver. Attachez-vous à saisir avec moi la première de ces raisons , en attendant qu'il me soit permis de vous détailler les autres dans les Lettres qui suivront celle-ci, si mon zèle ne vous est point importun.

Du reste , Monsieur , si je ne suis pas aussi persuadé de la vérité dont je vais essayer de vous convaincre , que je le suis de la vérité dun Jugement à venir , je consens que le Juge qui

SUR L^EGLISB. 189^

ctoit me jager sur ce qae î^aqrai Thoimeiir de* vous dire , et sur les vae$ que je me proposesen vous écrivant , me traite an grand jour de son jugement comme le plus grand des fourbes, et des imposteurs. Je puis bien le répéter avec PApôlre :,Ex sinceritate sicut ex Deo , coram Deo y in Christo loquimur (\).^ox\s vous parlons avec toutjs jiincérité, sicut ex Deo y comme ayant chivge' de Diet) ^ par llntérét que nouâ^. prenons à sa gloire et à votre salut; coram Deo y ^ comme étant en, sa [absence , et faisant une attention sérieuse à Fœil qui nous éclaire , et qui pénètre les replis les plus cachés de notre cœur; in Christo y et au. nom de Jésus-Christ , pour prévenir, s'il est possible, la perte d'une âm^ qui a été rachetée d^ son Sang.

Je parlerai donp, Monsieur, avec tpute la liberté^ue le sujet demande, av^c toute la franchise que vous me permettrez sans doute , et je commencerai par vous, démontrer que vous êtes sépiuré de la véritable Eglise de Jésus^Christ. Pour vous le prouver d^une manière nette , précise , et propre i ne vous laisser aucune crainte d'équivoque ni de surprise , je déclare d'abord que je n'entends ici , par le mot Eglise de Jéâus- Christ ^ rien autre chose que la société des fidèles fondée par Jésus -> Christ ,^ étendue parles. Apôtres , continuée par la postérité des premiers chrétiens^ perpétuée jusqu'à nous par les enfants des fidèles, toujours gouvernée par des pasteurs, héritiers aussi bien de la foi que [du $iége de leurs prédécesseurs , répandue par toute la teire,^

(0 2 Cor, XI, 17.

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visible en tout temps par Pexercice des foncr tîoiiiS du ministère sacré. Voilà , Monsieur , en peu de mots, Tidée de TEglise dont j^ i parler înarqnée assez clairement , pour qne vous ne poissiez vous y méprendre. Or , c^est à cette Eglise que Jésus * Christ a fait ses promesses ; c^est cette Eglise qui a subsisté depuis son établissement sans aucune interruption , et qui subsistera jusqu'^à la fin des siècles; c^est cette Eglise y qui ne peut enseigner d^erreurs con-: traires à la foi, ni mal administrer les sacrements ; c^est elle , dont il n -est pas permis de se séparer, et hors de la communion de laquelle il n^ a point de salut à espérer ; c^est elle , dont jamais personne ne s^est séparé , sans encourir la note de schismatique ou d^hérétique. G^est pourtant là TEglise dont vous , Monsieur , vous vous trouvez malheureusement séparé. Tout autant de propositions qu'il faut justifier. Car je compte bien que vous n'^en recevrez aucune sans de bonnes preuves ; et que vous ne me passerez rien , sans y être forcé par les termes les plusclairs et les plus précis de TEcriture. Trouvez donc bon , Monsieur , que je reprenne chaque proposition en particulier, et que j^essaie de vous en faire voir la ^vérité d^une manière à convaincre pleinement un esprit aussi solide que le vôtre. Je vous demanderais de la patience pour lire ces différents détails , si le désir que vous avez de votre salut, me permettait de croire que vous pussiez lire avec indifférence des vérités dont dépend essentiellement le sort de votre éternilé.

SUR LEGLISE. t8j!

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