QUATRIÈME PROPOSITION
HORS DE CETTE ÉGLISE VISIBLE , DÉPOSITAIRE DES PEO- MESSES y ET TOUJOURS TÉBITABLE j IL EST IMPOS- SIBLE d'Être sauvé.
Car , Monsieur , hors de cette Eglise , dont j'ai parlé jusqu'ici , il n'est pas possible de se saqver* C^est la quatrième proposition , que je u'aurai pa3 plus de peine à mettre en évidence^ que toutes celles qui ont précédé.
Pour cet effet je vous prie \ Monsieur , de remarqqer que toutes les figures et les qualités qui conviennent à l'Eglise , sont autant de preuves de l'obligation où sont tous les hommes de vivre dans sa communion pour obtenir le salut. Si elle est TEpouse de Jésus-Christ , il n^ aura donc que les enfants de cette mère commune, qui auront part à Théritage. Si elle e^ le corps de Jésus-Christ , il n'y aura donc que les membres de ce corps qui auront vie : tous ceux qui en sont retranchés , sont morts comme d'inutiles sarments séparés de la vigne , et destinés au feu. Si elle est le royaume de Jésus-Christ , il ne reconnaîtra donc pour ses sujets que ceux qui sont de ce royaume , et tous ceux qui n'en sont pas j seront traités comme ses ennemis. Les Saints Pères semblent n'avoir eu rien plus à cœur , que de persuader cette vérité aux
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fidèles. Ils noos crient tons d'une toÎx, que hors TEglise il ii''y a point de salut (1) ; qae comme touus ceux qoi étaient hors de l'Arche , ont péri dans les eaux dn Déluge , ainsi périront tons ceux qoi sont hors de l'Eglise (2) ; que celuilà ne peut avoir Dieu poar père , qui n'a pas TEglise pour mère (3) ; que hors de TEglise ca-. tholique on peut avoir toutes choses , excepté le salut (4). Saint Augustin assure en termes exprès , que quelque irré[a>ochable que puisse être la vie d'un chretien, s^l est sépsA^ de l'miité de TEglise catholique , il ne laissera pas de ressentir toutes les rigueurs de la colère d'un Dieu vengeur (5). Saint Cyprien et saint Fulgence ajoutent, que ceux qui ne sont pas unis à l^Ëglise, dussent-ils verser leur sang pour la confession cUi nom de Jésus-Christ, ne recevront pas ponr cela la récompense du salut; leur mort doit être regardée non comme la couronne de la foi, mais comme la peine de la perfidie (6).
(1) Â)^. Ep. L. ad BooiradiuD. Flilgail. lib. d* Gda nd P*lrv«) DiicoDum dp. XXXTU. Grtg. Ub. XIV. nonliaiii cap, U. ~r- (!) Bk*. Ep. ad Dam. Alc^pma Àvinii Tiemuniii cap. de diluvio > op. X[X. — - (SjOipr. douoilatcEctleaix, tiTedBiimpl.prnibT. XHfj.e. If. deSymb. «) Catecb. cap, xm. — (4) Cb^iM». ]]om. Incp. odEpti.nicfaNu Ep. H. Bd Srmpro. Fulgent, Ub. de Ede ad Pet. e. XXXVII. — (5) Qvi^ qait «fA u> hao Catbotica Eccletî* Tuait Bcjiaiatus , qniotumliliat-tt Uadabiliter vircre oiisUmel , bac mIo tceleie , quod à Clicùl* u •■^'^ diajunctoB est , aon babel vïtam , led ira Dci manet lupp* ■ tf. CUI. «d Daoat. — (S) Hoi OK qoDd aUquù sibi quasiiia M Dominis blandiatar , cibn conttel, >j ax'iii fuetisil à^uia " non eue, aed pceiiam potiils este pcrEdix. Cypr. lib, IY> fcnlotiiiBam,
Nullatenis dobiio quemlibct , licreiicum sive sclùin EcclesiK rathotica non fuerit aggregitaB, (juaalascoiiiqae keeiit, elii pro Cbrnti Mmiue «iaa Eanguinem fuderil, pow nlnri. FvlaeK. lib^ de (ide «d tel. DiaiMuum. op.
Voilà qnelqnes-unes des expressions dont se sont servi les Saints Pères , pour nous faire entendre la nécessité d^être membre de TEglise , si Ton veut se sauver. Or, Monsieur^ je vous prie , est-ce d'une Eglise invisible qu^ils ont parlé , ou d'une Eglise visible , et telle que je Tai , représentée jusqu'ici ? S'ils ont prétendu qu'il fallait seulement être membre d'une Eglise invisible y à qui adressaient-ils donc leurs discours ? De qui ont-ils pu donc se plaindre ? Qui eût pris pour soi les remontrances qu'ils ont faites? Quels fruits eussent-ils pu en retirer ? N'est-il pas évident que chacun croyant avoir droit de se regarder comme uni par sa foi à l'Eglise invisible, personne n'eût pris pour soi les avis pressants et énergiques des Pères, et que même ces sortes d'avis eussent été absolument hors d'œuvre ? D'ailleurs ne savons-nous pas que saint Augusr tin, en excluant du ciel ceux qui sont hors de la communion de l'Eglise , avait particulièrement en vue les Donatistes ; saint Cyprien et saint Pacien , les Novatiens ; saint Jérôme , les Lucifériens ; saint Fulgence , plusieurs sectes répandues dans l'Orient ; tous en un mot des rebelles qui s'étaient séparés de l'Eglise catholique gouvernée par les évoques , successeurs des premiers pasteurs ? C'était donc sur la nécessité de rentrer dans la même Eglise , qu'insistaient les Saints Pères , et on ne peut nous disputer cette nécessité , sans prétendre que tous les docteurs, et tout le peuple chrétien instruit par leurs leçons , se sont formé de fausses idées de la naturç de l'Eglise. Or, quelle sagesse à risquer son salut
i^ur une prétention si hardie , pour ne pas dire si téméraire.