‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 2)Chapitre 49 sur 108 · SIXIÈME PROPOSITION · texte numérisé non relu

SIXIÈME PROPOSITION

USS PROTESTANTS SONT SÉPARÉS DE CETTE ÉGUSE IN- FAILLIBLE ET VÉRITABLE j HORS LAQUELLE ÏL tf^ à POINT DE SALUT.

Je suppose d'abord un fait , que vous ne feres sans doute nulle difficulté de reconnaître , c'est que Luther et ses premiers disciples n'avaient pas persévéré dans la doctrine de leurs pères ; ciir le père de Luther et les pères de ceux qui ont adhéré à son parti avaient tous été , comime chacun sait , catholiques romains j et avaicfflt cru sur le purgatoire , sur la messe , sur VUX'^ vocation des saints sur le nombre des sûficfè^ ments, sur la confession auriculaire , sur T d\ine seule espèce , ce que nous croyons ettë

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aujonrd'^hui. Il est donc évident que Luther ei tons ses adhérents se sont séparés de créance dn corps des chrétiens, qni les a précédé. Or, ce corps était TEglise de Jésns-Christ subsisti^te suivant ses promesses ; car si ce n^était pas là TEglise subsistante en vertu des promesses de Jésus-Christ , qu'ion nous en fasse donc voir une autre qui eût oe caractère. Donc Luther et Calvin avec leurs adhérents , se sont séparés de rËgHse à laquelle ont été faites les promesses de Jésus-Christ.

La même vérité se fera peut-être encore mieux sentir par un autre raisonnement , qui a plus de rapport à vos prcipres principes. Vous définissez l'Eglise, dans Tarticle VII de la confession d"*Ausbourg , une assemblée de fidèles , oii TEvangile est prêché , et où les sacrements sont administrés comme il faut; et vous dites dans le même article , qu'une telle Eglise subsistera jusqu'à la fin du monde : d'où, il suit nécessairement , qu'immédiatement avant que Luther et Calvin vhissent à paraître , il fallait qu'il y eût une assemblée de fidèles où l'on prêchait l'Evangile, et où l'on administrait comme il faut les sacrements. Or, on demande quelle était cette assemblée , où , immédiatement avant Luther et Calvin , on prêchait l'Evangile et on administrait les sacrements comme il faut ? Etait-ce l'Eglise catholique romaine ? Etait-ce une autre ? Si c'en était une autre , qu'on nous fasse la grâce dç la nommer. Si c'était TEglise catholique romaine, qni prêchait l'Evangile et administrait les Sacrements comme il faut , comme vous

SUR l'éouss. ;3t3

TOUS en trouvez séparé, il est é^dent qa*OD'a droit de conclure contre vous -, qoe Toos êtes séparé de la seule Eglise] à laqaeUe on poÎBse atbibuer les effets des promesses de Jiésns-Gbrist .

Pour répondre à des arguments si pressants , il n'y a que deux partis à. prendre ; l^m serait de nous indiquer une Eglise visible autre que ^^£glise catholique romaine , existante immédiatement avant Luther et Calvin , à laquelle ils fussent unis avec leurs disciples, et par le moyen de laquelle vous pmssiez remonter josqu^ata temps des Apôtres : Tanlre serait de soutenir, que vous n'êtes pas séparé de TEglise romaine , en tant quelle est catholique , et que vous faites avec elle une même Eglise universelle. 'Garide recourir & une Eglise invisible , par le moy«n de laquelle voos établissiez la continuité de la vôtre avec celle des premiers temps , la voie vous en a déjà été fermée , et Texpression de la confession d'Âusboui^, qui dit qu'il y aura tonjours une Eglise où Ton prêchera TEvangile et administrera les sacrements comme il faut, vous en interdit également le chemin. Reste donc les deux partis que je viens d'indiquer. Or, ni Tutt ni Tautre n'est soutenable.

Premièrement, vous ne pouvez noua.indiqaer hors de TEglise catholique romaine aucune société visible , existant^ ùnmédiatemenb s Luther et Calvin , à laquelle il se soi avec leurs sectateurs , et par le moyeii l quelle vous puissiez remonter jusqn^au I des Apôtres.

Car , quelle pourrait être celte sorîi

214 PRBBtfiRB LBTtRB

Sék*ait-ce Celle dès ffussites^ à laqaêllé Lntber âbkuie de si grands et de si fréquents > «éloges , après s^ètre si fort défebdu à ht naissance des disputes , du reproche qa^on loi faisait de suivre leurs sentiments ? Mais je vous ferai voir , qaand il vous plaira , que les Hussites n^ont jame^ten rien de conmmn avec vous , que leur aversion pour le pape, et Fidée de la nécessité du calice ; car pottr ce qui est dû reste , Jean Hiis a posîtitement enseigné le sacrifice propitiatoire (1), la transsubstantiation (2), Tinvocation des Saints (3) j l'obUgation de confesser ses péchés (4) j le ]^Qt^tOH:e (5), et plusieurs autres articles sem*^ blablés", et riien n'a été plus commun parmi ses disciples, que de porter à toute occasion le Saint- Sacrement par les rues , et de prodiguer les bénédictions. Si , malgré toutes les contradictions tlônnées à votre doctrine, vous ne laissez pas de vouloir lès reconnaître pour vos frères , alors vous conviendrez qu'il était donc fort inutile "àe faire tant de bruit sur tous les articles que vous leur passez , que vous pourriez nous les |>asser aussi bien qu'à eux , et que c'est déjà une affaire réglée, que dans tous ces points vous ne trouvez aucun sujet légitime de séparation* Mais quand même nous vous avouerions que leur doctrine a été la même que la vôtre en tous points , vous n^en seriez guère plus avancé au moyen de cette concession. Cent ans que vous gagneriez tout au plus , ne vous ' feraient

(1) Desacram. f. 53. — (2) Cap. IH. f. 40. — (3) In fidei cluckl. f. SI. -« (4) De punit; t 51. — (5) In fidei elncid. f. 51.

SUR LëGLISE. 21 d

pas trouver , comme vous voyez , la cpmmiqucation non interrompue avec le temps des Apôtres. H en sera de même de toutes les mtx^s sectes , dans lesquelles vous voudriez emprunter des confrères pour faire montre de votre Eglise.

Reste doâc à dire que vous n'^étes pas séparés de TEglise romaine , en tant qu'elle est catholique , et que vous faites avec elle une même Eglise universelle ? Cest-là ce que pensent plusieurs tolérants , sans oser le dire tout haut ; mais quel peut être le sens de cet étrange paradoxe ? Quoi ! deux Eglises qui s'excommunient , qui s'interdisent Tune à l'autre la participation des sacrements , dont les membres ne peuvent simuler la foi de la communion opposée sans la plus noire de toutes les perfidie^., ne seront qu'une même Eglise universelle ! Les catholiques croiront qu'il y a sept sacrements , et vous en retrancherez cinq ! Les catholiques se fixeront à l'ancien nombre des livres divins et canoniques , et vous en dégraderez six ! Nous regarderons la messe comme le culte le plus agréable à Dieu , et elle passera chez vous pour la plus grande de toutes les abominations ! Nous révérerons le pape comme le vicaire de Jésus- Christ, et vous aurez pour lui toute l'horreiv que l'Antéchrist mérite ! Vous et nous aurons des idées diamétralement opposées sur le mç» rite , sur la nécessité des bonnes œuvres , sur l'efficacité des sacrements , sur la nature de la pénitence, sur les lois de l'Eglise, sur l'intercession des saints, sur la prière pour les morts, etc,

et néanmoins nons serons censés tons n^avoir an fond qnïine même religion ! et malgré des divisions si éclatantes , il y anra des liens communs qui nons attacheront à la même Eglise ! Mais que fandra-t-il donc pour cesser d^étre nni à rSgUse nniverselle ? Tontes les sectes hérétiques des temps passés faisaient-elles encore par* tie de cette Eglise, on n^en faisaient-elles pas partie ? Si elles ont toujours fait partie de TEglise nniverselle, pourquoi donc tous les Saints Pères et tous les grands hommes, qui ont pensé juste sur la religion , leur ont-ils fait si impitoyablement le procès ? Pourquoi leur nom est-il encore aujourd'^hui si odieux et si infâme dans tout le christianisme ? Et si elles ont cessé de faire partie de TEglise universelle , à quel titre ont-elles plutôt mérité d'être regardées comme retranchées de TEglîse universelle , que les sociétés nouvelles du seizième siècle? Y a-t-il eu des dogmes , ou plus importants , ou en plus grand nombre , qui les aient divisées d'avec le grand corps des chrétiens ? Qui ne sait au contraire , que les contestations de la plupart des sectes hérétiques ont roulé sur des points de bien moindre conséquence , et que les points de division n^ont jamais été eh si grand nombre , que ceux qui nous partagent aujourd'hui?

Mais , Monsieur , si , nonobstant toutes ces difficultés , le tolérantisme , qui réunit ainsi les différentes religions pour n'en faire qu'une même Eglise universelle , où chaque parti peut se sauver, pouvait encore être [de votre goi'it, aiors j'en appellerais au désir sincère que je vous

SUR l'eglisb. 247

suppose de votre saint, et je vons prierais de rér fléchir qae dans votre supposition le catholique ne court aucun risque , puisque vous et lui convenez qu^il est membre d'une Eglise dans la-* quelle il peut se sauver , au lieu que vous le courez tout entier , en vous flattant d'être membre de rSglise, tandis que tous les catholiques de la terre vous disputent cette qualité. Gomment balancer un moment , quand on voit d'un côté un danger sérieux, de Tautre une sûreté sans péril , et qu'il s'agit de prendre de sages précautions pour mettre à couvert l'affaire la plus importante que vous puissiez avoir, ou pour mieux dire la seule nécessaire , selon la parole du Sauveur (1).

N'en ai-je pas assez dit pour vous prouver, que VQus êtes réellement séparé de l'Eglise à laquelle Jésus-Christ a fait ses promesses ? Mais les subtilité^ de vos ministres ne tarissent pas sur une matière qui les incommode , et qui les accablerait , s'ils n'avaient recours à la plus fine chicane. Quelque soin que j'aie eu de les suivre partout , ils n'ont point encore usé toutes leurs défaites , il leur en reste une , et il faut avant que de finir , les forcer dans leur dernier retranchement.

Pour trouver avant Luther une Eglise propre à les excuser contre le reproche de la séparation, ils en composent une de pièces rapportées , et voici comment. 1 ° Ils y mettent tous ceux qui dans différents temps se sont élevés contre le

(1) Luc. X. 42.

218 PREMIERS LETTRB

jmpe y ou en attaquant son autorité , ou en coinbisittant quelque point de la doctrine catholique : tels sont les Grégoire de Hambourg; les François de Zaborellis , les Jérôme de^ Prague , les Pierre de ^Bruïs , les Nicolas Cabasilas , les HeWidius , les Vigilance , etc. , tous gens précieux au parti , pour n^avoir pas épargné les injures au souverain pontife. Mais avant que de pa^er outre , trouvea& bon , Monsieur , que je vous prié de remarquer qu**!! ne s^agit pas ici de quelques particuliers, dont les uns aient vécu dans un siècle , les autres dans un autre ; dont les uns aient enseigné un des dogmes de Luther, les autres un autre ; il s^agit d'une société d'hommes qui fassent une Eglise , et qui soient réunis dans la même foi ; il faut trouver un corps de fidèles, et un corps de doctrine tel que celui de Luther , et ce corps de fidèles attaché à ce corps de doctrine. Ne vous fatiguez pas , Monsieur , à le chercher , vous voyez bien que vous y perdriez vos peines , après la déclaration si ingénue que vous fait Luther de l'embarras où il s'est trouvé en se voyant seul de son opinion. ce Combien de fois ma conscience n'a-t-elle pas ce été alarmée , dit-il dans son Traité de Vabus c< des Messes prii^ées I Combien de fois me suiscc je dit à moi-même , prétends-tu donc être le c^ seul de tous les hommes qui soit sage ? ce Prétends-tu que tous les autres se soient tromr< pés ? Que serait-ce , si tu étais toi-même dans ce Terreur , et qu'en séduisant les autres , tu re fusses la cause de la damnation de tant d'âmes

SUR L^LISS. 349

R pendant one si longue soite d'années (1) ? '» Or, Monsieur, je vous laisse à penser si c'est là le langage d^un homme persuadé que j de son temps et arant lui ', il y avait des sociétés entières attachées à la doctrine qu'il entreprenait de faire valoir? Mais avançons, et voyons le reste de la belle Eglise que l'on croit propre à vérifier les promesses de Jésos-Chnst, et à établir heureusement la communication tant désirée. Ils y mettent en second lien tons les enfants baptisés , ornés, d'une foi pure et exempte de toute altération ; 3° tontes les personnes qui ont vécu dans la simplicité et dans la bonne foi, et qui ont été d*ane intelligence si bornée, qu'on ne peut leur imputer la part qu'elles ont eue aux égarements communs ; A' ceux qui étant plus éclairés , ont gémi dans le secret de leur cœur, sans oser expliquer ouvertement leur pensée; 3* tons ceux qni au lit de la mort , ont purifié les imperfections de leur foi , par la confiance qu'ils ont eue aux mérites de Jésus-Christ.

Pour ce qui est de ces derniers , permettezmoi , Monsieur , de vous demander quelque éclaircissement, avant de rien dire des autres. Pense-t<on chez vous , que ce soit assez de mourir en se confiant aux mérites de Jésus-Cbrist , pour être des vôtres ? Si cela ne suffit pas , de quoivoussertcette cinquième espèce, pour troiaver avant Luther et Calvin l'Bglise luthérienne où calviniste que nons cherchons? Et si cela suffit, vous nous reconnaîtrez donc aussi pour vottJ

(I) Ton». II. EJ. Cerm.icn. p. 9. !..

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frères ; car nous prétendons bien monrir avec ki confiance aux mérites de Jésns-Chrîst; mais en nous reconnaissant pour frères , n^attendez pas de nous un égal retour : car vous savez bien que nous exigeons quelque chose de plus que la confiance aux mérites de Jésus-Christ , pour être membre de la véritable Eglise. SoujQRrez de plus que je vous demande encore si c^est assez de mourir avec la confiance aux mérites de Jésus- Christ , pour être sauvé ? Si ce n'est pas assez , pourquoi en faites -vous un titre infaillible de prédestination à ceux qui ont précédé Luther? Et si c'ait assez , venez donc , et rangez-vous hardiment parmi les iaÔtres ; car les prêtres catholiques qui vous assisteront à la mort , ne manqueront pas de vous exhorter à une pleine confiance aux mérites de Jésus-Christ. Y a-t-il rien de plus inconcevable que la conduite de vos ministres , qui prétendent faire de la confiance aux mérites de Jésus - Christ un caractère distinctif de ceux de leur religion , et qui en même temps , comme il se voit en plusieurs de leurs ouvrages , entr^autres dans ceux de Matthias Hoêns (1), et dH Auguste Pfeiffer (2), ministres saxons , accumulent preuves sur preuves , pour faite voir que Tusage de TEglise romaine a toujours été d'inspirer aux moribonds beaucoup de confiance aux mérites de Jésus-Christ. Ne fautil pas que l'embamas où ces Messieurs se trouvent soit bien étrange , puisqu'il va jusqu'à leur ôter Tusage naturel du raisonnement, en leur

(1) Evang, Baodbucli., p. 44. — (2) Lutherlhum vor Lulli^r, p. 167.

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