TROISIÈME PROPOSITION
CETTE ÉGLISE VISIBLE DÉPOSrTAIRB DES PROMESSES j. QUI NE PEUT CESSER d'ÉTRE LA VÉRITABLE ÉGLISE , IfTE PEUT ENSEIGNER AUCUNE ERREUR CONTRAIRE A LA FOI y NI MAL ADMINISTRER LES SACREMENTS.
Je passe à la troisième , et dis que TEglise , dont je continue de parler toujours dans le même sens y et sous la même idée que j^en ai tracée d^abord , n^a pu en aucun temps , et ne pourra jamais enseigner d'erreurs contraires à la foi , ni mal administrer les sacrements. En voici la preuve , que vous ne trouverez point embarras- Béé. Si TEglise enseignait jamais des erreurs
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contraires à la foi , ou administrait mal les sacrements , elle cesserait dès lors d'être la véritable Eglise ; car tant qu'elle fera profession du christianisme , on ne peut rien imaginer qui soit plus propre à lui faire perdre la qualité de véritable Eglise de Jésus -Christ , que les erreurs contraires à la foi , et la mauvaise administration des sacrements. Or, il a été prouvé que FEglise visible répandue par tout le monde , reconnaissable par la continuité du peuple , la suite des pasteurs , ne peut , conformément aux promesses de Jésus-Christ , cesser js^ais d'être la véritable Eglise , donc il faut reconnaître en même temps , que cette Eglise toujours prise dans le même sens , ne peut enseigner d'erreurs contraires à la foi , ni mal administrer les sa* crements. Voilà , Monsieur , un raisonnement bien court et bien simple , mais qui ne laisse pas de terminer sommairement toutes les con^troverses qui sont entre vous et nous ; et ju^qu^à ce qu'on y ait répondu devotre part , cequ*on ne fera jamais avec succès ( non , j'ose le dire y on ne le fera jamais ) , jusque-là y dis-je , de notre part nous serons toujours en droit de refuser , si nous le voulons , d'entrer dans la dis^cussion d'aucun article particulier , et de regarder toutes les instances qu'on pourrait nous faire pour nous y attirera, conune des fins de nonrecevoir. Donc , si par complaisance pour nos adversaires , nous voulons bien nous prêter à leur faible , qui est Tamour de la dispute , et afin de tenter toutes les voies possibles pour les faire revenir de leurs préventions, nous relâcher
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dé notre droit , et examiner avec enx tons les raisonnements qni penvent être {^ésentés pour où, contre les snjets contestés , alors Tapplica^ tien de noire principe général deviendra une prenve partictdière en favenr de chaqne dogme que nous aurons à soutenir ; Tantorité indécU* nable de Téglise, munie des promesses de Jésus-^ Christ , nous sera un ferme rempart contre toutes les attaques de nos antagonistes ; et s'^il arrivait , ce que nous ne croyons pas avoir lieu de craindre , vu la bonté de notre cause dans tous ses chefs , qu^on vint à nous proposer qudque difficulté embarrassante , dont la solution ne se présentât pas d'abord à notre esprit , notre ressource serait de dire : Si sur ce point nous sommes dans Terreur , comme vous le prétendez , jsauvez-nous donc les promesses de Jésus-Christ; bien assuré que par l'embarras où cette instance mettrait notre adversaire , nous sortirions de celui où il nous aurait mis , ou du moins , que le nôtre serait incomparablement moindre que le sien.
C'est la méthode dont Luther s'est servi luimême , et qu'il a suggérée à ses sectateurs , pour se défendre aisément contre toutes les subtilités des ennemis de la présence réelle de Jésus-Christ dans TEucharistie . Vous auriez peine à le croire, si je ne m'offrais à vous le faire voir , quand il vous plaira, dans une lettre écrite au marquis Albert de Brandebourg, insérée dans le cinquième tome allemand de ses ouvrages , de l'édition de Jena , imprimée en 1 561 , page 490 , où vous trouverez ces mots : « Si le sens réel n'est pas
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a le Téritable sens des parole» de Jésns-Chriat, M il faudra regao-der tOnte VEglise cofume étaot « tombée dans rbérésie; il faudra condamna « les Apôtres de noQs aVoir appris à dire : . Je ce crois une sainte Eglise universelle ; il £hit « dra faire le procès i Jésus-Christ d'avoir dit: « Je serai avec vous jusqu^à la fin du momie i « il &iidra le faire à saint Paul ^ d'avoir nommé c< TEglise la colonne et te soutien delà vérités m Il ea'^t i peu près autant, dans tm autre en-r droit , en donnant des armes à ses partisans pour combattre avec avant^e les Anabaptistes (i). Que penser ici d'un homme qui établit des principes qn*il suit si mal , et qui voit si peu les cothséquences qn''on en peut tirer contre lui? qui, dans cent endroits de ses oàvrages , parle av^ tant de mépris de Tautorité de TEglise , lorsqu'elle n'est pas favorable à ses propres erreurs, et qui sait si bien la faire valoir, lorsqu'elle coddamne d'autres erreurs qu'il rejette avec elle f Certes , le voilà bien cet homme, si ^cialement éclairé du ciel , abandonné ici à un aveuglement monstmenx! Nous pourrions avec )usticp lui appliquer le reproche da mlaltre sévère et équitable : Serve Tietfuam , ex ore tuo te judicc (2) . Mais non , Monsieur , je dois et je veux éviter avec soin tout ce qui pourrait vous ^îré' la moindre peine; je l'épargnerai à votre eonsidérati<m, quelque bkarre que soit sa conduite. Je vous prierai seulement de vouloir bien reny qner, qu'il faut que les promesses faites
(1) Tom. IT, Edii. Germ. lea. ; n. 994. «t p- 330. 6^ . XK. M.
nous le soutenons à TEglise visible , soient bien incontestables, puisque Thomme, qui avait le pins d'intérêt à les nier , a été forcé d'y avoir recours, et d'en faire le même usage que nous, avec cette seule différence, que Tusage que nous en faisons, est contre lui, et que Tusage qull en a fait , a été contre d'autres.
Qu'on cherche après cela des adoucissements tant que l'on voudra , pour éviter de dire que TEglise soit jamais tombée en ruine ; qu'on dise qu'elle était seulement sur son penchant ; que k foi était non pas absolument éteinte , mais seulement obscurcie ; que les vérités de l'Evangile souffraient, mais qu'elles n'étaient pas anéan-ties ; tout ce beau langage ne sauvera pas les promesses, ni ceux qui, en faisant semblant de les respecter , ne laissent pas de leur donner des atteintes mortelles. Car enfin, sans prendre le change qu'on voudrait ici nous donner , nous demanderons qu'on parle nettement, et qu'on nous réponde par des oui ou par des non. Ou TEglise, dirons-nous, a enseigné des erreurs, ou elle n'en a pas enseigné ; ou les erreurs qu'elle a enseignées étaient préjudiciables au salut, ou eUes ne l'étaient pas ; si l'Eglise n'a point enseigné d'erreurs préjudiciables au salut , il ne fallait donc pas s'en séparer : la séparation n'a pu être dans son origine , et ne peut être encore dans sa suite qu'injuste , insoutenable , criminelle et damnable ; que si l'Eglise a jamais enseigné des erreurs préjudiciables au salut , Isi voilà donc tombée en ruine; car qu'est-ce qui peut la faire tomber en ruine , si ce ne sont
des erreurs préjudiciables au salut ? Et pour dire la même chose en d'autres termes , qui déyeloppent encore mieux ma pensée, si TEgUse a jamais enseigné des erreurs préjudiciables au salut , comment et en quel sens se nomme-t-elle ^ encore une colonne db tébité ? De quoi lui ont servi les secours toujours présents de Jésus- Christ ? Qui pourra s^en former après cela Fidée d^e EgUse bâtie sur le roc , invincible à toutes les puissances de Tenfer, s^il est vrai de dire qu^il n'a fallu que quelques folles imaginations d'honmies entêtés pour en triompher ?
Ce raisonnement est si fort et si pressant , que pour Téluder il n'y a point d'absurdité , quelque grande qu'elle soit , qu'on ne croie devoir hasarder ; témoin la réponse du fameux Balthazard Bebel , ci-devant ministre de Strasbourg , dont la mémoire est encore si fort respectée parmi les vôtres en cette ville. Il dit dans un livre qu'il a fait pour fortifier la foi des siens, et qu'il nomme Ei^angelische Glaubens-Krafi , ouvrage qu'ion nous vante comme un chef-d'œuvre , il dit que les promesses faites par Jésus- Christ à l'Eglise , n'ont point été absolues mais conditionnelles , c'est-à-dire qu'il a été promis à l'Eglise qu'elle ne donnera jamais dans l'erreur , tant qu'elle prendra pour règle de sa créance la pure parole de Dieu, et qu'elle ne s'en écartera pas (1); et j'ai ouï faire la même réponse à plusieurs des vôtres , apparemment instruits et fonnés par cet habile maître. En
(i) Pag. tW, iS6eil87.
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vérité 9 Monsieur , voilà un grand eflbrt (|a^a fait JésQS-Christ , en promettant à son Eglise TinfaiUibîlité à ce prix ? Où est Thomme , quelque ignorant et quelque idiot qu^il puisse être , qui ne soit assuré du même avantage? Regar^ derart-on conune un privilège accordé à TEglise,. ce qui lui sera commun avec le dernier de tous lies honunes ? Fallait-il l'autorité d'un Dieu qui parle , pour nous appr^idre qu'on ne se trom* pera pas , tant qu'on ne s'écartera pas de la règle de vérité ? Etait-il nécessaire de faire sur cela à l'Eglise des promesses pompeuses et magni^ fiques ? Au lieu de lui promettre qu'elle ne se trompera pas y tant qu'elle suivra la parole de Keu , n'y aurait*il pas plus de sens à oser la défier de pouvoir se tromper , tant qu'elle la suivra ? Qui ne voit que Jésus-Christ promet ki sans réserve , et que le sens de sa promesse est qu'il n'arrivera jamais que l'Eglise vienne à s'écarter de la pure parole de Dieu ? Il faut qu'il y ait dans le monde des gens qui sentent bien peu ce que c'est que le ridicule , pour faire sérieusement de pareilles réponses. Tout Tavantage qu'ils en retirent , est de répandre le rîdioule qu'ils se donnent sur la cause qu'ils soutiennent ; et il vaudrait incomparablement mieux pour eux et pour leur parti , avouer franchement qu'ils ne savent comment résoudre la difficulté qu'on leur propose , que de donner des solutions si pitoyables.
Je devrais ^ après tout ce que je viens de dire pour l'éclaircissement et la preuve de la troisième proposition , passer a la quatrième y mais
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)e ne pob me résoodre à laisser rien derrière moi , ponr n^étre pas obligé à retoomer sor mes pas ; je cherche à prérenir toat ce qui pourrait vous laissa la moindre inqniétade. La matière est importante et décisive, et comme on n'omet rien ponr l'embarraaser , je dois anssi ne rien omettre pour la dégager , en écartant tontes les difficultés que forment nos adversaires ponr attaquer TinfaiUihilité de TEglise.
On nous objecte , que rinfaillibilité est un privilège réservé à la Divinité , et que par conséquent il ne faut pas penser à en revêtir une société d^hommes tous snjets à se tromper. Je ■ réponds, qu'une infaillibilité attachée à Tessence et à la nature de celui qoi est infaillible , est un privilège réservé à la Divinité j mais qu'il n'en est pas ainsi d'une infaillibilité de participation, dépendante de celnï qui la communique. Quoi! prétendra-t-on que Dieu, tout-puissant qu'il est, ne pourra point ', avec toutes les lumières et tous les secours qo'il donnera , garantir l'Eglise de Terrear s'il le vent et le promet? et n'y aurait-il pas à le prétendre de là folie et du blasphème ?
On nous objecte encore que l'Eglise ne cesse de dire dans la pcière Dominicale , pardonneznous nos offenses , par où elle se reconnaît ellemême coupable de plusieurs fautes , et avoue en même temps être très sujelte à faillii'. Celle objection ne mériterait pas d'être rappoffUiiwi elle ne se trouvait plus de dix fois répél.' 'nis les ouvrages de Luther, et si le fréquei qu'en font ses partisans, ne nous i"
de croire qtfils y attachent quelque importance» Je réponds donc , qu'il est très vrai que tous les fidèles qui composent TEglise , sont chacun en particulier pécheurs et sujets à faillir et à se tromper , mais qu'ion ne peut pas dire pour cela que TEglise soit pécheresse ni sujette à se tromper. (Test chaque particulier qui demande dans rOraîson Dominicale le pardon de ses fautes, et TEglise le demande aussi pour chacun de ses membres en particulier , mais elle ne demande pas pour cela pardon des fautes «qu'elle commet en qualité d'Eglise : car saint Paul la reconnaît pour être sans rtok et sans tachb , exempte de tout défaut et de toute souillure (i). Et afin de mieux sentir la mauvaise ruse qu'on emploie ici pour affaiblir l'autorité de l'Eglise , remarquez , s'il vous plaît , qyCil y a une infinité de choses qui peuvent se dire de tous les particuliers qui composent un corps ou une assemblée , sans que pour cela ces mêmes choses puissent se dire du corps ou de l'assemblée. On dira fort bien , par exemple , que les Vénitiens aiment à faire un voyage au Levant ; mais on parlerait fort impertinemment , en disant que la république de Venise aime à faire un voyage au Levant. On dira fort bien que tous ceux qui composent votre consistoire , ont été baptisés dans leur enfance ; mais on serait fort surpris d'entendre dire que votre consistoire a été baptisé dans son enfance. Il n'y aurait dans ces sortes de propositions ni sens ni vérité : il en
(I) Epîi. IV. Î7.
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est de même da snjet dont nons parlons. Tons les particuliers qui composent l'Eglise, sont mortels ; TEglise n'est pas ponr cela mortelle. Tous les particoliers qui composent l'Eglise , sont sn-jets à se tromper ; l'Eglise pour cela n'est pas sujette à se tromper : la raison en est que les promesses ont été faites an corps, et non aux particuliers.
Apparemment, Monsieur, qu'on ne s'aperçoit pas chez tous , qu'en voulant tirer avantage des paroles de l'Oraison Dominicale contre rinfaillibilité de l'Eglise visible , on va à ruiner également Tinfaillibilité de l'Eglise invisible , et cela contre votre intérêt et contre vos prétentions. Ceux qui composent l'Eglise invisible ^ disent sans doute leur Pater , et y demandent pardon de leurs fautes ; ainsi nous attendrons des défenseurs de l'Eglise invisible la réponse qu'ils feront pour lui conserver son infaillibilité , et nous nons en servirons également. Je suis honteux de m'arréter si longtemps à réfuter des objections si puériles. Mais Messieurs vos ministres dev]§iient l'être beaucoup plus d'avoir recours à ces misérables sophismes , ponr se jouer de la simplicité et do pen de pénétration des peuples. Il s'agit de l'éternité , on emploie la ruse pour entretenir un schisme qui ne poi manquer de la rendre malheureuse.