‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 2)Chapitre 55 sur 108 · DU SAINT-ESPRIT · texte numérisé non relu

DU SAINT-ESPRIT

Peut-être compterez- vous davantage sur l'inspiration du Ssant - Esprit , qui viendra à votre secours pour vous indiquer sûrement le sens des textes obscurs et ambigus. J^avoue que les leçons d'un tel maître , quand il daignera vous instruire par lui-même , vous garantiront parr faitement contre toute erreur ; mais le point sera de distinguer les inspirations du Saint -Esprit d'avec les vaines conjectures d'un esprit prévenu et entêté , les lumières qui viennent d'en haut, d'avec les fausses lueurs que vous présentera Tesprit séducteur ; car il n'y a rien de plas fréquent que les artifices mensongers et trompeurs de l'Ange de ténèbres , qui aime à se transfornier en Ange de lumières , comme vous en êtes suffisamment averti par l'Apôtre (1),

Vous nous direz peut-être qu'il faut prier , que Dieu ne manque pas d'éclairer ceux qui cherchent sincèrement la vérité , et qui lui demandent avec ferveur l'éclaircissement de leurs doutes. Mais si Dieu a marqué une voie plus sûre et moins sujette à illusion , conviendra-t-il

(1) 2 Cor. XI. U.

SUB tiÀ RÈGLE DE LA FOI. 237

à rhômme d^aller par une autre route ? Mais si Dieu a établi sur la terre un tribunal sacré, pour décider infailliblement sur les disputes qui se rencontrent dans l'interprétation de TEcriture, le particulier sera -t- il en droit d'en ériger un autre , et de tenter Dieu , en exigeant de lui une révélation spéciale ? La vanité et la présomption qui lui feront décliner les jugements du tribunal établi , seront-elles à votre avis de bonnes dispositions , pour obtenir sûrement les lumières qu'il se promet ? Compte qui voudra , sur la vertu de la prière , dans de pareilles circonstances; jamais homme de bons sens ne pourra la croire d'une efficacité générale , tant qu'il verra des gens de différents partis prier tous également, et persister dans une telle diversité de sentiments. Le luthérien prie, le calviniste prie, l'anabaptiste prie , tous se croient animés d'un même zèle dans la recherche de la vérité, tous se flattent d'une ardeur égale à bien prier; et cependant qu'ellejopposîtion entre eux ! Le Saint- Esprit parlerait-il à tous ? Cette supposition est impossible. Ne parle-t-il qu'à un seul? Auquel des trois ? Si le luthérien prétend s'arroger l'inspiration du Saint-Esprit préférablement aux autres, vous êtes assez clairvoyant. Monsieur, pour voir qu'on lui demandera sur quel titre il se fonde , et comment ce titre n'est pas aussi valable pour ses antagonistes. Vous traitez d'imaginations et de rêveries les leçons intérieures du Saint-Esprit , sur lesquelles se fondent les disciples de Calvin et de Mûntzer ; ils en useront de même à votre égard. Vous ne voulez pas

S38 SÈCÛUDE LBTTBb

qn^on les croie , qaand ils se vantent d^avoir le Saint-Esprit pour maître; ils ne voudront pas non plus qu^on vous croie, quand vous vous vanterez d'être ses disciples • Trouvez bon que nous ne vous croyions ni les uns ni les autres, on plutôt ne trouvez pas mauvais que tant que vous serez avec eux dans le même principe , nous vous croyions avec eux dans la même illusion.

Mais non, Monsieur, il faut vous rendre justice , et convenir que la plupart de vos savants ont abandonné depuis longtemps la défense de cet Esprit particulier qtfon prétend avoir, à force de prières , conune un guide infaillible pour se conduire sûrement dans les routes de la foi ; en quoi certes ils ont été beaucoup plus sages et plus sensés que les sectateurs de Calvin , qui ont peine à renoncer à cette source de fanatisme et de discorde , si propre à nourrir d'éternelles divisions.

Page 1