DE LÀ REGLE DE LA FOL
Lb bon accneil qae Tons avez fait, Monsieur, à la première lettre qae j'ai en rhonneur de vous adresser, me fait espérer que vous ne recevrez pas moins favorablement cette seconde, par laquelle j'ose vous prier de réfléchir sur la nature de votre foi, et d'examiner si elle a les qualités requises , pour faire de vous nu véritable jBdèle. Après vous avoir convaincu que vous êtes véritablement séparé de TEglise de Jésus-ChriÂt , ce qui fait le premier obstacle i votre salut , tant qae vous persévérerez dans la profession do protestantisme, eoufiree que je vous en âécouvre nn second , en vous montrant que votre foi n*a pas les qualités de cette foi divine sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu ; mais n'est qu'une foi humaine fondée sur de pares opinions, et sur des explications incertaines et arbitraires de rEcritnre,
Je suis bien éloigné. Monsieur, de cherc à vous faire naître des scrupules , qui D^aboB tissent qu'à vous laisser dans le doute et d<> la perplexité. Mon deftsein est au contraire
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VOUS iadiquel* runique voie propre k Vous en tirer , en vous exposant un plan de religion qui remédie efficacement anx inconvénients de la vôtre. Trouvez donc bon pour cet effet que je vous prie de remarquer qu'il existe une grande différence entre ce qui s'appelle opinion , et ce qui s'appelle acte de foi. L'opinion s'appuie sur un fondement faible et ruineux , qui peut manquer et n'être qu'imaginaire ; mais l'acte de foi s'appuie sur un fondement ferme et inébranlable , tel que l'autorité d'un Dieu qui parle y et qui en nous révélant un objet à croire , ne peut se tromper 9 ni tromper personne. L'opinion fait dire : Cela me parait ainsi , mais il se peut faire que je me trompe. L'acte de foi fait dire : Nonseulement cela me parait ainsi , mais cela -est , et ne peut être autrement , et je suis sûr que je ne me trompe pas.
Mais remarquez en même temps , Monsieur ^ «'il vous plaît , que la fermeté de la foi divine n'est point une fermeté aveugle et imprudente ^ qui naisse d'une volonté déterminée à croire sans raison et sans motif suffisant ; telle fermeté ne serait pas louable , et ne conviendrait à rien moins qu'à un acte de vertu ; ce serait plutôt un vice de l'esprit^ et l'effet d'un pur entêtement. Il faut donc que la foi soit ferme et prudente. Si elle n était pas ferme , ce ne serait qu'une opinion^ et si elle était ferme sans être prudente , ce serait un sentiment inconsidéré , pris légèrement, et soutenu avec obstination. Or nous prétendons que la foi de tout protestant manque nécessairement de l'une de ces deux qualités , et
SUR LÀ RÈGLE DB LA ÏOt. SAI
hons disons qa^elle est ou faible et chancelante SOT tons les articles , qui sont et ont jamais été en dispute , ou imprudente et téméraire , si elle s^attache irrévocablement au parti dont elle a fait choix sur les sujets contestés.
Voilà, Monsieur, le reproche que nous faisons à votre foi , et il ne vous importe pas peu , comme vous voyez , d^examiner si ce reproche est bien ou mal fondé : car il ne s^agit pas ici de la discussion d^un point particulier , où Ton se tromperait , en quelque manière , avec moins de risque , et où Terreur se bornerait à une ma* tière déterminée. Notre accusation est générale, et nous prétendons que votre foi est défectueuse^ lors même qu'elle se termine à croire des vérités, parce que vous ne les croyez pas comme il fauté J'exposerai le plus clairement qu'il me sera pos' sible , rinsuffisance de votre foi ; et si dans le jugement que vous porterez sur ce que nous y trouvons à redire , voos mettez à part tout esprit de dispute et de contention , pour n'écouter que la droite raison et ce sens si juste et si équitable qui vous conduit dans toutes vos autres délibérations , je regarde comme certain qpe vous ne pourrez vous empêcher de reconnaître avec nous le faible de votre religion.
Nous convenons d'abord avec vous , que conune la foi humaine est fondée sur la parole de l'homme , aussi est-il nécessaire que la foi divine soit fondée sur la parole de Dieu. Mais vous conviendrez sans doute aussi avec nous , que c'est non pas seulement dans la lettre de TEcriture que consiste la parole de Dieu , mais
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surtout dans le sens que le Saint-Esprii y a at-» taché. Car du moment que nous donnons un mauvais sens à cette parole, elle n'est plus la parole de Dieu , ni la parole de vérité ; elle devient la parole de celui qui Tinterprète mal , et par conséquent une source d'erreurs , et un spécieux prétexte de toutes les hérésies. Ne pensons pas , dit saint Jérôme , que ce soit dans la lettre de t Ecriture que tEy^angile consiste. CPest surtout dans le sens qiCon lui doit donner, lïoîi vient qiCune méchante interprétation change P Evangile de Jésus-Christ en V Evangile d'un homme ^ ou en t Evangile du démon (1 ), si c'est le démon qui la suggère ? Aussi saint Augustin nous assure-t-il, que tous les hérétiques ont fondé leurs erreurs sur de fausses interprétations , et qu'ils ont ébloui les faibles , en leur persuadant que c'était la pure parole de Dieu qu'ils leur proposaient , parce qu'ils n'employaient pour leur parler que les termes de l'Ecriture, auxquels ils donnaient un mauvais sens (2).
Quelque infaillible que soit donc là parole de Dieu en elle - même , si nous ne sommes pas sûrs du véritable sens qu'on doit lui donner , notre foi sera chancelante et incertaine ; loin de nous rendre inébranlables sur le chapitre des mystères qu'elle nous propose , elle nous lais- Ci) Non patemas In verbîs Scrîpfurftrom esse Evangelium , scd in sensu.... Interpretaiione pcrversa de Evangelio Cliristi fit Iiominis Evangelium ^ aut » quod pejos est > Diaboli. Hier, in cap. I. Ep. ad Galat^ Com. 4. edit. Martianay, p. Î31. — (2) Non alîundè natas sunt hxreses, DisidumscripturaebonaBintcIliganturQoa beDè» Àugt tract* 18* in ioa« tsm% 9« fidit, Frobfo, | p, |$JS^